EXCELLENTES
ut
sol
re d
la aa
si B
fa
ut
sol g
la A
mi E
si
fa
sol
re D
la
mi e
La troisième note ascendante des tétracordes est désignée ainsi dans le manuscrit de Wolfenbtittel :
N inclinum.
Iota.
N versum et inclinum.
Iota transfixum.
On voit, par l'explication qui vient d'être donnée de la 3e note de chaque tétracorde, que ces signes sont en réalité des lettres: nous y reconnaissons F, N et I. Il importe peu, du reste, de bien savoir pourquoi l'auteur de ce système a choisi ces lettres plutôt que d'autres, et s'il a voulu signifier par elles autre chose que les degrés des différents tétracordes, et le rapport de similitude qui existe entre eux.
Hucbald auquel on attribue, comme nous le disions, le traité de musique où nous voyons ces signes employés, s'est servi ailleurs des caractères de l'alphabet grec, ainsi que du système latin des quinze lettres.
ïîotatton alphabétique.
HERMANN CoNTRACT, au milieu du onzième siècle, fit aussi usage des lettres, mais dans une pensée totalement différente. Ses lettres à lui déterminent, non les degrés de l'échelle, mais les intervalles que la voix doit franchir en allant d'une note à l'autre. D'après son système,
E exprimait l'unisson.
S l'intervalle d'un demi-ton, ou seconde mineure.
T le ton plein, ou la seconde majeure.
TS — un ton et demi, ou tierce mineure.
TT — deux tons pleins, ou tierce majeure.
D le diatessaron, c'est-à-dire la quarte.
A — le diapente, ou la quinte.
AS — la quinte plus un demi-ton, ou sixte mineure.
AT — la quinte plus un ton plein, ou sixte majeure.
AD — la quinte plus la quarte, c'est-à-dire l'octave.
Ces lettres avec un point indiquaient que l'intervalle était descendant; sans point, qu'il était ascendant.
La notation d'Hermann Contracl vise au même but que celle dont les Grecs, depuis S. Jean Damascène, paraît-il, font encore actuellement usa^e dans leur liturgie; seulement celle-ci n'a rien d'alphabétique. Dans les livres de chant de l'Eglise grecque, il y a un signe, non pas directement pour chaque son, mais pour chaque intervalle; seulement ce signe, au lieu d'être une lettre, est un trait diversement tourné, une note qui varie de forme, eu égard principalement à la distance de chaque son par rapport à la note précédente, ou à un point de départ déterminé. En même temps sont indiquées diverses nuances d'expression par des formes, également diverses, propres à tel ou tel mouvement mélodique. Nous n'avons pas ici à expliquer cette notation;1 nous voulions seulement signaler le principe qui lui sert de base, et qui présente une certaine analogie avec celui d'Hermann Contracl;, bien que le procédé soit tout différent.
Il existait encore, chez les Latins, une autre manière d'indiquer les intervalles, manière très- simple et très -naturelle,
X station de l'Eglise grecque.
1 Voir dans l'ouvrage de Villoteau sur l'Egypte, le Chapitre quatrième de la deuxième partie consacré à la musique des églises grecques. Voir surtout l'excellent résumé que donne du système M. Bourgault-Ducoudray dans ses remarquables Etudes sur la musique ecclésiastique grecque. Pari . Hachette, [877.
Hts mélootes grégoriennes.
presque semblable au système de la portée musicale, qui devait venir plus tard, et qui semble déjà poindre à l'horizon. Ce mode d'écriture consistait à échelonner les syllabes entre des lignes, de façon à donner à chacune la hauteur voulue pour en déterminer le ton. Au commencement de cette ligne se trouve S ou T, selon que l'intervalle est d'un demi-ton, ou d'un ton entier. Voici un exemple de cette notation :
es
tris sempiternus
pa-
fi-
Tu
us.
On voit la différence entre cette méthode et celle de la portée : ici ce sont les syllabes, et non les notes, que l'on place sur l'échelle, en se servant seulement des interlignes : les lignes ne portent rien. Chaque chose doit venir en son temps, et ce n'est pas encore celui de la portée. Nous expliquerons plus loin l'origine de cette dernière.
N se servait autrefois, pour noter le chant, de certains signes appelés neumes i dont la forme particulière n'a de rapport avec les caractères d'aucun alphabet.
Il importe à l'intelligence, comme à la bonne exécution, des mélodies grégoriennes toujours écrites en neumes dans les anciens monuments, que l'on comprenne la nature de ces signes et la valeur qui leur est attribuée par la tradition. Pour cela il est nécessaire de les étudier dans leur forme primitive et de suivre dans le cours des siècles les diverses transformations qu'ils ont subies jusqu'à l'époque assez récente de leur totale destruction.
Ox rencontre, dans les monuments liturgiques, des neumes de deux sortes: les uns dérivés des accents grammaticaux diversement combinés, les autres composés de points groupés par superposition ou par conjonction.
Les neumes les plus ordinaires, et probablement les plus anciens, ont pour élément constitutif le signe même de l'accent dans le discours; c'est-à-dire le trait dont le sommet est incliné tantôt à gauche tantôt à droite, employé par les grammairiens pour exprimer que le son de la voix sur telle ou telle syllabe est relativement grave ou aigu. Tel est le point de départ de la notation neumatique, du moins de celle de la première espèce, que nous voulons d'abord expliquer. Que ceux-ci aient leur origine dans les accents, c'est une vérité, croyons-nous, définitivement acquise à la science; bien que ceux qui ont le plus victorieusement soutenu cette thèse, comme M. de Coussemaker par exemple,1 n'en aient pas toujours tiré toutes les conséquences, et qu'ils aient même, par la manière dont ils ont ensuite interprété les neumes, paru en avoir oublié la véritable
Deux sortes de neumes.
Les accents grammaticaux deviennent des accents musicaux.
Les neumes sont primitivement de véritables accents, et ce fait n'a rien qui doive surprendre, si l'on songe à l'affinité
Histoire de L'harmonie au moyen âge. p. 154.
Heg méloïJtes grégoriennes.
L'accent dans le discours.
Accent aigu. I
naturelle qui existe entre la musique et ce que l'on nomme accent dans le discours. Celui qui parle élève naturellement la voix sur certaines syllabes et la fléchit sur d'autres; ce sont ces divers mouvements de voix que les anciens ont appelés accents.
Ces accents, graves ou aigus, constituent dans le langage une espèce de modulation dont la modulation proprement musicale n'est pour ainsi dire qu'un développement. Ce rapport qui existe dans les choses se remarque aussi dans les noms : accent (accentus), veut dire chant (ad cantus). De plus, comme le font observer plusieurs auteurs, les accents sont nommés tons (toni, ténor es); et c'est aussi le nom que l'on donne aux modes de la musique.
Rien n'était donc plus naturel que de se servir, comme on l'a fait, des mêmes signes pour marquer les accents et pour noter les mélodies.1 Peu importe d'ailleurs que ce soit un véritable emprunt fait par les musiciens aux grammairiens, ou bien que les uns et les autres, obéissant simultanément à la même pensée, aient traduit de la même manière, d'une part les modulations du langage, d'autre part celle du discours : toujours est-il que les signes sont les mêmes, l'idée qui les a fait naître est la même, et la valeur qui doit leur être attribuée également identique.
Il est facile de nous représenter comment ces accents ont été inventés, soit par les grammairiens, soit par les musiciens. Qu'il s'agisse par exemple d'indiquer que la voix qui parle ou qui chante doit proférer une syllabe ou un son sur un ton plus élevé, le stylet de l'écrivain imite ce mouvement d'ascension et trace un trait montant / dans la direction du geste que ferait dans le même cas la main d'un maître de musique ou de déclamation; et il est en effet remarquable que dans les plus anciens textes accentués, l'accent aigu est tracé de bas en haut y et que, contrairement à l'usage acluel, il va en s'éfilant vers la partie supérieure.
1 On conçoit également que ce genre de notation, dont la simplicité même prouve la haute antiquité, ait encore pu suffire à l'époque primitive du chant ecclésiastique, alors que ce chant, au rapport de S. Augustin et de S. Isidore, était parfois si simple, qu'il différait à peine des inflexions ordinaires du discours. Primitive/, Ecclesia ita psalhbat ut modico Jlexu vocis faceret psallente7n resonar e, ita ut pronuncianti vicinior esset quam psallenti. (de Officiis c.y. Cf. S. Augustin, Confessions, liv. x.)
Rotation neumatïque.
ÔÔ
C'est là l'accent aigu, l'accent tonique, dont les grammairiens surmontent la syllabe qui clans chaque mot doit être mise en relief, et que les langues de l'antiquité, plus musicales que les nôtres, distinguaient par un ton de voix plus élevé. Exemple :
Adjutorium nostrum in nomine Domini. Ce que l'on pourrait traduire musicalement de la sorte :
Adjutori-um nostrum in nomine Domi-ni.
ou bien en modulant davantage, mais en conservant toujours le caractère de syllabe culminante à la syllabe accentuée :
Adjutori-um nostrum in nomine Domi-ni.
Ce n'est pas que la musique se soit toujours astreinte, même à l'origine, à imiter dans ses modulations, la modulation même du discours, et à faire ainsi toujours marcher parallèlement son propre accent , l'accent musical , avec l'accent grammatical. Nous devons même faire tout de suite ici une remarque importante. Dans la parole, outre l'accent tonique qui module chaque mot. selon certaines lois purement grammaticales, il y a l'accent oratoire qui affecte plutôt la phrase, et en varie la modulation d'après les pensées ou les sentiments divers qui sont exprimés. Ainsi, en ce qui touche les pensées, la phrase peut être affirmative, négative, dubitative, interrogative; et ces diverses circonstances, appartenant à l'ordre logique, amènent des inflexions de voix différentes les unes des autres. En ce qui concerne les sentiments, la phrase exprime la joie ou la tristesse, la crainte ou l'espérance, le désir ou la répulsion, l'amour ou la haine; et ces impressions diverses, venant agiter diversement le cœur de l'homme, communiquent à sa voix un accent qui varie avec la nature du sentiment lui-même. L'accent oratoire, soit logique soit pathétique \ vient alors se substituer à l'accent grammatical et modifier les
Valeur musicale de l'accent tonique.
tique.
Iles mélootes grégoriennes.
Accent interrogatif.
Accent grave.
inflexions de voix que l'accent tonique, laissé à lui seul, donnerait régulièrement à la phrase. Reprenons l'exemple déjà cité, et donnons-lui une forme interrogative : l'élévation de voix va changer de place, et se porter sur d'autres syllabes.
Adjutorium nostrum, nonne sit in nomine Domini? Ce que nous pourrions traduire musicalement de cette manière:
Adjutori-um nostrum nonne sit in nomine Domini?
ou mieux encore, mais toujours dans le même genre de mouvement :
Mû tTï i"
Adjutori-um nostrum nonne sit in nomine Domini?
Cette manière de provoquer la réponse en suspendant la voix, a fait dire à plusieurs grammairiens, que l'accent, dans les interrogations, affecle la syllabe finale : ils ont confondu l'accent tonique et l'accent oratoire. Ainsi donc, sans sortir du domaine de la simple parole, nous voyons déjà, comme clans l'exemple précédent, l'accent tonique se modifier ou même s'effacer en présence de l'accent oratoire; à plus forte raison, comme nous l'expliquerons plus loin en exposant, à propos du rhythme, le but et la nature de l'accent tonique, celui-ci. doit-il souvent disparaître ou se transformer lorsqu'il se trouve en concurrence avec le chant. Quelle que soit d'ailleurs la différence des modulations, il n'en existe pas moins un rapport réel entre les mouvements de voix propres au langage et ceux de la musique, ainsi qu'entre les signes dont on s'est servi pour les exprimer. Poursuivons notre étude comparative.
Il suffit aux grammairiens de noter la syllabe qui, dans chaque mot, a le privilège de l'accent tonique, et qui doit en conséquence être régulièrement proférée d'un ton de voix plus aigu; les autres par rapport à celles-là sont graves,
Rotation neumattque.
c'est-à-dire moins élevées clans l'échelle des tons, plus humbles d'intonation, et par là même aussi moins éclatantes. Les syllabes graves ne portent ordinairement aucun signe; le signe existe cependant : c'est également un trait, mais tracé dans le sens opposé à celui de l'accent aigu; il descend de gauche à droite v , au lieu de monter /, et son sommet se trouve incliné sur la gauche au lieu de l'être sur la droite : l'accent grave est ainsi en tout l'inverse de l'accent aigu.
Adjutori-um nostrum in nomine Domi-ni.
Nous avons écrit cet exemple comme s'il n'y avait qu'un accent sur chaque syllabe : souvent en effet les grammairiens, pratiquement et même théoriquement, n'en comptent pas davantage; toutefois si l'on veut avoir égard à ce que l'on appelle la quantité des syllabes, c'est-à-dire à leur durée relative, et que l'on veuille observer rigoureusement la proportion des longues et des brèves, comme les Latins ont parfois essayé de le faire dans leur langue, à l'imitation de ce que les Grecs1 faisaient dans la leur, la longue devra être considérée comme valant deux brèves.
Ainsi, par exemple, Roma se prononcera Rooma\ nous aurons ici trois temps comme on le voit ci-après, N° i ; les deux premiers temps sont sur la première syllabe et le troisième sur la dernière : ceci est la quantité; voyons l'accent.
Le mouvement naturel de la voix est de redescendre après avoir monté, et non pas de finir en montant. Dans la langue latine en particulier, cette loi est absolue en ce qui concerne
1 Nous ne voulons pas dire ici que tout soit d'importation étrangère dans les lois de la quantité latine. Parmi les voyelles longues, il y en a qui sont telles en vertu d'une cause naturelle, facile à comprendre. Par suite du travail qui préside à la formation des langues, il est arrivé en latin comme dans les autres langues, que deux voyelles successives se sont d'abord assimilées, puis fondues en une seule par contraction ; le souvenir des deux voyelles primitives, ayant chacune leur durée propre, a dû évidemment subsister plus ou moins de temps après qu'elles se sont ainsi contractées en une voyelle unique; et celle-ci, prenant pour elle seule la durée des deux syllabes originaires, n'a pas dissipe incontinent son héritage, mais a conservé le tcinp-- double auquel l'oreille était habituée.
Syllabe longue.
Hts mtlotiits grégoriennes.
l'accent grammatical. Régulièrement, dans un mot, la voix monte sur le temps antépénultième, N° 2 ; elle ne fait exception à cette règle que dans le cas où il lui est impossible de l'observer. Ainsi dans l'exemple ci-dessous, N°3, la voix, après avoir monté sur la première partie ou le premier temps de la première syllabe du mot, redescend sur la deuxième partie ou le deuxième temps de cette même syllabe, puis vient se reposer sur la finale.
Accent circonflexe.
Anticirconflexe.
N° 1. Rooma
N° 2. Rooma
N° 3- Rooma
Unissons les deux accents de la voyelle longue, R66, et nous aurons un nouveau signe, formé par la jonction de l'accent aigu et de l'accent grave, et appelé accent circonflexe, Rô.
Au lieu de Roma prenons Romae et étudions-en la quantité et l'accent. La quantité est celle que nous indiquons ci-dessous, N°4. Nous avons ici quatre temps au lieu de trois; et d'après le principe que nous émettions, c'est-à-dire en plaçant l'accent aigu au troisième temps avant la fin, nous obtiendrons ce que l'on voit au N° 5; puis en marquant aussi les accents graves, nous aurons ce qui est écrit au N° 6.
12 34 N° 4- Roomae
N° 5- Roomae
N°6- Roomae
Joignons les deux accents de la première syllabe, nous aurons Rô, l'accent opposé au circonflexe v, c'est-à-dire l'anticirconflexe, ràvTavaxAaÇopsvoç des grammairiens grecs.
Si nous voulions traduire musicalement la modulation de l'accent circonflexe, et celle de l'anticirconflexe, nous aurions
pour le | premier: ~
pour le g B second :
Rooma
Roomae
D'après ce que nous avons dit plus haut on doit s'attendre à rencontrer aussi ces accents dans la notation musicale, où ils se trouvent en effet et avec la même signification : nous les avons mis au dessus de la portée dans l'exemple ci-dessus. Toutefois,
ïîotatton neumatfque.
pas plus clans le cas présent que dans les précédents, la musique n'a l'obligation de se mouler sur ces formes de quantité ou d'accentuation, telles que nous venons de les analyser : ce que nous avons encore ici à retenir, c'est simplement que la musique a des mouvements de voix analogues à l'accent circonflexe et à l'anticirconflexe, et que ces mouvements ont été primitivement traduits par les mêmes signes d'écriture.
Remarquons encore que, déjà dans la grammaire, le sens propre des divers accents se rapporte à une idée de ton, de modulation, nullement à celle de force ou d'intensité; bien qu'en fait, du moins dans le discours, les deux choses, c'est-à-dire l'élévation du ton et l'intensité du son puissent et doivent même souvent coïncider. A plus forte raison dans le chant faut-il s'en tenir, pour l'interprétation de ces signes, à leur valeur purement musicale, sans égard aucun aux degrés différents de durée ou de force qui peuvent leur convenir, mais que ces signes n'indiquent pas.
Dans la grammaire, les accents sont restés tels que nous venons de les décrire; mais étant dans la musique d'un usage plus multiplié et plus compliqué, ils ont subi des modifications que nous devons signaler, et ont pris là des développements que nous aurons aussi à faire connaître.
Les accents grammaticaux, devenus notes de musique, ont ensuite reçu des noms particuliers, en rapport surtout avec la forme spéciale qu'ils ont revêtue.
Dans le tableau que nous allons mettre sous les yeux du leéleur, nous indiquons d'abord le nom des neumes ; puis la forme qui les distingue; et enfin nous énumérons, dans leur ordre constitutif, les accents graves ou aigus, qui entrent dans la composition de chacun d'eux. L'accent aigu n'a presque subi aucune modification, et il demeure toujours facile à reconnaître. L'accent grave, par suite d'une tendance naturelle au calligraphie, s'est insensiblement raccourci, jusqu'à devenir souvent un simple point; ce qui arrive toutes les fois qu'il est seul sur une syllabe; ou encore lorsque plusieurs accents graves se suivent, soit en montant, soit en descendant. Ce changement du trait en un simple point était nécessaire pour dispeser dans une même direction une succession de mêmes accents.
L'accent
est une modulation.
Ht& métû&iea grégoriennes*
Neumes à accents combinés.