‹ Les mélodies grégoriennes, d'après la traditionChapitre 15 sur 34 · MEDIOCRE · texte numérisé non relu

MEDIOCRE

MAUVAIS

BON

6° Le porrecîus ouflexa resupina. Cette formule représente trois sons dont le deuxième est plus grave; c'est l'inverse du torculus. On figure le porrecîus de cette sorte :

la sol la

la fa sol

sol mi sol

Les deux premières notes de chacun de ces groupes ont été fondues en un seul trait. Les formules entières comprennent chacune trois sons.

La manière dont nous les avons écrites est traditionnelle; mais en même temps qu'elle rappelle davantage les signes de la notation primitive ou neumatique, elle peint mieux à l'œil l'unité du groupe; c'est à ce double titre qu'elle doit être préférée.

7° Scandicus flexus. Ce groupe est composé d'un podatus suivi d'une clivis plus élevée.

Exemple :

=fl

Ici on pourrait croire à la présence de deux formules séparées, mais il ne faut pas s'y tromper. Lorsque le podatus et la clivis sont rapprochés comme on vient de le voir, il faut les considérer comme ne constituant en réalité qu'un groupe unique. Il en serait autrement si ces mêmes formules étaient distancées davantage; comme, par exemple, de la sorte :

Nous avons ici des formules totalement distinéles; ce n'est plus le scandicus flexus , mais un podattis indépendant, puis une clivis également indépendante.

Bigure et exécution Des formules.

8° Lepressus et les formules conjointes. Lepressus ou l'effet du pressus est produit par la réunion de deux formules en un seul groupe, lorsque la deuxième de ces formules commence sur le degré où termine la première, comme par exemple :

PRESSUS

FORMULES ( l >NJOUN I l -

C afr friv \

Nous nommons pressus , notœ pressœ^ les deux notes qui dans chacun de ces groupes se joignent sur le même degré de l'é chelle, Si ces mêmes formules, au lieu d'être ainsi rapprochées l'une de l'autre, se trouvaient séparées par un espace, on devrait alors les considérer comme des formules tout à lait distin cl es :

Dans ce cas, il n'y a m pressus ni effet de pressas .

9° Stropkicus. Toutes les variétés du stropkicus, ainsi que toutes les formules qui lui sont analogues, ont leurs éléments unis par simple juxtaposition horizontale : apostropha ■, distropha ■■, tristropha ■■■, stropkicus flexus M* "V", flexa strophica ou clivis ai m orisco f«a, sali eus ou pes quassus Hg, pes stratus g".

Plus loin, nous dirons un mot de deux autres formules, appelées, l'une (juilisma, l'autre semivocalis.

Les formules que nous venons de décrire sont les plus communes. Il en est d'autres qui se présentent plus ou moins fréquemment; mais on ne remarquera rien de nouveau pour ce qui est de la manière d'unir les éléments dont elles sont composées. Les explications (pie nous avons données suffiront abondamment pour que l'on puisse sans peine se rendre compte de toute formule, quelle qu'elle soit; et discerner du premier coup d'œil quels sont les éléments qui font partie de telle formule, quels sont ceux qui appartiennent à telle autre : qualiter ipsi soni jungantur in unum, vel distinguantur ab invicem. ( 1 Iucbald.)

Suite de

//,</Vs sur le même degré

lies mélodies grégoriennes.

Règle commune à toutes les formules.

Et c'est en effet à la manière dont les notes sont groupées qu'il faut, dans le chant grégorien, faire surtout attention : les figures diverses que peuvent affecler ces notes, ne sont au fond qu'un moyen de peindre aux yeux l'unité de chaque groupe. Ce qui dans la forme des notes ne tend pas à ce but, doit être considéré, ou comme un agrément purement calligraphique, ou comme un souvenir des anciens neumes, dont la conformation extérieure s'est conservée par tradition.

Quoi qu'il en soit du nom et de la figure des diverses formules, toutes ont cela de commun qu'elles indiquent une suite de sons liés. Nous pouvons donc poser, comme principe général applicable à l'exécution de toutes les formules, la règle suivante :

Les sons qui, dans la notation traditionnelle du chant grégorien, sont représentés par un seul groupe de notes, doivent dans la pratique etre unis aussi étroitement que possible.

Il suffit d'énoncer cette règle pour en démontrer la nécessité. L'application qu'il faut en faire aux différentes formules n'est possible qu'à certaines conditions.

Pour mieux nous faire comprendre, nous nous servirons d'une formule particulière.

N3°*tht

Prenons par exemple le groupe ci-dessus N° i , qui nous représente cinq notes fa, sol, mi, fa, ré. Les cinq notes élémentaires de cette formule ont été liées dans l'écriture par les anciens, de manière à n'offrir à l'œil qu'un seul groupe, et même comme ils disent, une seule note : il est évident que pour être fidèle à la tradition, il faut également unir dans le chant les sons multiples que représente cette formule unique.

Or, cette liaison des éléments de la formule n'existera pour l'oreille, qu'aux conditions suivantes :

i° Il est d'abord évidemment nécessaire, pour qu'une formule ne se trouve pas, dans la pratique, divisée en plusieurs parties distinctes, qu'elle soit proférée tout entière d'une seule haleine.

Btgure et exécution hts formules.

Qui ne voit, en effet, qu'introduire une pause au milieu d'une formule, c'est faire entendre en réalité deux formules?

Si dans le neume déjà cité, le chantre venait à respirer, par exemple, après le deuxième son, N° 2, bien que les notes se trouvent être les mêmes que dans la formule N° 1, la manière de les exprimer n'est plus la même, et le résultat mélodique est tout différent.

20 Ce n'est pas seulement en respirant ainsi au milieu d'une formule, que l'on interrompt la suite des sons qui la composent. On briserait également, quoique d'une manière moins sensible, l'unité du groupe, si l'on appuyait sur l'une des notes médiaires de la formule en lui donnant un son d'une durée plus longue, lors même que cette pause ne serait pas suivie d'une respiration. Que l'on prolonge, par exemple, la seconde note de la formuledéjà proposée, N° 1; au lieu d'un groupe unique, l'oreille percevra deux formules distinctes, N° 3. Quoique proférées d'une seule haleine, celles-ci ne forment pas un seul tout, si en même temps elles ne sont émises d'un seul trait; car non seulement la respiration, mais toute suspension dans le mouvement mélodique détruit évidemment le sens de la formule et l'effet qu'elle doit produire.

Nous verrons plus loin qu'il y a une restriction à faire au principe que nous venons de poser; car il existe des formules, telles que le pressas par exemple, offrant des notes redoublées à l'unisson et nécessitant ainsi une prolongation; ce qui semble contrevenir à la règle qui défend de prolonger le son dans le corps d'une formule. Cette exception confirme le principe; car dans le cas de la note double, on a en vue de produire un effet mélodique spécial, lequel repose précisément sur la prolongation du son exigé par la double note. On ne peut pas évidemment traiter de la même sorte les formules où cette double note ne se rencontre pas.

3 Ce n'est pas encore assez pour bien rendre: une formule, de la proférer toute entière d'une seule haleine et d'un seul trait, ainsi que nous l'avons dit; il faut en outre l'émettre, autant que possible, d'une seule impulsion de voix. Nous disons, autant que possible, car nous verrons qui! existe des cas où une reprise légère du mouvement d'impulsion semble nécessaire.

La formule doit Hrepr d'une seule h, il ci ne

et d'un seul trait.

rtnule

çuliirement qu'uneseule impul

Heg mélotiteg grégoriennes.

Résumé des règlesprécédentes.

Ainsi les cinq notes qui composent la formule N° i , devront se proférer sans renouveler l'effort de la voix et, autant que possible, d'un seul mouvement. On ne pourrait reprendre à plusieurs fois le mouvement d'impulsion que dans le cas où ces mêmes notes se trouveraient groupées de l'une des manières indiquées aux Nos 3 et 4 ; mais alors nous avons avec les mêmes notes autant de chants différents.

Ce que l'on doit éviter par-dessus tout dans l'exécution des formules, comme dans le reste du chant, c'est de marquer chaque son par un coup de gosier ou de peser lourdement sur chaque note. Cette manière de chanter, en brisant le lien qui doit unir les sons, détruit les formules et rend impossible toute mélodie; car des notes ainsi isolées, N° 5, ne pourront jamais produire qu'un effet barbare.

De ce qui vient d'être dit, nous tirons cette conclusion pratique: Dans l'exécution d'une formule, on doit éviter d'en disjoindre les éléments, soit par une pause de respiration, SOIT PAR UNE PROLONGATION DU SON DANS LE COURS DE LA FORMULE, SOIT MÊME PAR UNE REPRISE DU MOUVEMENT D'iMPUL- SION DONNÉ À LA VOIX.

Pour aider à bien appliquer aux différentes formules cette règle qui, comme nous l'avons dit, est commune à toutes, il sera bon de faire les remarques suivantes:

i° C'est surtout lorsque la formule présente une série descendante qu'il importe de bien lier les sons. Exemples :

La virga ou note caudée qui occupe le sommet de ces groupes, a régulièrement plus d'intensité; la raison en est que de l'impulsion donnée à cette note culminante doivent, pour ainsi dire, naître les notes qui suivent en descendant. Celles-ci sont toujours faibles et obscures. On doit prendre garde d'en précipiter le mouvement, ou de les émettre par saccades; il faut également éviter en les proférant, ces petites secousses de la voix dont l'effet est, en quelque sorte, d'égrainer les notes; en un mot ces descentes de notes seront, pour nous servir de l'exprès-

Bigure et exécution lies formules.

sion du Pape Jean XXII., toujours tempérées, descensiones tempérâtes (Bulla Doffa saniïo ru m) ; ce qui ne doit ni en détruire la grâce, ni leur enlever une certaine légèreté qui tient le milieu entre la lourdeur et la précipitation. Dans tout cela, il faut tendre surtout à bien lier les sons.

Mais comment y réussir quand la série descendante comprend un grand nombre de notes? Dans ce cas, la chose est en effet plus difficile que dans celui où il ne s'agit que d'unir deux ou trois sons. Pour arriver à bien unir les sons, môme lorsque la formule en comprend plus de trois, on pourra se permettre une légère reprise du mouvement d'impulsion au milieu de la formule; mais alors il faut le faire sans respirer et sans prolonger aucune note. Donnons un exemple.

On trouve assez souvent ce groupe de cinq notes, N° i. D'après la règle, on doit l'émettre d'une seule haleine et d'un seul trait, en un mot d'une façon continue. Toutefois ce ne sera pas en interrompre la continuité que de renouveler légèrement, au troisième son par exemple, le mouvement d'impulsion donné à la voix. Ce mode d'exécution nous est insinué par la manière dont certains manuscrits, même très-anciens, traduisent la formule dont nous parlons; on la trouve en effet subdivisée soit comme au N° 2 soit comme au N° 3. Cette variété de notation n'indiquerait une différence sensible d'exécution que dans le cas où les cinq notes de la formule seraient partagées en deux groupes séparés, N°4. Mais si les groupes sont unis, ils ne constituent en réalité qu'une seule formule et devront se proférer d'un seul trait, comme il a été dit.

20 Cette subdivision de formule, qui se fait sans pause de respiration ni de prolongation, a surtout lieu quand le groupe est ascendant. Ainsi les notes qui dans les anciens neumes formaient une série ascendante continue, se trouvent toujours dans la notation postérieure, distribuées en petits groupes de cette façon :

ou

ou

ou

ou

etc.

j Subdivision ' des croupes descendants.

Tits mtlobits grégoriennes.

Subdivision des groupes ascendants.

C'est surtout, en effet, quand la voix doit monter, qu'il lui est difficile de lier ensemble plus de deux ou trois sons. Il sera donc permis, pour faciliter l'ascension, de donner une légère impulsion de voix à chacune des subdivisions de la formule. Cette manière, du reste, ne manque pas d'une certaine grâce; tandis qu'une ascension trop impétueuse, ou même simplement trop rapide, a quelque chose de provoquant et d'audacieux qui blesse. Jean XXII. dit donc avec raison que les progressions ascendantes doivent être pudiques : ascensiones pudicœ. (Bulla Dofîa sanclorum.) En mettant en pratique ces légères subdivisions, il faut éviter de marquer la fin des groupes secondaires par un retard de la voix qui ferait de ces groupes autant de formules distinctes. Ainsi deux podatus dans une progression ascendante de quatre notes écrite au moyen de ceux-ci, seront produits par deux impulsions de voix, mais d'un seul trait et sans discontinuité; il ne serait permis de les séparer par une suspension ou un retard de la voix, que dans le cas où, quoique se rapportant à la même syllabe, ils se trouveraient ainsi espacés :

Notes juxtaposées.

au lieu de

b la g

Nous verrons en effet plus loin que, dans ce cas, on doit faire sentir la division des formules, sinon toujours par une pause de respiration, du moins par une pause de prolongation à la fin de chacune d'elles.

3° Lorsque plusieurs notes se rencontrent juxtaposées l'une à l'autre sur le même degré, elles se fondent en un seul son d'une durée proportionnelle au nombre des notes à exprimer. C'est le cas du pressus , du strophicus et de Yoriscus. Donnons d'abord des exemples de ces trois sortes de formules, que nous avons déjà décrites plus haut :

PRESSUS

STROPHICUS.

ORISCUS.

l£yr^f3£

DSS

Toutes ces notes redoublées, pressus, strophicus ou orisctis, sont nommées simplement pressus par beaucoup d'auteurs, spé-

Btgure et exécution Des formules.

étalement par Jean de Mûris. Nous avons vu cependant que dans les anciennes notations, ces signes étaient clairement distincts les uns des autres, et marquaient une manière de chanter propre à chaque espèce. Ainsi le pressus était une note appuyée, Xoriscus une note qui servait à lier des groupes ou des syllabes, le stropkicus une suite de sons légèrement répercutés, c'est-à-dire vibres sur la même corde, ou se balançant à un demi-ton de distance.

Nous devons mentionner ici un autre signe d'ornement qui avait complètement disparu de la notation carrée, mais dont les anciens parlent assez souvent. C'est le quilisma. Ce signe n'était usité que dans les gradations ascendantes; il mar- ouiiisma. quait un son trémulant : Tremula est neuma quant gradatum vel quilisma dicimus. (Aribo Scholasticus, Musica. Gerbert t. II, p. 215.) Aribon est ici d'accord avec Engelbert qui s'exprime de la sorte : Est vox tremula , sieut est sonus flatus tubœ vel cornu, et désignai 'ur fier neumam quee voeatur quilisma. (Lib. II. cap. 29.) Jean de Mûris s'écarte encore ici de la tradition lorsqu'il donne le nom de quilisma au toreulus et au porreelus. Nous avons ici représenté la note trémulante ou le quilisma par ce signe * . Si nous étudions les manuscrits, nous reconnaîtrons que le son trémulant du quilisma servait ordinairement à relier deux notes distantes d'une tierce

mineure.

Exemples :

Sursum corda.

Sanctus.

La manière de relier ici la et ut ne paraît pas avoir consisté à émettre la note intermédiaire, c'est-à-dire si, mais à donner à la voix un mouvement de circonvolution [quilisma , *uAi&>, volvo, nota volubilis) consistant à rouler pour ainsi dire la voix autour du la avant de monter à Xut, en chantant la si la sol la ut ou simplement la sol la ut.

Ainsi

Sursum corda

pourrait se traduire de cette manière: :

Su r-sum corda

Jlts mélû&ieg grégoriennes.

Il est resté dans certaines Eglises un vestige de cette façon d'interpréter le quilisma. C'est à la finale du chant de l'Evangile :

Rapport entre le quilisma et le porredlus.

Interprétation pratique des notes d'agrément.

Qui habet aures audi-endi, audiat.

En beaucoup de lieux, cette même finale s'exécute de la sorte :

Qui habet aures audi-en- di, audiat.

On comprend pourquoi le quilisma, dans la notation à points superposés, a une forme assez semblable à celle du porreclus. C'est peut-être aussi cette similitude des deux groupes qui a fait donner par Jean de Mûris le nom de quilisma au porreflus.

Quoique trémulante la note du quilisma n'était cependant pas prolongée; elle demande, au contraire, une certaine légèreté de mouvement; autrement elle se trouverait transformée en un chevrotement désagréable. Le quilisma, aussi bien que le strophicus, n'était pas d'une exécution facile; on le voit par les auteurs qui nous ont raconté l'histoire de l'introduction du chant romain dans la Gaule et la Germanie. Pour ce qui est du quilisma en particulier, on semble y avoir renoncé de bonne heure en plusieurs lieux, car nous le voyons dans un certain nombre de manuscrits, même anciens, ou tout-à-fait supprimé ou remplacé par une note ordinaire; et c'est ce qui a constamment lieu dans les livres à notation carrée.

Il serait à désirer que l'on pût rétablir dans le chant les signes d'ornement dont il vient d'être question. Leur suppression n'altère cependant pas la substance de la mélodie, et cette suppression est préférable à une exécution défectueuse de ces formules. Mieux vaut donc renoncer à la note trémulante du quilisma, aux sons vibres du strophicus , à l'ondulation de la voix marquée par Poriscus, que de mal exprimer ces nuances délicates. Il suffit, pour le strophicus et Voriscus de prolonger le son, en proportion du nombre des notes qui se rencontrent, unies sur le même degré. Le quilisma, par exemple dans sursum corda, peut se rendre ainsi : la voix appuie assez fortement sur

Btgure et exécution Des formules.

la note la, à laquelle il convient en cette circonstance de donner du mordant; puis elle passe, aussi légèrement que possible mais sans secousse, sur le si pour arriver à 1W, qui a sa valeur ordinaire.

Revexons à notre sujet. Ce qu'il y a d'essentiel dans l'exécution des formules, c'est, comme nous l'avons dit, d'unir aussi étroitement que possible les éléments dont chacune d'elles est composée. Nous avons vu à quelles conditions on peut y parvenir. Toutefois on n'aurait rien fait encore si, en groupant les sons comme il est requis, on ne savait en même temps les émettre avec netteté et pureté. Qu'il nous soit donc ici permis de faire aux chantres, à ce propos, une recommandation de la plus haute importance. Qu'ils prennent garde, en allant d'une note à l'autre sur une même voyelle du texte, à ce que les organes de l'articulation, c'est-à-dire les lèvres, la langue, les dents, le palais, toute la bouche, demeurent dans l'immobilité la plus complète : la glotte seule doit être en mouvement; c'est elle qui articule chaque note; mais ce n'est pas le gosier, encore moins la poitrine. Distinguer les notes et les marquer toutes successivement par des coups de gosier et des mouvements de poitrine, nous l'avons dit et répété, ce n'est plus chanter. D'un autre côté, si l'on remue quelques-unes des parties de l'organe vocal pendant que l'on exprime plusieurs notes successives sur une même voyelle, celle-ci se trouve altérée et remplacée par des vaou ou d'autres sons en manière de diphtongues tout aussi peu à leur place. Quelquefois même il arrive que, par suite de la même négligence, on fait intervenir une consonne supplémentaire, comme /, /, ;;/, ou ;/, d'un effet plus déplorable encore.

Quand on passe d'une syllabe à une autre, la rencontre de deux consonnes oblige à étouffer le son, comme nous l'avons vu à propos de la note liquescente; mais partout ailleurs le son doit rester plein et s'échapper aussi pur que possible. Quand arrive le moment de fermer la bouche, il est nécessaire d'attendre que le son soit complètement expiré, et il faut qu'elle soit de nouveau complètement ouverte lorsque le son recommence.

Nous aurons l'occasion de revenir sur cette question essentiellement pratique. Dans ce qui précède', nous avons étudié

Défjut a éviter dan* l'émission

du son.

lies méloînes grégoriennes.

les formules en elles-mêmes et d'une façon absolue ; mais il faut encore, pour les bien exprimer, tenir compte du rapport qu elles ont avec les syllabes diverses auxquelles elles se trouvent jointes. C'est pourquoi nous allons rechercher dans ce qui va suivre, l'influence qu'exercent les paroles du texte sur la valeur des notes soit simples soit composées.

Mais afin de pouvoir reconnaître les droits que le texte conserve dans le chant, nous devons d'abord savoir ce qui est exigé dans une simple lecture pour une prononciation correcte du latin.

Nous avons plus d'une fois signalé l'affinité qui existe entre le langage et la musique. L'un et l'autre mettent en jeu les mêmes éléments, c'est-à-dire les sons diversement modifiés quant à l'intonation, la force ou la durée; et diversement combinés, pour former d'une part les divers membres du discours, d'autre part les différentes parties de la phrase musicale. Rien donc de surprenant que parmi les règles qui président à la combinaison et à l'émission des sons, beaucoup se trouvent être communes à la parole et au chant; et de fait, nous aurons souvent à emprunter à la grammaire les lois du chant grégorien. On sait du reste que plusieurs parties de l'office sont simplement récitées à haute voix, et que parmi celles qui sont chantées, plusieurs le sont sur un ton qui diffère peu de la simple lecture; et celles-là même qui sont pourvues des plus riches modulations, nécessitent encore, sinon l'application du moins la connaissance des règles de la bonne lecture.

Les lois de la leclure sont souvent aussi celles du chant.

CC|)flpttrC tlttt* DE LA PRONONCIATION LATINE.

ÊME sans avoir beaucoup réfléchi sur les conditions requises pour une bonne exécution du chant, on conviendra facilement que la première de ces conditions est de se servir de la mélodie pour faire valoir les paroles. Les lois de l'Eglise, la recommandation de tous les auteurs, le simple bon sens imposent au chantre l'obligation de respecler toujours le texte, de rendre intelligibles les paroles qu'il prononce, de les faire servir à l'édification des auditeurs, de mettre en harmonie les sons de sa voix avec les sentiments que doivent lui suggérer les mots qu'il articule. Personne ne peut nier que ce ne soit là le principe fondamental de toute méthode pratique du chant liturgique.1

Ainsi donc, en observant ce qui a été dit précédemment sur la manière de lier les sons qui composent chaque groupe de notes, le chantre doit prendre garde à bien faire ressortir le sens des paroles qu'il prononce. Curandum est, dit Benoît XIV., ut verba quœ cantantur plane perfefteque intelligantur*.

Les mélodies grégoriennes ont été composées pour donner au

texte liturgique une plus grande force d'expression. Cantus> dit

S. Bernard (Ep. 312), sensum litterœ non evacuet scd fecnndct.

Dès lors que les paroles cessent de pouvoir être comprises,

elles n'ont plus leur raison d'être; le chant, de son côté, n'étant

lQuï dunque la prima condizione imposta alla musica dalla natura stessa délia instituzione liturgica è che il canto renda intelligibili,anzi ftiîi intelligibili le parole : si canta non per allettare il senso, ma per agevolare l'intelligenza. (Civiltà Cattolica. 1856. vol. iv.)

-La nécessité où l'on se trouve trop souvent réduit de se servir de chantres n'ayant pas l'intelligence de la langue latine, peut rendre difficile l'application des principes que nous allons poser, mais n'en détruit pas la légitimité. Cette nécessité surtout ne dispense pas ceux qui connaissent le latin du devoir qui incombe à tout homme qui parle, surtout si c'est à Dieu qu'il parle, de faire attention à ce qu'il dit, et de parler en être intelligent. Quant aux chantres qui n'ont pas la ressource de pouvoir suivre le sens de ce qu'ils prononcent, ils peuvent cependant, guidés par les yeux, si ce n'est par l'intelligence, prononcer correctement les syllabes, les grouper comme il convient pour former les mots, distinguer ceux-ci et partager les phrases, sinon avec la dernière perfection, du moins convenablement et de façon à ce que le texte soit suffisamment intelligible. Nous ne demandons pas autre chose ici, et les règles a suivre pour arriver à ce résultat sont à la portée de tout le monde.

Le chant

doit Jaire Vit loir les

paroles.

Hts mélo&tea grégoriennes.

Divergences de prononciation.

plus soutenu .par les paroles, perd de sa force et de son caractère. Le texte et la mélodie doivent donc se prêter un mutuel secours; pour cela il faut que le chant soit un langage modulé, mais qu'en étant modulé il ne cesse pas d'être un langage. On doit appliquer au chant en général ce que Jacques Eveillon dit de la simple psalmodie : Aclio loquentis est; et ideo fieri débet intelligibiliter , id est ex temperatione linguœ et vocis, ut et ipsi qui canunt et qui ex altero choi'o auscultant, aure ac mente percipiant ea quœ dicuntur. (De recta psallendi ratione liber, auclore Jacobo Eveillon, presbytero, Ecclesiae Andegavensis canonico. Cap. II. art. i.)

C'est peut-être ici l'occasion, avant d'aller plus loin, de dire un mot des divergences que présente la prononciation du latin chez les différents peuples. Ces divergences sont telles que deux interlocuteurs se parlant latin, mais chacun avec sa prononciation, ont peine à se comprendre, quand encore ils y parviennent. Ces manières diverses de prononcer une même langue tiennent aux habitudes différentes prises dans la langue maternelle, et dépendent peut-être aussi en quelque chose de la conformation particulière des organes vocaux. Ce serait donc une entreprise difficile à réaliser, sinon impossible, que de vouloir arriver sous ce rapport à une parfaite uniformité.

Il est cependant certaines règles de prononciation plus importantes, qu'il serait possible et facile d'observer partout, et que l'on nous permettra de signaler ici à l'attention des maîtres de lecture et de chant.

Il faudrait d'abord, ce nous semble, poser en principe qu'en latin toutes les voyelles aussi bien que toutes les consonnes doivent être prononcées. Cette règle est, il est vrai, formulée dans les grammaires; mais il est de fait qu'elle n'est pas observée partout avec toutes ses conséquences. Ainsi le mot latin constantia est prononcé chez nous comme son dérivé français constance, dans lequel l'articulation de la lettre n ne se retrouve plus représentée que par le son nazal donné à la voyelle. Le latin demande que dans constantia, on soit prononcé comme dans connexio, et an comme dans pannus\ que l'on dise par conséquent aussi in tende, en donnant aux voyelles i et e le son pur qu'elles ont dans in ten'a, et en articulant la lettre n aussi distinc-

Toutes les lettres doivent être prononcées.

De la prononciation latine.

tement que Vm dans assumptio. Ce serait toutefois une moindre faute de donner à la syllabe le son nazal du français, que de supprimer Yn en prononçant inter comme iter.

Les Italiens prononcent gn mouillé, et ils disent agno comme nous disons agneau (avec cette différence toutefois que l'effort de la voix dans agno porte sur la première syllabe et non sur la finale). Il nous est d'autant plus louable de les imiter en cela, que notre langue semble déjà nous y inviter; toutefois prenons garde alors de mêler les deux prononciations en disant non pas anius auio, ou agunus agit no, mais, ce qui est absolument fautif, a g li u in s agunio.

Les Italiens également, et en général, comme l'on sait, tous les peuples, hormis les Français et quelques-uns de leurs voisins, donnent à la voyelle u le son de Von français. Ici encore il serait à désirer que cette prononciation pût devenir absolument universelle. Remarquons seulement pour éviter toute erreur, au cas où l'on désirerait se mettre à l'unisson sous ce rapport avec les autres nations, que si Yu voyelle doit toujours être prononcée ou, il n'en est pas de même de lu consonne, c'est-à-dire de Yu qui vient après q ou g. En Italie comme en Allemagne, et généralement partout, la prononciation du mot quia, par exemple, n'est pas couia : elle se rapproche plutôt de cvi'a.

Les diphtongues que nous exprimons en français comme une voyelle simple, doivent être en latin proférées comme deux voyelles, mais d'une seule émission de voix. Ainsi en français autel se prononce comme s'il y avait ôtel, mais en latin autan se prononce aoutemy en ouvrant la bouche sur# et en la fermant sur ou par un seul mouvement.

Si nous insistons sur ces détails, c'est aussi parce qu'ils sont nécessaires pour l'intelligence des anciens neumes, dont plusieurs particularités ne peuvent s'expliquer qu'en supposant le latin prononcé à la manière italienne, c'est-à-dire, après tout, à

lie et ii consonne.

ia manière

lati

ne.

1 Nous n'entendons pas dire cependant ici qu'en Italie s'est conservée absolument intacte, pour le latin, la prononciation des Latins'eux-mêmes. Nous croirions volontiers, par exemple, que le chuintement appliqué au c dans cœlum, pacem, ducis etc. appartenait d'abord exclusivement à la prononciation populaire; le d, ou / k: ment frappe, par lequel commence l'articulation, lui donne seul de la grâce et de la distinction.

Iieg mélodies; grégoriennes.

Faut-îI ici parler de ces modes de prononciation plus ou moins étranges qu'amène trop souvent la négligence, soit des lecteurs, soit des chantres? Ceux-ci surtout semblent parfois se complaire à devenir inintelligibles. Les consonnes, les voyelles, tout dans leur bouche est facilement défiguré, tronqué, dénaturé. C'est ainsi, par exemple, qu'au lieu de Kyrie, on les entend dire Kêrie\ pôtri oupaitri pour patri etc. C'est ainsi encore que pour n'avoir pas voulu perdre la peine d'ouvrir assez pleinement la bouche avant d'entonner, par exemple, Agnus Dei, ils prononcent sans s'en apercevoir M agnus ou N agnus Dei. Déjà, en parlant de la pureté qu'exige l'émission du son, nous avions signalé des défauts de même nature; mais revenons aux principes.

Chaque voyelle, disions-nous, doit avoir le son qui lui est propre, et chaque consonne l'articulation qui la distingue; et cela d'après les lois du latin interprétées par l'usage des pays qui en ont le mieux conservé les traditions.

Mais ceci ne suffit pas; parce qu'il ne suffit pas, pour bien parler, de prononcer correctement les syllabes; il faut encore que celles-ci se suivent dans un certain ordre, dans l'ordre même qui donne au langage d'être intelligible.

De même qu'avec des voyelles et des consonnes on forme des syllabes, ainsi avec des syllabes on forme des mots. Toutefois, ce qui constitue le mot, lui donne sa forme et son existence comme mot, ce n'est pas la simple juxtaposition des syllabes. Il ne suffit pas en effet que celles-ci se succèdent simplement, si elles ne se fondent en un seul tout, en un tout indivisible, comme l'idée que ce tout est appelé à exprimer. Les syllabes par ellesmêmes prises isolément n'expriment rien de distinct ni de complet; c'est seulement par leur jonction, ou plutôt par leur fusion, qu'elles disent quelque chose. Que ma pensée, par exemple, se porte sur la ville de Rome; pour l'exprimer, je dis : Roma; mais parce que l'objet de l'idée est un, et qu'il ne peut se partager par moitié sur chacune des deux syllabes du mot, j'émets celui-ci tout entier comme d'un seul mouvement. Ce phénomène, qui imprime ainsi un mouvement unique à la série des syllabes qui composent chaque mot, constitue l'essence même de l'accentuation. L'accentuation est dans le langage la règle des règles; et tout ce que l'on pourrait dire sur la prononciation

Le mot forme un tout indivisible.

De la prononciation latine.

latine ne serait d'aucun avantage pour rendre un texte intelligible, si l'on négligeait la règle de l'accent.

L'accent ne sert pas seulement à donner à la récitation plus de vie et de mouvement, en variant le ton et la force des syllabes; il a une raison d'être plus intimement et plus essentiellement liée aux lois naturelles du langage : son but est de fondre en un tout vivant les éléments du mot, en même temps que d'aider l'oreille à distinguer les uns des autres les mots dont se compose le discours. Il réunit toutes les syllabes d'un même mot autour de l'une d'elles, comme autour d'un point central; et c'est grâce à cette subordination que, malgré la pluralité des syllabes, l'unité de l'idée se peint sensiblement clans le son du mot. Sans l'accent, les éléments du mot sont, comme nous disions, simplement juxtaposés; ils ne sont unis et subordonnés que par l'accent. Ainsi clans une accentuation régulière, chaque mot est produit par une impulsion unique, qui commence avec la première syllabe du mot, atteint le point culminant de sa force sur la syllabe principale, appelée pour cela syllabe accentuée, et vient expirer pour ainsi dire sur la fin du mot. Jusqu'à ce que la syllabe accentuée soit prononcée, la voix semble monter, elle retombe ensuite sur les dernières syllabes du mot, et s'y repose un instant avant de prendre un nouvel essor.

Les syllabes qui appartiennent à un même mot n'ont donc pas toutes la même importance dans la prononciation : il en est une dans chaque mot qui doit dominer toutes les autres, en les attirant à elle comme autour d'un centre commun.

Cette syllabe principale est signalée à l'oreille par une intonation plus forte ou plus aiguë, tandis que les autres syllabes sont plus faibles, plus obscures, plus déprimées. Elle est appelée par les anciens, syllabe aiguë (syllaba acuta)\ nous la nommons syllabe accentuée, l'accent aigu étant l'accent par excellence. Cet accent ayant pour effet premier, du moins chez les anciens, d'élever le ton de la syllabe qui en est affectée, est désigné par eux sous le nom (X accent touque. Il appartient proprement au mot auquel il donne la forme et l'unité. Nous avons déjà remarqué qu'il doit se distinguer de l'accent oratoire, soit logique, soit pathétique, lequel appartient plutôt à la phrase, et

[.accent donnel' unité au mot.

ou ton

Jlts méloDies grégoriennes;.

Mots latins accentués.

Mots non accentués.

Particules.

n'est pas soumis comme l'autre à des règles grammaticales fixes et déterminées.

Le signe de l'accent tonique est connu. Il s'emploie communément dans les livres liturgiques, mais seulement sur les mots qui n'ont pas moins de trois syllabes; parce que dans ceux-là seulement, ainsi que nous le verrons, il peut y avoir doute sur la place de l'accent. Dans les autres, l'accent n'est pas écrit; mais il doit être marqué dans la prononciation, comme s'il était écrit.

Les règles de l'accentuation latine sont presque toujours omises dans les grammaires, où cependant elles devraient occuper une place importante; c'est pourquoi nous les résumons ici, comme constituant une base nécessaire à l'enseignement du chant liturgique.

Tout mot latin, ayant par lui-même un sens distinct, possède une syllabe accentuée. Omnis vox aliquid per se significans aut acuetur aut flecletur1. (Diomède.) Est in omni voce acuta. (Quintilien. Inst. or. 1. i. c. 15.) Cette règle donnée d'un commun accord par les grammairiens est, d'après Cicéron, une loi naturelle au langage humain. Ipsa natura, quasi modularetur hominwn orationem, in omni verbo postât acittam vocem. (De oratore. c. 18.)

Les monosyllabes eux-mêmes reçoivent l'accent, à moins qu'ils ne rentrent dans l'une des exceptions que nous allons signaler. Ea vero quœ sunt syllabœ unius erunt acuta aut flexa. (Quint, ibid.)

Nous avons dit : tout mot latin ayant par lui-même un sens distincl; afin d'exclure, à la suite des grammairiens, certaines particules, ou même certains mots, qui sont trop intimement unis par le sens, comme par la prononciation, soit à ce qui précède, soit à ce qui suit, pour jouir du bénéfice de l'accent.

Ainsi : i°les particules enclitiques que,ve,ne} etc., qui viennent s'appuyer sur le mot qui les précède et se fondre avec lui, n'ont pas d'accent. Dans pat xer materque, que n'est pas accentué.

20 II en est de même de toutes les adjonctions monosyllabiques, ce,pse, demy met, nam, etc. qui font corps avec le mot auquel

1 C'est-à-dire, ont ou l'accent aigu ou l'accent circonflexe. Ces deux alternatives reviennent ici au même, puisque dans l'accent circonflexe se trouve l'accent aigu.

De la prononciation latine.

elles se trouvent jointes, par exemple, dans hujusce, reapse, semet, ubinam , etc. Mais le mot lui-même n'en est pas pour cela privé. 3° La préposition cum après un pronom, comme dans mecum , vobiscum, etc. ne forme avec lui qu'un seul mot qui s'accentue d'après les règles données plus loin; mais la préposition ellemême ne lest pas.

Les mots unis par le sens à ce qui suit, de manière à perdre l'accent, sont les suivants :

i° Les conjonctions, si elles sont placées en tête de la phrase ou d'un membre de phrase, n'ont pas d'accent: ainsi dans sicut erat, atque dixit, et vos, quoniam bonus, ut det Mis. et in sœcula, quia respexit, quia fecit mihi magna, les conjonctions sicut, atque, ut, et, quoniam, quia, ne doivent pas être régulièrement accentuées. Si dans les bréviaires ces sortes de mots sont, malgré la règle, marqués de l'accent, comme quoniam , il ne faut en tenir compte que lorsque certaines modulations, par exemple la médiante des psaumes, demandent ou permettent un accent.

Les conjonctions, quoique placées en tête de la phrase ou d'un membre de phrase, doivent porter l'accent si, étant isolées de ce qui suit, elles ont une signification par elles-mêmes en vertu d'une ellipse. Ainsi il faut évidemment accentuer et etsed dans les exemples suivants : Et : Tu in principio, Domine, terrant fundasti. - - Non dixit Jésus : Non moritur. Serf : Sic cum volo manere donec veniam.

Si les conjonctions ne sont pas en tête de la phrase ou d'un membre de phrase, elles reprennent l'accent : /// âutem, fecit véro, dixit eu in/.

2° Les prépositions et adverbes-prépositions, si elles précèdent immédiatement leur régime, n'ont pas d'accent. Ainsi dans super cum, super ccclos, super nos, prœter Dominum, infra teelum, supra montem, in manus, post partum, de profundis, a malo, in œternum , per omnia , a solis ortu, in memoria œterna, ab audit ione ma la', le premier mot de chacun de ces exemples s'unit au suivant et ne doit pas, par conséquent, recevoir l'impulsion de voix qui caractérise l'accent.

Si les prépositions sont placées après leur réginv reprennent aussitôt l'accent : te prépter, te sine, teelum infra, montem supra, fronde super viridi.

Conjonction*.

Pronoms relatifs.

Chaque mot n'a qu'un accent.

Ixts mélodies grégoriennes;.

Prœpositiones.... si casibus prœponuntur, gravantur ; cum vero prœpostere ponuntur, acuto accentu efferuntur, v. g. te prôpter. (Priscien.)

Quintilien nous donne aussi la raison de cette différence, quand il dit : Mihi ici videtur gêneraient accentus régulant mutare quod in his locis verba in pronuntiatione conjungimus aut junclim effeiàmus. JVam cum dico: circum littora, duo tamquam unum enuntio, dissimulata distinclione. Quod idem accidit in illo : Trojse qui primus ab oris. Séparât a vero vel postposita eadem vocabula a prœcepto communi non recèdent. (Inst. or.

3° Les pronoms relatifs, quand ils n'expriment qu'une simple relation, n'ont pas d'accent : Deus qui fecit de tenebris lumen splendescere. Pater noster qui es in cœlis. Agntis Dei qui tollis peccata mundi.

Mais quand ils n'ont point d'antécédent exprimé, ils ont l'accent : Qui vult venire post me. Qui facit hœc. Qtti tollis peccata mundi. Qui sedes ad dexteram Patris.

De même les pronoms interrogatifs ont l'accent: Qui sunt isti? Quïs revolvet nobis lapident? Quis est qui vobis noceat?

Nous voyons en quel sens et avec quelle restriction il faut entendre Cicéron et Quintilien, lorsqu'ils nous disent que tout mot latin a un accent : natura in omni verbo posuit acutam vocem. Est in omni voce actda.

Ils ajoutent, et ceci ne souffre aucune exception, que dans un mot il ne peut y avoir plus d'une syllabe accentuée : nec plus una (Cicéron). Sed nunquant plus una (Quintilien). C'est une faute par conséquent d'accentuer à la fois les syllabes ta et o dans tentâtiônem, les syllabes na et o dans Dominâtiônes, comme on l'entend faire si souvent.

Les mots composés n'ont comme les mots simples, qu'une

seule syllabe accentuée. Ainsi jurejurando n'a pas d'accent

sur la première syllabe, mais seulement sur la pénultième:

jurejurando et non jurejurando. De même, on doit dire, avec

un seul accent : benedicere , et non bénedicere.

Le choix de la syllabe unique qui dans chaque mot doit porter l'accent, n'est pas arbitraire, mais déterminé par les règles suivantes :

De la prononciation latine.

Place dt

Licences

propres à la versification.

i° Dans les mots de deux syllabes, c'est toujours la première qui porte l'accent \pater, mater, féeit ', D eus > f ides, finis > ôra, ôpus, tu us, meus etc.

2° Dans les mots de plus de deux syllabes, la place de l'accent dépend de la quantité métrique de la pénultième :

Si cette pénultième est longue, elle porte l'accent : bcàtus, tenébit, divina, institutions , ventûri, bravium, corona, naturel.

Si elle est brève, l'accent se place sur l'antépénultième, quelle qu'en soit la quantité métrique : magnâlia, facilis, vidébitur> spiritus, spiritui,gloria, circuit us, l'irtûtibus, ))iisc'ricors,mulieres.

Nous devons remarquer, toujours avec Cicéron et Ouintilien, que jamais dans un mot latin l'accent ne remonte au-delà de l'antépénultième : Nec a postrema syllaba citra tertiam (Cic). Proxima extrenur aut ab ea tertia (Quint.). On ne dira donc pas: Sânguinibust miserere ; mais : Sanguinibus, miserere.

Il ne faut pas prendre pour des règles de quantité à suivre dans la prose, certaines licences que les poètes se permettent pour les besoins de la versification. Ainsi, par exemple, souvent dans les vers une pénultième suivie de deux consonnes dont la seconde est / ou r est traitée comme longue : Nox et tenêbrse et uubila.

Souvent aussi les poètes emploient comme brève la pénultième des génitifs en ius.

Ipsïus hymuum canit hune libeuter.

Cks licences poétiques ne doivent pas être transportées dans la prose. Ainsi les mots, comme teuebree, volucris, multiplex, locuplex, asseela, pharetra etc., dont la pénultième serait appelée douteuse ou commune dans la versification, ont toujours cette pénultième brève dans le langage ordinaire et portent l'accent sur l'antépénultième : ténebree, vôlucris, pkâretra , asseela , mûltiplex, lôcuplex. Il en serait autrement si la voyelle était longue de sa nature, comme dans Oclôbris, qui vient ôiOclôber.

Quant aux génitifs en ius comme ipsius, illius, istius etc., leur pénultième est toujours longue en prose, et comme telleporte l'accent : ipsius, illius , istius. — Alteriusy par exception, a toujours Xi bref en prose comme en poésie.

Les trois enclitiques que (conjonctive), ne (dubitative), ;v(dis jonctive), que nous avons dit plus haut n'avoir pas d'accent,

Vertu de l'enclitique.

"UtS mélootes grégoriennes.

offrent une particularité remarquable : d'après l'enseignement des anciens grammairiens * et l'usage constant de la langue latine, aux époques où celle-ci était vivante, ces particules ont la propriété d'attirer l'accent sur la syllabe qui les précède immédiatement, c'est-à-dire sur la dernière syllabe du mot auquel elles se trouvent jointes, lors même que cette syllabe est brève en prosodie. Ainsi on dira non seulement hominésque voilier ésve, mais encore armâque, decorâque laudatio, et non ârmaque, decôiraque.

Nous avons ici un phénomène analogue à ce qui se produit en français, lorsque le pronorn/V vient s'adjoindre au verbe, au lieu de le précéder; comme, par exemple, dans ces locutions dussé-je, puissé-je. Dans cette circonstance, en effet, la particule je joue le rôle d'enclitique; c'est-à-dire qu'elle attire près d'elle l'accent du mot sur lequel elle s'appuie, faisant qu'une syllabe même naturellement muette devient ouverte et accentuée : que je dusse, dussé-je; que je puisse, puissé-je.

Cette vertu, essentiellement inhérente à l'enclitique dans un idiome parlé, n'a pu être négligée, encore moins mise en doute, pour la langue latine, tant que celle-ci est demeurée langue vivante. Mais depuis que le latin a cessé d'être d'un usage ordinaire, les grammairiens profitant, pour ainsi dire, de ce qu'il n'est plus là pour se défendre, ont pu le traiter à leur fantaisie, et oublier facilement une règle particulière comme celle de l'enclitique, règle qui a son importance, mais n'intéresse que la langue parlée. Ce n'est ici, du reste, qu'une question de détail ; nous ne devons pas demander aux grammairiens de l'approfondir, lorsque nous les voyons devenus, pour la plupart, si peu soucieux de la question générale d'accentuation, et que beaucoup d'entre eux ne semblent même pas se douter, nous ne disons pas de l'importance, mais de l'existence même des lois de l'accent dans le discours.

1 Copulativa que et disjunctiva ve et dubitativa ne adjunébe verbis, et ipsse amittunt fastigium, et verbi antecedentis longis positum acumen adducunt, et juxta se proxime collocant. Sic, que, ut liminâque laurûsque dei. Item, ve, ut Hycanisve Arabisve parant, et, calathisve Minervœ. Ne, ut Ho?ninésne,ferâve. (Diomedes, lib. 2. de accentibus.)

Haec (conjunctio que) et alias duae conjunctiones, ve videlicet et ne, sunt apud Latinos inclinativas, quas Graeci encliticas vocant. Soient enim suos accentus in extrema syllaba prascedentis dictionis remittere.( Prisa 'en, super xii. vers. ALneîd.l. 1).

De la prononciation latine.

L'enseignement des grammairiens, relativement à la règle de l'enclitique', s'est reflété, comme on le pense bien, dans la pratique des imprimeurs, dont les uns ont observé la règle en question, les autres l'ont méconnue. Il est rare toutefois de voir les anciens s'en écarter, et la règle est si bien acceptée par eux que les fondeurs de caractères, pour le cas de l'enclitique que, la plus fréquente des trois, trouvent plus simple de fondre l'accent sur le corps même de la lettre q\ procédé acceptable, à la condition cependant que la pointe de l'accent soit dirigée vers la voyelle précédente, à laquelle elle se rapporte : ce qui ne s'est pas toujours observé. Mais peu importe; nous n'en avons pas moins ici un témoignage précieux en faveur de la règle de l'enclitique.

Ox objecte qu'en disant décortique aussi bien au nominatif qu'à l'ablatif, il ne sera plus possible de distinguer les deux cas : nous répondons qu'on a, pour éviter la confusion, les mêmes moyens que dans et décora, où la même équivoque existe, sans que l'on ait à changer l'accentuation en changeant de cas. Que deviendraient les règles, s'il fallait les modifier pour un semblable motif, s'il fallait si bien couper court à toute équivoque, qu'on dispense l'intelligence du lecteur ou de l'auditeur de tout travail ?

Ne interrogatif dans videsne, que dans ubique, undique, itaque etc., cum dans vobiscum, nobiscum etc., bien qu'unis au mot à la manière des enclitiques, n'ont pas, comme celles-ci, la propriété d'attirer l'accent sur la syllabe qui les précède immédiatement: ils influent sur l'accent, seulement en ce qu'ils accroissent d'une syllabe le mot sur lequel ils s'appuient, et obligent par conséquent à avancer l'accent; mais celui-ci se place d'après la règle générale, sur la pénultième ou l'antépénultième, en tenant compte de l'addition faite au mot. Ex. vidésne, venérene% ubiqin\ l'indique, u tique, itaque, vobïscum.

La règle est la même pour les adjections monosyllabiques ce, se, met, dciu, nam, etc.; ainsi on dit : hujûsce, rcapse, ibidem et ipsemet, ûtinam, ûbinam, ûbivis etc.

Il nous reste à mentionner parmi les particularités d'accentuation que peuvent offrir les mots latins, les vocatifs contractes des noms en ius , comme Ambrosius^ Gregorius etc. Bien

Adjeétions

monosyllabiques.

Vocatif des noms enius.

Mots grécolai i ns.

Xa% mélotnes grégoriennes.

que la pénultième de Amlwosi, Gregori, soit brève, elle porte l'accent : parce que cette forme contracte du vocatif est pour Ambrosic, Gregorie, que nous accentuerions Ambrôsie, Gregorie, d'après la règle générale, qui veut que l'accent ne remonte jamais au-delà de l'antépénultième.

Nous nous arrêtons là en fait d'exceptions; parce que celles que les grammairiens apportent en plus de celles que nous avons données, n'ont ni la même importance ni la même certitude. Dans une matière déjà suffisamment compliquée, il n'est pas opportun d'ajouter sans nécessité de nouvelles causes de complication.

Nous n'ignorons pas que plusieurs grammairiens accentuent sur la finale les mots apocopes, comme benefàc, tepefit, illic, prodûc. D'un autre côté, les composés de facere ne sont pas considérés par tous comme des composés parfaits, et à cause de cela on trouve ces mots accentués sur la pénultième quoique brève : bencfàcit, tepefdcit, calefâcit etc. D'autres composés devraient, selon plusieurs, recevoir l'accent au point de jonclion, c'est-à-dire sur la finale du premier élément : juréjurando, néquando, éxinde, quàp7'opter. Nous ne disons pas qu'il n'y ait aucun motif pour accentuer de la sorte les mots en question; mais nous croyons l'usage contraire plus simple et non moins autorisé : nous dirons donc sans hésiter, conformément à la règle ordinaire : bénefac, tépefit, illic, prô duc, benéfacit, tepéfacit, caléfacit :, jurejurândo , nequândo, exinde, quaprôpter.

Nous avons déjà parlé de la règle donnée par certains grammairiens, qui enseignent que la phrase interrogative finit par un accent. Ils confondent dans leur esprit l'accent logique et l'accent tonique; quoiqu'ils en disent, celui-ci doit se placer conformément à la règle ordinaire.

Toutes les règles que nous venons d'expliquer, concernent les mots appartenant en propre à la langue latine. Il en est d'autres que celle-ci a reçus du grec, et sur l'accentuation desquels nous avons besoin de nous étendre quelque peu.

Les mots qui apparaissent dans la liturgie comme proprement grecs, doivent sans aucun doute recevoir l'accentuation grecque. Ainsi, par exemple, on devra dire lithôstrotos , theotôcos, bien que la pénultième soit longue en grec dans le premier

De la prononciation latine.

mot (Ai9o<jrp&»roç), et brève dans le second (02oroxoç). Ces mots n'ont absolument rien de latin, et ils sont positivement cités comme appartenant à la langue grecque; il y aurait donc contradiction à les accentuer d'après les règles de la grammaire latine. Nous devons remarquer à propos du mot theotôcos, l'importance particulière qu'il y a à le bien accentuer; car en grec, en effet, (-)îït6zo; a un sens aélif, tandis que Szo-oxoç, au contraire, a un sens passif. Une mauvaise accentuation ferait dire simplement que la sainte Vierge est fille de Dieu, a Deo genita , lorsqu'il s'agit de confesser qu'elle est mère de Dieu, Dcipara, Dei genitrix.

La manière d'accentuer les mots gréco-latins semble avoir beaucoup varié. Sur cette question, du reste accessoire, les grammairiens, tant anciens que modernes, ou se taisent, ou restent dans le vague, ou, ce qui est pis encore, se contredisent.

Pour s'y reconnaître il est nécessaire de distinguer trois âges dans la langue latine : avant Cicéron, de Cicéron à Auguste, après Auguste. Avant Cicéron, la langue latine en formation s'incorpore un certain nombre de mots venus directement du grec, ou tirés d'une source commune aux deux langues. Ces mots reçoivent droit de bourgeoisie latine, mais à la condition pour eux de revêtir le costume latin : ils se déclinent et s'accentuent à la manière latine; chose d'autant plus naturelle qu'ils sont empruntés surtout au dialecte éolien, dont l'accentuation est barytone comme celle du latin. De Cicéron à Auguste, la littérature latine se développe avec les arts et les sciences; mais c'est de la Grèce principalement que tout arrive : idées et professeurs; et par conséquent aussi, mots et formules. Il n'y a plus dès lors d'éducation libérale possible sans l'étude du grec ; le grec va devenir chez les latins comme une seconde langue maternelle. Le langage s'enrichit de mots nouveaux : noms propres, mots techniques, et aussi expressions purement littéraires, dont on se complaît à orner le discours, plutôt pour X amour du grec auquel on les emprunte, que par un vrai besoin de la langue, qui déjà souvent possédait l'équivalent de ces mots. Toutefois, soit sentiment patriotique, soit esprit de tradition, soit inaptitude à se plier à un mode étranger de prononciation, beaucoup

La théologie peut tire intéressée a la question Je l'accent.

Influence

des maîtres erecs.

UO

Hts méloîrïes grégoriennes.

de gens résistent au courant et veulent demeurer Romains de langage comme de caractère. Nous remarquons ici quelque chose d'analogue à ce qui s'est passé chez nous. Il fut un temps où nous aimions à tout franciser: nous disions Brute et Casste; nous avions Mazarin, les Ursins, les Aldobrandins, etc. Maintenant nous disons Brutus et Cassius, et si le fait acquis nous oblige à conserver aux personnages susdits leur nom francisé, il est certain que s'ils vivaient de nos jours, nous les nommerions à l'italienne : Mazarini, Orsini, Aldobrandini. Les mots grecs usités dans le latin commencent, au temps de Cicéron, à se décimer à la manière grecque; c'est un premier pas de fait, mais l'accentuation grecque ne leur est pas encore régulièrement donnée; celle-ci ne prévaudra complètement que sous Auguste; rien ne marche en ce genre que progressivement, et ce qui empêche l'accent grec de 's'implanter chez les Latins, c'est son caractère plus musical et plus indépendant de la quantité que l'accent latin ; il faudra, pour qu'il puisse pénétrer et triompher dans la prononciation des mots d'origine grecque, qu'il s'élargisse, et en devenant pour ainsi dire lui-même quantité, fasse oublier la quantité véritable. Ce phénomène, nous le voyons s'opérer à partir d'Auguste; pendant cette troisième époque les mots empruntés au grec se déclinent et s'accentuent à la manière grecque, c'est-à-dire que l'accent se place là où les Grecs le placent; mais cet accent chez les Grecs, en conservant sa position, change de nature et se rapproche de l'accent latin. Bientôt la syllabe accentuée, qui est toujours la même, s'est allongée, et la syllabe primitivement longue, qui souvent vient après, est devenue brève. On disait d'abord, par exemple, IXéyjcros/, àv0pw7ro;, en élevant la voix sur la première syllabe et en prolongeant la pénultième; mais celle-ci plus tard devint brève, chez les Grecs aussi bien que chez les Latins. L'Eglise prit les choses telles qu'elles étaient, sans s'inquiéter de Cicéron ni de Quintilien, ni surtout d'Horace ou de Virgile. Prudence, parfaitement instruit des règles de la poésie classique, croit pouvoir quelquefois s'en écarter, et les licences qu'il se donne portent précisément sur les mots où l'influence de l'accent a fait oublier chez les Grecs et chez les Latins la quantité des pénultièmes longues non accentuées qu'il abrège sans scrupule pour obéir à l'usage. C'est ainsi, par exemple, que

L'accent change de nature en passant du grec au latin.

De la prononciation latine.

tu

la pénultième de eremus est devenue brève chez Prudence, à cause de l'accent placé en grec sur l'antépénultième, epyj/uo;.

La règle, depuis Auguste, consiste à donner l'accentuation grecque à tous les mots empruntés à la langue grecque, lorsque ces mots passent dans le discours latin avec les mêmes lettres et les mêmes désinences. Ainsi, comme l'enseigne le grammairien Servius (5e siècle), d'accord en cela pour le principe avec Ouintilien lui-même, l'on disait : per aéra, per œthéra. Que si ces mots recevaient la désinence latine, l'accent grec cessait d être obligatoire, mais restait facultatif, devis ou aéris> pourvu toutefois encore que la désinence n'altérât pas la syllabe accentuée; ainsi l'on devait dire : musicé> musicén, et imîsica mûsicam. L'accentuation grecque avait si bien prévalu, qu'elle s'imposait même aux mots tirés de radicaux latins dont la désinence était grecque. Ainsi de Miltiâdes (MiArià^ç), on avait été conduit par l'analogie à Scipiàdes. L'on voit aussi par ce qui précède, que l'on ne tenait pas compte seulement de l'accent premier, mais que conformément aux lois de la grammaire grecque, l'accent variait de position dans le même mot suivant la quantité de la syllabe finale. C'était là une complication, et il serait difficile maintenant de ressusciter toutes ces règles. La Renaissance voulut les ramener sans les comprendre, et les règles qu'elle donna ne furent ni celles d'Auguste ni celles de Cicéron. Les grammairiens depuis la Renaissance placent l'accent dans les mots gréco-latins sur la pénultième lorsqu'elle est longue en grec , et sur l'antépénultième lorsque la pénultième est brève. Ainsi pour les mots qui sont oxytons en grec, nous trouvons dans les bréviaires et missels, par exemple, Parascéve, Penteeôstes, zelôtes etc, au lieu de Paràscevét Pentecostés ', zelotés, comme le demanderait l'accentuation grecque. De même pour les mots paroxytons : Telésphorus^ Christâpkorus , Areôpagits, Sarcôphagusy Eleemôsyna^ Hyades> Cathedra etc.; bien qu'en grec nous ayons : TeAsocpopo;, Xpioro<po'poç, 'ApsoTràyoç, 2apxo<p<xyoç,'EAe£poo,uvy] ,Tâ£if]ç,Ka0édpa, D'un autre côté, les proparoxytons grecs : Bâ-n^ua , Xàp«r/xa , "Acrxyjffiç, 2ûva£iç, 1 1 apà&iao;, SeéoovXoi, Seâ$<ùQO$} kay.c/jaiv.or./, Nixodyj^oç, "Aêucjaoç, AiotX7j<7iç, "EiJwAov etc.; sont en latin accentués : Baptisma, Charisma , Aséssis> SynaxiSy Paradïsus, Theodûlus^ TheodéruSy Cacodcèmon^ Nicodémus. Aôyssus, Diœcésis, Idôlum etc.

La Renaissance accentue les mots grecs à la

manière latine.

Xits méloDtes grégoriennes.

Mots grecs en ia.

Mots grecs en ium.

Remarquons cependant que la règle ancienne trouve encore son application dans la classe des mots grecs terminés en ia, auxquels, malgré ce que nous venons de voir pour les autres mots, l'accentuation paroxytone a été attribuée généralement par les éditeurs liturgiques, lors même que la pénultième est brève; ainsi on accentue sur la pénultième : Homilia, Philosophia, Prophetia etc., et puisqu'en cela l'on revient à l'usage du siècle d'Auguste, il faut pour être logique traiter aussi comme paroxytons : Eucharistia , fmais on dit Eucharistia, orum), également symphonia (bien qu'antérieur à Auguste, mais ainsi accentué sous Auguste par un effet rétroactif, dû à l'analogie), Phantasia, Allegoria, Prosodia, Blasphemia etc. Il pourrait y avoir difficulté pour les mots en ia dérivés de eia comme Alexandria ('Alel&vàpeior). Mais bien que proparoxytons en grec, ce mot et quelques autres deviennent en latin paroxytons, parce qu'en grec eia se transformant en ia a l'accent sur la pénultième, comme nous le voyons dans FaAareia, TaAarta^ 'Axa&j/xsia, 'A/aoy;uîa, Du reste, on pourrait dire aussi que dans Alexandria, i dérivé de eia étant long reçoit l'accent d'après la règle générale que nous avons vue plus haut, en vertu de laquelle, par exemple, "Eidalov devient Idôlum, et pour prendre des exemples plus rapprochés par l'analogie : Bac-Ueio;, Basilius ; Aàpst&ç, Darius.

Les mots en ium comme Xenodochium, Nosocomiunt, Orphanotrophium, ne présentent aucune difficulté, puisque la pénultième est en grec longue et accentuée : Esvo&^êfw, Noo-oxg/a&îov, 'Op(pavos Tçoyiiov. On trouve aussi l'accent à la pénultième, quoique brève, dans graphium (rpzyiov) et quelques autres mots.

Reste une question : faut-il considérer comme paroxytons certains mots que l'Eglise latine a empruntés à l'Eglise grecque, et qui au moment de l'emprunt avaient leur pénultième brève chez les grecs eux-mêmes, bien que cette pénultième fut longue dans la langue classique? Citons Parâclitus (napy-yj^zoz), éremus (spyjuo;), hyssopus (&Y(j(jG>nGz), antipJwna ('Àvrttpwva), auxquels nous ajoutons eleison (èAéyjo-ov), Pour celui-ci et pour Parâclitus, l'accent est sans aucun doute sur l'antépénultième : l'usage acluel est, pour les autres, de les accentuer sur la pénultième : erémus, hyssopus, antiphôna.

De la prononciation latine»

Mots hébreux.

La liturgie offre, avec des mots latins et des mots grecs, des noms hébreux dont il importe également de connaître l'accentuation.

i° Les mots hébreux qui finissent en tas sont, comme les mots grecs terminés en ia, accentués à la pénultième : I salas, Isaiœ, Isaiam, Jeremlas, Ananias.

On accentue de même la pénultième de Maria, en vertu, non des lois de la langue hébraïque qui donne à ce nom une autre forme, mais de l'usage et de l'analogie.

Alléluia a l'accent sur u, alléluia.

2° C'est aussi l'usage qui veut que les mots hébreux, à l'exception des précédents, soient d'une manière générale accentués sur la dernière syllabe, à moins que ces mots ne se trouvent déclinés à la manière latine. Ainsi l'on prononce avec l'accent à la fin, non seulement Gabriel, MicJiaél, Israël, Abraham, Jacob, David etc., mais aussi Melchisedéch, Abimeléch, Nabuchodonosâr, etc.; quoique les Hébreux eussent pour règle de prononcer Melchisedéch , AbimélecJi, NabucJwdonôsor, avec l'accent sur la pénultième syllabe. On dit de même Sabaôth.

3° Si les mots hébreux, dont nous accentuons la dernière syllabe lorsqu'ils ne sont pas déclinés, se trouvent de fait déclinés à la manière latine, ils sont alors accentués d'après les règles du latin, c'est-à-dire à la pénultième ou à l'antépénultième : Gab n'élis, Abrahœ^ RapJiaélem , Jûdœ.

4° Les noms hébreux qui ont une forme latine, et se déclinent toujours à la manière latine, s'accentuent également toujours comme les mots latins : Anna, Annœ, Jodunes, Jodnnem.

5° Le saint nom de Jésus n'est venu de l'hébreu que par l'intermédiaire du grec ; il a reçu en grec et conservé en latin, à tous ses cas, l'accent sur la dernière syllabe : Jésus, Jesii, Jcsiuu.

De tout ce qui précède, nous concluons que l'on peut pécher contre les lois de l'accentuation latine de plusieurs manières :

i° On viole ces lois, en privant un mot de l'accent qu'il doit recevoir ; comme, par exemple, tiài, meus et d'autres mots semblables, au lieu de Hbi% méus\ ou bien, en donnant l'accent à un mot qui doit en être régulièrement privé; ex. super cœlos, au lieu de super cœlos.

Fautes <ï accentuation.

Hts mtlohits grégoriennes.

Ou ne

doit supprimer aucun accent.

2° On enfreint plus grièvement les lois de l'accentuation, lorsqu'on relève par l'accent deux ou trois syllabes dans le même mot; ex. sânïïificétur au lieu de san£lificétur\ côngregdtiône au lieu de congrégations

3° La faute est plus grave encore quand on déplace l'accent; ce qui arrive lorsqu'on le porte sur la dernière syllabe des mots, ex. Deiîs métis \ ou qu'on le recule au-delà de l'antépénultième, en disant circuitus , pdssionis , ômnipotens , midieres, sânguinibus , au lieu de circuitus, passiônis, ômnipotens, mulieres, sânguinibus-, ou enfin, lorsqu'on place l'accent à l'antépénultième, quoique la pénultième soit longue, cônspeclus , côrona pour conspéftus et corôna\ et à la pénultième quoiqu'elle soit brève: ex. ciraimddta au lieu de circiimdata etc.

4° Remarquons encore que si plusieurs monosyllabes se suivent, on ne doit ni supprimer, ni ajouter, ni déplacer aucun des accents requis d'après les règles ordinaires.

C'est donc une faute de dire tû es ou tu es; la règle générale veut que l'on prononce tû es, avec l'accent sur chaque mot. Mais il n'en faut pas sur le premier, dans in nos, de té, in et de étant conjonctions. Ce serait donc une double faute de dire in nos, dé te.

5° Lorsque plusieurs accents se suivent immédiatement, ils doivent tous être exprimés. Ainsi il faut dire : Té Déum, Té décet, os mémn, tû es Déus, et non pas Té Deum ou Te Déum, Té decet ou Te décet, os meum ou os méum, tu es Deus ou tu es Déus.

6° On doit éviter de traiter comme enclitiques les monosyllabes déclinables, tels que te, me, vos, nos, etc. Ces monosyllabes ont leur accent propre et ne changent rien a l'accentuation du mot qui précède. Il ne faut pas dire : confirma me, adjuvâ nos, mais confirma mé, ddjuva nos. Il faut surtout bien se garder de prononcer adjûva nos , protège nos. Dans ce cas, comme dans les précédents, chaque mot doit recevoir l'accent ou en être privé d'après les règles ordinaires.

Faut-îI, en observant l'accent, tenir également compte de la quantité? Il semble que les rhéteurs grecs parlant latin et les grammairiens leurs disciples l'ont fait. Mais il est douteux que cette manière fût celle des premiers Romains; si elle a existé,

On ri observe pas la quantité.

De la prononciation latine.

il est certain qu'elle n'a dure qu'un temps assez court, et qu'elle est restée circonscrite dans un cercle fort restreint : à aucune époque, elle n'a été la prononciation vraiment usuelle.

Le vrai mode de prononciation du latin consiste à observer l'accent seul, sans s'inquiéter de la quantité autrement que pour savoir où placer l'accent dans un mot composé de trois syllabes, C'est cette prononciation que nous avons reçue de la tradition pour l'usage liturgique; c'est la seule possible dans une langue qui doit être universelle, et dont il faut bannir ce qui est exclusivement du domaine de la convention.

Il ne peut être question d'une troisième manière de prononcer le latin, qui consisterait à observer les longues et les brèves d'après les lois de la versification, mais sans tenir compte de l'accentuation. Ceci serait contraire aux lois essentielles de la parole, dont l'accent est l'âme, accaitus anima vocis. Toute la tradition témoigne en faveur de l'accent. Toujours nos pères l'ont scrupuleusement respeclé, si bien que lui seul peut servir à expliquer la manière dont se sont formés les mots dans les langues dérivées du latin. C'est pour n'avoir pas tenu compte du rôle de l'accent dans les mots, que la science étymologique est tombée si souvent dans des aberrations qui ont fait douter d'elle. En prenant au contraire pour base de ses recherches l'accentuation, elle eût sans trop de peine et avec pleine garantie donné les lois du travail de transformation qui de tel et tel mot latin a fait un mot italien, espagnol, provençal ou français.

En latin, dans le latin tel que le parlaient nos pères et tel que nous devrions encore le prononcer, si grande était la force de l'accent tonique, que nous voyons la syllabe affeétée de l'accent dans chaque mot conserver dans les langues dérivées sa prépondérance native, et résister ferme et intacte au courant destructeur qui, dans la transformation du langage, attaque et souvent emporte les autres syllabes. Loin de faire exception, le français témoigne au contraire d'une accentuation du latin, autrefois plus vigoureuse chez nous que dans les autres pays. Ainsi, pendant que les autres langues ont conservé encore unecertaine sonorité aux syllabes qui suivent l'accent, presque toujours le français lésa supprimées, ou ce qui revient au même, les a transformées en syllabes muettes. Avec témpus, témporis,

• l'accentquidoit \eul / la pronondation.

Le rôle

de l'accent da?is les mots a toujours été pré pondérant.

lies méloDies grégoriennes.

Double dérivation des mots dans le français.

l'italien à fait tempo; nous, nous disons temps. Le mot latin tabula est devenu en italien tâvola, en français table. Et ainsi de tous les autres mots, de ceux du moins qui appartiennent à la langue parlée; car les mots qui ont été introduits dans le français par les écrivains, surtout depuis le seizième siècle, sont simplement calqués sur le latin ; on ne peut pas dire qu'ils en dérivent véritablement, et si dans ces mots les lois de l'accentuation sont souvent méconnues, c'est la langue qui en souffre, mais non la thèse que nous soutenons. Assurément le mot frêle, régulièrement dérivé du mot latin frâgilis, a une physionomie plus franche que le mot fragile calqué plus tard sur le même adjectif. On peut aussi comparer au même point de vue raide et rigide (de rigidus) ; esclandre et scandale (de scândalum) ; entier et intègre (de integer)\ rançon et rédemption (de redémptio, redemptionis), etc.

Toujours est-il que nos pères avec bonus ou bônum n'auraient pas fait bon, avec presby ter, prêtre (presU tre , prestre , prêtre); avec anima, âme (anima, an ma, âme); s'ils avaient prononcé, ainsi qu'on l'enseigne et qu'on le pratique trop souvent, sous prétexte de prosodie, bonum comme le mot franôais bonhomme; presby ter comme presby tére , anima comme dans il anima.

Cette accentuation du discours, qui donne à chaque mot l'unité et l'anime d'un souffle vital, est un élément d'une nature en quelque sorte spirituelle. On doit bien se garder de confondre l'accent avec la quantité qui, au contraire, est un élément tout matériel et de convention. On pourrait, en lisant les auteurs sur ce point, se laisser induire en erreur par des locutions qui ne sont pas toujours d'une parfaite justesse, ou dont le sens a pu se modifier selon les époques. Il s'en faut en effet que la signification des mots soit toujours constante dans le cours des siècles. Combien de fois n'arrive-t-il pas que le sens originairement attaché à telle ou telle locution se transforme peu à peu par l'usage, et devient parfois totalement différent de ce qu'il était d'abord, surtout lorsque le mot passe d'une langue dans une autre. Il y arrive avec le sens qu'il avait en dernier lieu dans la langue d'où il est emprunté, c'est-à-dire la plupart du temps avec un sens déjà détourné. Quand ce sont les savants qui font un emprunt pour leur jargon à une langue ancienne, on voit

L'accent est

un élément ?noins matériel que la quantité.

De la prononciation latine.

parfois les confusions les plus étranges; comme, par exemple, celle de nos lettrés de la Renaissance qui sont allés appeler Prosodie la quantité métrique des syllabes latines, comme si le mot Prosodia chez les grecs, et même dans l'usage des latins, avait eu ce sens. Sans doute, par extension, dans des auteurs de décadence, ce mot s'applique un peu indifféremment à tous les phénomènes du langage; mais en réalité le mot prosodia des Grecs dont le mot latin accentus est la traduction littérale, est cette espèce de chant qui accompagne naturellement le discours. Déjà cependant chez les Latins l'idée & accent se rapporte à quelque chose de moins musical, par la raison que les latins chantaient moins en parlant que les Grecs; X accentus est donc pour eux la variété d'intensité dans l'émission des syllabes, tout autant et plus peut-être que la variété du ton.

Comme on l'entend actuellement, la pivsodie est toute autre chose; par suite de l'erreur des docteurs en us de la Renaissance, ce mot exprime, non plus l'intonation propre à chaque syllabe clans le discours, ni même le degré de force qui leur appartient, mais leur durée relative. En ce qui touche maintenant à la langue française, le mot accent est appliqué presque indifféremment à tous les phénomènes du langage, et prend ainsi les acceptions non-seulement les plus diverses, mais souvent les plus disparates, et même les plus opposées.

Quoi qu'il en soit, il est certain que la quantité, telle qu'elle est donnée dans les traités que l'on nomme actuellement traités de prosodie, n'est pas X accent. Ainsi, par exemple, au point de vue de la quantité, la première syllabe est brève dans pater et elle est longue dans mater; au point de vue de l'accent nous n'avons aucune distinction à faire entre ces deux mots, qui ont l'un et l'autre la première syllabe accentuée, pdter, mêler, et se prononcent absolument de la même manière. Prenons maintenant paternus et maternus] ici la syllabe initiale qui, eu égard à la quantité, est brève dans paternus, longue dans maternus. se prononce dans la prose de la même façon, sans accent, en donnant à la syllabe la durée requise pour que cette syllabe soit nettement entendue.

De même il ne faut pas chercher à appuyer sur la première syllabe du mot orémus, plus que sur la première du mot opérions,

Sens du prosodie.

Différence ermite et l accent.

Hts mélootes grégoriennes.

La durée des syllabes dépend de leur poids matériel.

Pénultième non accentuée.

quoique les poètes considèrent Yo comme long dans le premier cas et comme bref dans le second. En tant que pied métrique, jiibilatio diffère de âdôrâtib , mais en prose le mouvement de récitation est le même.

Telle est la règle à observer pour toutes les syllabes non accentuées, elles doivent être exécutées légèrement, sans aucune insistance de la voix. Elles ont, il est vrai, une durée plus ou moins longue; mais c'est uniquement en raison de leur poids matériel : ainsi il faut naturellement plus de temps pour prononcer une syllabe où la voyelle est accompagnée de trois ou quatre consonnes, que pour en prononcer une autre qui n'a qu'une seule consonne; et celle-ci demande plus de temps qu'une syllabe composée d'une voyelle seulement. Mais cette inégalité de durée entre les différentes syllabes non accentuées repose uniquement sur leur poids matériel, et jamais sur la quantité conventionnelle qui résulte de la distinction établie entre les syllabes au point de vue de la facture des vers. Pour expliquer ceci par des exemples, nous dirons que la première syllabe de transférre exige nécessairement plus de temps pour être prononcée que la première de reférre. Même différence entre les syllabes initiales des mots sanclorum et sahitis, etc. D'un autre côté, la composition des mots fera que Ton prononcera la seconde syllabe de adomâre plus lentement que celle qui occupe le même rang dans adorâre, quoiqu'elle ait dans les vers la même quantité : la raison en est que la syllabe a plus de poids par elle-même dans le premier cas que dans le second.

Parmi les syllabes non accentuées, celles qui paraissent les plus faibles sont les pénultièmes des mots qui ont l'accent sur l'antépénultième; comme, par exemple, la pénultième des mots spiritus, milnere, péclora. Ceci tient à ce que l'éclat de la syllabe accentuée, qui précède immédiatement cette pénultième faible, la fait paraître encore plus obscure. Toutefois, même pour ces pénultièmes faibles , le nom de brèves ne convient pas. Il ne faut donc pas les écraser violemment sur la dernière syllabe pour les faire paraître plus rapides. Surtout il ne faut jamais donner aux terminaisons latines tio, cium, cia, le son que l'on donne en français aux diphtongues ion, z#,.par exemple, dans nation. De même encore in, uum, uo et autres terminaisons de

De la prononciation latine.

ce genre ne forment jamais diphtongue en latin. Il faut donc bien faire sentir les deux syllabes finales de Spiritu-i, perpetu-itm, etc.

Si cette rapidité trop grande de prononciation doit être évitée dans les pénultièmes faibles, à plus forte raison ne doit-on pas créer mal à propos des diphtongues dans les syllabes qui précèdent l'accent. Ainsi on doit bien se garder de prononcer ruinas , prûinas pour ru-ïnas, pru-ina. De même il faut bien se garder de prononcer na-tio-nibus > coiifu-sio-nc, absor-buis-set , pour na-ti-o-nibus ■, confn-si-o-nc\ absor-bu-isset \ etc.

Il suit encore de ce qui précède que dans la prononciation, la même syllabe varie selon quelle se trouve être ou n'être pas accentuée. Ainsi, par exemple, dans ora, Yo est accentué : il faut prendre soin de le faire ressortir; au contraire, dans orémus, orah\ l'accent ne porte plus sur cette voyelle : elle retombe au rang des syllabes faibles. Lw? qui appelle toute l'énergie de la voix dans ordre, orâte, s'efface à son tour dans oravérunty oravissem\ et ainsi dans les autres cas semblables. Autant il faut insister sur Va dans pcccârc y peceâta , autant il faut passer légèrement sur cette voyelle dans peccatéres, peccatéribus.

Nous terminerons par un dernier exemple. Dans les mots suivants qui tous sont dérivés du premier d'entre eux, voici comment se place régulièrement l'accent :

Lâbor, labérisy laborâvi> laboravissem% laboravissémus. Donc on prononcera: lâbory lâbéris> làbbrâvi, lâbbrâvûsem, laboravissémus. Et non pas selon la règle de quantité : lâbor, lâbâris, labôrâvt , làbdràvissem , laboravissémus.

Comme déjà nous l'avons dit, l'accent aigu destiné à marquer dans chaque mot la syllabe qui doit être mise en relief et porter l'effort principal de la voix, ne s'écrit que lorsqu'il en est besoin pour prévenir tout doute sur la place qu'il doit occuper. L'accent grave, qui appartient à toutes les syllabes qui n'ont pas l'aigu, ne s'écrit jamais. Il ne faudrait pas prendre pour un véritable accent grave celui qui sert parfois à distinguer deux mots de même forme, mais différents; comme, par exemple, /^r/V adjectif et forte adverbe. : cette sorte d'accent grave, appelé accent discrétift bon surtout pour aider dans l'étude du latin les commençants qui ne peuvent pas pour l'interprétation des mots se

D /'/>/// on gués intempestives.

Accent discret//.

Xce0 mélo&tes grégoriennes;»

Accent circonflexe.

guider par le contexte, ne doit pas paraître dans un livre liturgique; et s'il s'y trouvait, il faudrait bien se garder de lui donner une valeur pratique quelconque.

On trouve aussi dans plusieurs livres liturgiques certains mots marqués de l'accent circonflexe. Celui-ci, quand on l'emploie, se place sur la syllabe pénultième, pourvu qu'elle soit longue selon les lois de la métrique, et qu'en même temps la dernière soit brève. Ainsi conformément à ce que nous avons expliqué plus haut (pages 35 et 36), on a d'une part natûra, et d'autre part natûrœ. Comme, après tout, le circonflexe contient l'aigu, et que dans la pratique le résultat est le même, on écrit maintenant avec l'aigu aussi bien natûra que natûrœ, et le circonflexe est laissé aux théoriciens.

Les règles d'accentuation, telles que nous les avons formulées, ont pour but, nous l'avons dit, de joindre le plus étroitement possible les syllabes qui appartiennent à un même mot, de manière à ce que n'exprimant à l'intelligence qu'une idée unique, elles produisent également pour l'oreille un tout indivisible. Mais ce n'est pas dans la lecture seulement, c'est aussi dans le chant, qu'il importe de maintenir aussi étroitement unies que possible les parties intégrantes de chaque mot. L'observation de l'accent peut, il est vrai, souvent suffire, même dans le chant, pour obtenir ce résultat. Toutefois l'application à une phrase chantée des lois d'accentuation qui règlent la parole, demande quelques observations spéciales qui vont faire l'objet du chapitre suivant.

£^jy^.S2^lè2Œ£j3fi&> ?

jqes :

CCï)^PttrC \$. DE LA MANIÈRE D'UNIR EN CHANTANT LES SYLLABES D'UN MÊME MOT.

Chaque syllabe doit rester unie au mot dont elle

fait partie.

\ \ileur de la note

simple.

gjf^jsgraaOUR que le texte demeure intelligible, soit dans le LflBOïnB' chant soit dans le discours, les syllabes qui frappent successivement l'oreille doivent avant tout être proférées de telle sorte que l'on sache toujours à quel mot chacune d'elles appartient. Une syllabe qui, de quelque manière que ce soit, est isolée de son centre, se trouve former monosyllabe ou bien faire corps avec un autre mot : dans les deux cas, c'est une faute, et une faute capitale, contre laquelle les chantres ne peuvent trop se mettre en garde ; on nous permettra donc d'entrer à ce sujet dans quelques explications pratiques un peu détaillées.

Pour plus de clarté, nous devons examiner à part les diverses circonstances que le chant peut présenter dans son rapport avec le texte.

Ox remarque en effet sur les différentes syllabes du texte, tantôt une note simple, tantôt une ou plusieurs formules; il faut savoir ce qui doit être observé dans chacun de ces deux cas, pour ne point diviser les mots.

Nous nous occuperons d'abord du cas de la note simple.

Les notes simples, comme nous l'avons dit plus haut, ont une forme invariable. De ce que cette note a toujours la même forme, il ne faut pas en conclure qu'elle doit toujours avoir la même valeur. La valeur de la note simple est au contraire très- variable, plus variable peut-être que celle de toute autre note.

Quelle est-elle donc, et par quoi est-elle déterminée? I oute la valeur que peut avoir la note simple, nous avons déjà eu occasion de le dire, ne lui appartient pas en propre; elle l'emprunte à la syllabe à laquelle elle est jointe. Or la valeur de la syllabe est celle que lui donnent les lois de la bonne leêlure. Il faut donc se rappeler les règles que nous axons données plus haut pour la bonne prononciation des syllabes dans la lecture de la langue latine et les appliquer au chant : si la note du chant correspond à une syllabe accent née, elle sera accentuée; si elle se rapporte au contraire à une syllabe faible

lies mélotitts grégoriennes.

Faute contre l' accentuation.

L'accent grammatical est indépendant de l' accent musical.

et obscure, elle sera faible et obscure. Il existe à la vérité une différence entre le chant et la lecture, en ce que dans le chant les s) llabes sont toutes proférées d'un ton plus ferme et plus vibrant, et par conséquent moins rapide que dans la simple lecture. Il n'en reste pas moins toujours vrai que l'attention doit se porter sur les syllabes et que celles-ci ont dans le chant la même valeur relative que dans le discours.

De ce principe général nous tirons quelques conclusions pratiques.

i° C'est une faute de marquer par une insistance spéciale de la voix une syllabe qui ne doit pas régulièrement porter l'accent; car on détruit par ce déplacement ou cette reduplication de l'accent, la physionomie du mot. Ainsi la syllabe qui dans chaque mot est destinée à recevoir l'accent doit le conserver et le conserver seule; en ce sens du moins que cette syllabe sera toujours plus fortement marquée, car le mouvement de la mélodie ne permet pas toujours de l'élever conformément à la tendance naturelle de l'accent. Prenons pour exemple ce commencement d'antienne :

Majôrem charitâtem

Nous avons ici plusieurs notes simples : la valeur de chacune d'elles, selon ce qui a été dit, est celle de la syllabe correspondante. Il y aura donc dans cet exemple deux notes fortes, puisqu'il y a deux syllabes accentuées. Bien qu'elles ne répondent ni l'une ni l'autre à une note culminante, elles ne perdent pas cependant le privilège que leur confère l'accent grammatical; c'est pourquoi elles devront être marquées par une impulsion spéciale de la voix. Cette impulsion serait, à la vérité, plus forte si la note était culminante, comme si on avait à chanter par exemple :

Majôrem cliaritâtem

Cette différence se produit d'elle-même et il n'est nullement nécessaire de l'exprimer dans la notation. Remarquons seule-

De la liaison Des syllabes.

ment que dans aucun cas l'accent ne doit complètement disparaître. D'un autre côté, dans l'exemple cité d'abord, la note fa du mot charitàtem recevra naturellement un certain éclat à cause du ton plus aigu sur lequel cette note est proférée.

Majôrem charitàtem

Toutefois cet éclat sera moindre que dans le cas où la syllabe serait accentuée. Il faut surtout éviter de la tenir en suspens par une prolongation de la voix qui ferait de cette syllabe comme une exclamation monosyllabique. Le mouvement d'impulsion qui commence sur cette note culminante, doit se poursuivre jusqu'à l'accent; celui-ci consistera à frapper la note sans dilater le son, parce que ce serait empiéter sur la formule finale, où la voix va se reposer à son aise et doucement s'éteindre.

2° Une seconde faute à éviter consisterait à prolonger certaines syllabes, sous prétexte qu'elles sont ou accentuées dans la prose ou longues en poésie. Nous ne parlons pas ici de la syllabe finale des mots; celle-ci peut être plus ou moins longue, comme nous venons de l'insinuer et comme nous l'expliquerons plus loin; mais dans le corps d'un mot, on ne doit prolonger le son d'aucune syllabe marquée d'une note simple, mais seulement accentuer celles qui doivent l'être.

La raison en est que cette prolongation interrompt la suite des syllabes et coupe nécessairement les mots.

Donnons quelques exemples :

Orémus

îh^"z^vîZïZfZZ

Dominati-ônibus

in tentati-o-nem.

Les règles d'une bonne lecture ne permettent pas de s'arrêter sur les syllabes o, na et ta, qui ne sont pas d'ailleurs accentuées; il ne faudra donc pas le faire en chantant. Il est facile en eftet de reconnaître que si l'on vient à prolonger les syllabes dont nous parlons, l'oreille entendra ce qui suit : 0 Revins; Domina tionibus; in feula tionem. Les auditeurs heureusement ne remarquent pas toujours ces sortes de coupures,

On coupe les mots en prolongeant les syllabes.

Hts méiûoteô grégoriennes

L accent ne doit pas être trop proton- Se.

parce que leur intelligence, suppléant comme instinctivement au défaut de la prononciation, relie entre elles les parties disjointes; mais la disjonction n'en est ni moins réelle, ni moins fautive.

Il ne faut donc pas non plus imiter les chantres qui appuient sur la première syllabe de chaque phrase, alors même que cette syllabe ne porte pas l'accent. Il n'est pas rare en effet d'en rencontrer qui, arrivés par exemple à ce verset : A solis ortu usque ad ' occasum , au lieu de passer légèrement sur la première syllabe pour faire retentir la seconde syllabe qui est accentuée, donnent l'effort de leur voix à cette première et semblent vouloir la jeter comme une exclamation: Ah! solis ortu

L'accent lui-même ne peut motiver l'arrêt de la voix sur la syllabe qui en est affectée; car, ne l'oublions pas, la note accentuée est moins une note longue qu'une note forte. Ainsi, par exemple, en chantant :

Orémus.

Chant martelé.

on doit marquer avec plus de force, quoique sans affectation, la seconde syllabe du mot, puisque cette syllabe porte l'accent; mais il faut la quitter et passer à la syllabe suivante avant que l'impulsion donnée à la voix sur l'accent ne soit épuisée. Pour bien accentuer, il faut savoir imprimer à la note ce mouvement un peu vif qui tend à l'élever plutôt qu'à la prolonger. Tout en évitant de laisser glisser le son, on fait pressentir, dès le début de la note accentuée, la chute de la voix sur la note finale.

3° Si c'est une faute de mal accentuer ou d'accentuer mal à propos, ou de prolonger plus qu'il n'est nécessaire telle ou telle syllabe, c'en est une aussi et une plus grave de ne donner aucun accent à la récitation, ou d'appuyer avec une force égale sur toutes les notes. On ne saurait trop proscrire comme barbare cette manière de chanter, qui consiste à peser lourdement sur toutes les syllabes ou à marteler toutes les notes, sans respect pour Poreille ni pour l'intelligence. Ouintilien trouve insupportable dans le discours cette façon de frapper les syllabes comme

De la liaison fcefi ôpttabeô*

si on voulait les compter; elle ne lest pas moins dans le chant. Ita imputa re et velut a nu urne rare lit le ras, molestum et odiosum. (Inst. or. XI.)

Ce qui précède ne suffit pas encore pour apprendre à unir en un seul tout les syllabes qui appartiennent au même mot, car jusqu'ici nous n'avons parlé que du cas où ces syllabes sont surmontées chacune d'une note simple; mais ce cas n'est pas le seul, car il arrive souvent aussi dans le chant grégorien, qu'à une môme syllabe du texte correspond soit une formule, soit même une série plus ou moins longue de formules.

Les formules, comme la note simple, doivent être exécutées de telle sorte que l'oreille de l'auditeur puisse toujours facilement saisir le lien qui doit unir entre elles les syllabes de chaque mot. Pour obtenir ce résultat deux choses sont principalement à observer :

i° Pour unir en un seul tout les syllabes qui appartiennent à un même mot, il faut, quand on le peut, les émettre toutes d'une seule haleine. C'est ainsi que l'on chantera X Alléluia suivant sans le couper par aucune pause de respiration :

Continuité à donner

aux formules pour u, pas disjoindreles syllabes.

Alle-lû- ia.

Mais il n'est pas toujours possible d'en agir ainsi ; le développement donné à la mélodie nécessite parfois une ou même plusieurs respirations avant la fin du mot. Dans ce cas, on doit ménager de telle sorte les pauses de respiration que tout en partageant la mélodie, elles n'isolent pas les syllabes du texte. Pour cela il faut placer ces pauses entre deux formules appartenant à la même syllabe, mais jamais immédiatement avant de passer d'une syllabe à une autre dans le même mot. Prenons pour exemple cet autre Alléluia qui annonce la Pâque, au samedi saint; le voici tel que nous le donnent les manuscrits.

Al-lc-

lu

Manière de placer les pauses.

lies mélootes grégoriennes

Pauses défendues.

Il serait difficile d'exprimer cette suite de notes toute entière sans reprendre haleine. D'après ce que nous avons dit, on pourra respirer, pourvu que ce ne soit pas immédiatement avant de prononcer l'une des syllabes du mot. Licite potest pausari dummodo non debeat exprimi syllaba diclionis inchoatœ. Rien n'empêche donc, dans l'exemple que nous avons donné, de reprendre haleine aux deux endroits où nous avons mis des barres de repos. Celles-ci ne pourraient être transportées ailleurs, sans briser soit les formules soit les mots. Ainsi on ne pourrait chanter :

Al-le

lu

Détacher ainsi de ce qui précède les syllabes qui suivent chaque pause, ce serait couper le mot en plusieurs tronçons et en détruire le sens.

Pour éviter ces coupures maladroites, vulgairement appelées points de savetier, il faut donc, lorsqu'on est obligé de respirer dans le corps d'un mot, réserver avant chaque syllabe trois ou quatre notes qui, émises après la pause, opèrent ainsi pour l'oreille la liaison désirée. Nous disons trois ou quatre notes; car une seule ne pourrait suffire, ni même un groupe, s'il est trop léger. Que l'on ait à chanter, par exemple, XAllelûia suivant :

Al- le-

lu-

îa.

Evidemment, si on ne peut l'émettre tout entier d'une seule haleine, la pause sera après \efa de la clivis et non après \^fa du groupe suivant; autrement la note la, qui vient immédiatement avant la syllabe lu, se trouverait jetée contre cette syllabe, et celle-ci n'en paraîtrait guère moins détachée du corps du mot que si elle avait été précédée immédiatement de la pause. Lors même que la note simple serait changée en podatus, la pause immédiatement avant n'en serait guère moins vicieuse. Ce podatus, en effet, serait ici trop faible et les syllabes du mot se trouveraient reliées d'une manière insuffisante. Pour pouvoir

De la liaison ot$ syllabes.

donc conserver la pause après Itpodatus subbipunclis, il faudrait ensuite, ou un double mouvement de podatns (torculus resupinus)y comme nous l'avons écrit ici en dernier lieu, ou un autre groupe de même force.

BON

MAUVAIS

■JV 3'

Pi-

Al-

le lu

MAUVAIS

ia.

Al- le

BON

lû ia.

■ Il a *♦

fm

lu

Al- le-

lu-

ia.

Al- le

lu-

ia

Retenons donc bien cette règle que nous donne Elie Salomon et qu'il nomme une règle d'or: jamais il ne peut y avoir

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