‹ Les mélodies grégoriennes, d'après la traditionChapitre 21 sur 34 · SUPPOSITION ET PREPOSITION · texte numérisé non relu

SUPPOSITION ET PREPOSITION

Pater noster

Pa-ter noster

Pater noster

Pa- ter noster

in cce- lis

in cce- lis

in cce- lis

in cce- lis

iqui

es

in cce-

lis

qui

es

in

cce-

lis

Pater noster qui es in ccelis sancti- fi-ce- tur nomen tu-um

1 Les notes à l'unisson, appelées voces (squales, sont dites aussi repercussœ, comme Les notes du strophicus , lors même qu'elles correspondent dans le texte a des syllabes différentes : mais il est évident que les nota repercussa du strophicus et les

Divers genres de proportions.

Jlts niélofctctf grégorienne*.

Chants métriques.

Au lieu de nous servir d'un texte, nous aurions pu apporter en exemples des groupes de notes liées ou formules : les cas seraient absolument les mêmes, et les diverses sortes de proportion établies sur les mêmes relations de membres, de pauses, de mouvements, d'intervalles, de positions et de cadences.

Quand les divisions sont semblables sous ces différents rapports, mais surtout sous le rapport de la longueur des membres et sous celui des pauses qui servent à les distinguer, on obtient des chants qui peuvent être appelés métriques par analogie. Metricos autem canins dico, quia sœpe ita canimus ut quasi versus pedibus scandere videamur. Les membres ou les distinctions qui partagent le chant ne sont pas des vers, mais imitent les vers : quasi versus, nous ne les scandons point, il semble seulement que nous les scandions, scandere videamur. Nous allons donner des exemples de ces chants appelés métriques : nous les choisirons parmi ceux qui se présentent fréquemment. Telles sont les antiennes suivantes, qui toutes se divisent en quatre neumes ou membres d'une longueur proportionnelle, à la façon d'une strophe de quatre vers.

jer Mode.

Euge

serve

bone

| inmô-dico

fi-dé-lis

intra

in gâudi-um iDômi-ni tu-i.

Mod

■ fl P

Ecce in nûbibus cceli Dôminus veni-et cumpo-

testâte magna, Alle-lû-ia,

notœ repercussœ du chant syllabique n'ont de commun que la valeur d'intonation : l'émission des unes et celle des autres a un caractère tout différent : dans le strophicus les notes sont continues et ne se distinguent que par une légère vibration de voix; dans le chant syllabique chacune d'elles est articulée.

Du rl)ptt)me propre au cl)ant grégorien, is?

3° Mode,

E-lisabeth Zacharï-ae magnum virum genu-it, Jo- an-

m fm !

nem Baptîstam Praecursôrem Dômini,

Modo. S.

Benedicta tu in muli-é-ribus, et benedïctus fructus

ventris tu- i

Mnrlr * ■ 1

Vox clamântis in deserto : Parâte vi-am Dômini; rectas

fâci-te semitas De- i nostri

Mode.

Notum fecit Dôminus, alléluia, salutâre su-um, alle-lûia,

Mode.

cce sacerdos magnus qui

in di-ebus su-is placu-it

De-o et inventus est justus,

Petrus A-postolus et Paulus Doctor genti-um i psi nos

docu-e- runt legem tu-am Domine.

Jlts mtïoUts grégoriennes.

Figure de rhétorique appelée compar.

Il est impossible de ne pas remarquer, d'une part la division régulière de ces antiennes en quatre membres à peu près égaux : ce qui donne à chacune d'elles, comme nous l'avons dit, l'apparence d'une strophe de quatre vers ; et d'autre part la manière dont la voix demeure un instant en suspens, ou se repose à la fin de chaque division : ce sont là, comme nous l'a dit Gui d'Arezzo, les deux traits de ressemblance entre les chants et les mètres : aut in numéro vocum aut in ratione tenorum neumœ alterutrum conferantur.

Les anciens, dit Aribon, commentateur de Gui d'Arezzo, donnaient une grande attention à la manière de bien proportionner les membres et les distinctions; et cela non-seulement quand ils avaient à composer des mélodies, mais aussi quand ils devaient les exécuter : Antiqtiitus fuit magna circumspeclio non solum cantus inventcribus , sed etiam ipsis cantoribus , ut quilibet proportionaliter et invenirent et canerent. (Scriptores. t. II. p. 227.) Cette proportion, dit encore Aribon, est dans le chant ce qu'est dans le discours la figure nommée compar chez les rhéteurs, qui consiste en ce que les membres ont un nombre à peu près égal de syllabes. Talis consideratio similis est rhetorico colori qui compar dicitur, qui constat fere ex pari numéro syllabarum. Ce qui ne veut pas dire, ajoute Cicéron, auquel cette définition est empruntée, qu'il faille s'amuser à compter les syllabes; car c'est au goût et à l'usage à en déterminer le nombre. Hoc non dinumeratione nostra fiet, nam id puérile est, sed tantum afferet usus et exercitatio facultatis. (Ad Herennium. 1. IV. n. 20.) Aribon constate en même temps que c'est une chose, il est vrai, morte et ensevelie dans l'oubli le plus profond, quœ consideratio jamdudum obiit, imo sepulta est; mais il ne laisse pas de la recommander comme toujours pratique. Que le musicien, dit-il avec Gui d'Arezzo, se propose parmi les divisions celles qu'il veut adopter pour produire un chant \proponat sibi musicus quibus ex /lis divisionibus incedentem faciat cantum, vel quœ sint illœ divisiones. (Aribo, p. 216.) Car, ajoute le même commentateur, de même que les différents mètres, l'asclépiade, le saphique, l'alchaïque, présentent des divisions différentes; de même aussi les différents neumes donnent des divisions qui, les unes par rapport aux autres, sont

Du rl)ptt)me propre au d)ant grégorien.

diversement proportionnées : sicutenim metrorum plurinue divistones, quia quœdam sunt asclepiadea, quœdam sapphica, quœdam

alchaica sic melodiarum neumœ plu rimas habent divisiones.

Il donne ensuite pour exemple un Répons partagé en sept divisions qu'il prend soin de marquer; voici son texte : Distinctioucs distinftionibus sunt cequales, ut in baie procurât i s neumh apparct sicut in Mo R;. Ecce nunc tempus acceptàbile, una distinclio; ecce nunc dies salutis, altéra; commendémus nosmetipsos, tertio. \; in multa patiéntia, quart a; in jejiiniis multis, quinta; per arma justitiae, sexta; virtutis Dei, septima.

Plus loin, le même Aribon parle encore de ces chants soignés que nous pouvons, dit-il, appeler métriques : sicut in bouc procurât is cantibus invenimus, quos metricos dicere possuu/us, uti : Non vos reh'nquam orphanos, alléluia. — Yado et véniam ad vos, alléluia — et gaudébit cor vestrum, alléluia.

Ces distinctions sont telles que l'on peut en quelque sorte les mesurer, qitcr omnes pêne sunt commensiirabilcs.

Les phrases grégoriennes présentent souvent entre elles une proportion quasi métrique, non-seulement sous le rapport du nombre des sons, et de la longueur des pauses; mais aussi, comme nous l'avons dit, sous le rapport du dessin mélodique que trace en quelque sorte la marche ou la progression du chant. En effet, la manière semblable ou opposée dont s'enchaînent les intervalles, dont se groupent les sons, dont sont amenées mélodiquement les cadences, permet à l'oreille de saisir une affinité et par conséquent un rhythme entre plusieurs phrases ou plusieurs parties de phrases successives.

Prenons un simple verset de psaume :

Dixit Dôminus Domino me-o : * Sede a dextris me-is.

\( >us avons ici deux phrases qui sont séparées Tune de l'autre et mises en relation parla manière dont elles modulent et viennent, Tune s'arrêter sur la dominante, l'autre se reposer sur la sous-dominante. Cette relation mélodique entre la médiante et la terminaison des psaumes dans chacun des tons, établit Tordre dans la sucession des sons et par conséquent le rhythme.

Rapport mélodique

des phrases.

lies mélo&fes grégoriennes

On remarque la même symétrie de modulation ou de cadence dans tous les modes :

?=te

JE m", ,

Le rhythme doit surtout se faire sentir à la fin des phrases.

En quel sens le chant

est mesuré.

Le chant de la Préface et du Pater a aussi comme une médiante et une terminaison qui se correspondent l'une à l'autre et s'appellent, pour ainsi dire, comme les rimes dans nos vers français, ou les chutes daclyliques, iambiques, spondaïques, etc. dans les vers latins.

Le nombre et la proportion doivent surtout, on le conçoit, se faire ainsi sentir au commencement et à la fin des divisions. L'impression qui reste, est celle des parties extrêmes; mais c'est en finissant surtout qu'on doit ménager les exigences de l'oreille, qui alors est plus délicate, et réclame avec plus d'empire la satisfaction qu'elle s'est promise. Ctim aures extremum semper exspeclant , in eoque acquiesçant , id vacare numéro non oportet. (Cicéron.) Pour le milieu des phrases, il suffit d'éviter dans la succession des sons tout ce qui pourrait blesser ou heurter l'oreille, sans chercher une perfection rhythmique superflue. Et même pour la fin des phrases, devons-nous dire avec Cicéron que le meilleur rhythme n'est pas le rhythme calculé, mais celui qui vient comme de lui-même : ut numerus non quœsitus, sed ipse secutus esse videatur.

On voit ici de nouveau en quel sens les auteurs anciens, qui nous ont donné les principes du chant grégorien, disent que ce chant est soumis à la proportion et à la mesure; il ne s'agit pas pour eux de l'astreindre aux lois rigoureuses du mètre : car le rapport qu'ils disent exister entre les syllabes, les neumes, les distinctions de la musique grégorienne, et les pieds, les mètres, les vers de la poésie, n'est qu'une analogie; cette analogie, quoique très-réelle, non parva similitudo , ne doit pas aller jusqu'à

Du rl)î>rt)me propre au el)ant grégorien.

identifier les deux genres de rhythme, le rhythme libre et le rhythme métrique, dont l'un appartient au langage oratoire et au chant grégorien, l'autre au langage versifié et à la musique mesurée.

Nous ne devons pas être trop surpris de voir Gui d'Arezzo, Aribon, etc. mal interprétés par certains musicologues modernes, et considérés par ceux-ci comme des partisans de la mesure dans le plain-chant. Cicéron lui-même a eu un sort pareil : pour avoir recommandé le nombre dans le discours, il s'est vu accusé d'y avoir voulu introduire les mètres de la poésie. La vérité est qu'il ne s'agit pas plus d'astreindre le chant grégorien que le discours, aux lois rigoureuses du mètre; mais bien, comme le dit Ouintilien, à celles du nombre oratoire : Ego certe> ne in calumniam cadam, qua ne Marcus qiridem Tulliits caruii ', posco

hoc mihiy ut quumpro composito dixero numerum oratorium

dicere intelligar. (Inst. or. IX. 4.)

Il faudra donc observer la coupe régulière des chants dont nous avons parlé, comme on observe la coupe du vers dans la poésie; sans pour cela donner aux mélodies grégoriennes une mesure binaire, ternaire, etc., en un mot une mesure fondée sur une durée proportionnelle des notes. Nous devons dire du chant ce que Ouintilien dit du discours : dans un discours bien composé, il y a du nombre, une certaine mesure, mais ce nombre et cette mesure ne vont pas jusqu'à marquer la récitation par le levé et le frappé ; oratio non descendet ad strepitum digitorum (Inst. or. IX. 4.); cette mesure, au contraire, est la mesure tout à fait libre dont parlait Horace ; numerisque fertur lege solutis : ce nombre est celui que les auteurs appellent le nombre oratoire; nombre qui existe dans le discours sans qu'il paraisse; on le sent, les oreilles en sont délicieusement affectées, mais on ne peut pas bien dire ce qu'il est : ita dissimulatus et latcns ut /amen sentiatur et suavitatem cjus aures percipiant. (Ibid.) Tel est donc le rhythme qui caractérise le chant grégorien et qui repose principalement, comme on le voit, sur la manière dont les sons ou les syllabes se trouvent divisées et dont les divisions sont proportionnées.

( tcéron est a& usé d'avoir mesuré la prose.

Le nomân

oratoire.

Page 1