‹ Les mélodies grégoriennesChapitre 10 sur 55 · IO · texte numérisé non relu

IO

Climacus resupinus.

Accent aigu, deux accents graves, accent aigu.

SCANDICUS FLE¬ XUS.

Deux accents graves, accent aigu, accent grave.

SCANDICUS SUB- PUNCTIS.

Deux accents graves, un accent aigu, deux accents graves.

Torculus resupinus.

fE

Accent grave, accent aigu, accent grave, accent aigu.

Porrectus flexus.

AI

Accent aigu, accent grave, accent aigu , accent grave.

Porrectus sub-

PUNCTIS.

Accent aigu, accent grave, accent aigu, deux accents graves.

ïîotatton neumattque.

Pour 1 intelligence du tableau qui précède, comme de ceux qui pourront suivre, il ne faut pas oublier qu’en parlant d’accent dans les neumes, nous prenons ce mot, comme nous l’avons dit, dans un sens exclusivement musical. Ainsi l’accent o-rave indi-

que simplement un son inférieur à un autre sur l’échelle; et l’accent aigu, un son plus élevé. Faisons maintenant quelques observations sur chacun des signes contenus dans notre tableau; du moins sur les premiers; car une fois que ceux-ci seront expliqués, les derniers se comprendront d’eux-mêmes.

i° L' accent grave \ dans le cas ou il n’est pas joint à l’accent aigu, a pris avec la forme, le nom même du point % et s’est appelé punfêlum.

2° L'accent aigu ' employé comme note isolée, a pris en musique le nom de virga.

Dans certains manuscrits il est tracé perpendiculairement : !

3° L'accent circonflexe a conservé chez certains auteurs le nom de jlexa et s’est appelé chez d’autres, clivis ou clinis , pour indivis ou inclinis : termes synonimes de jlexa. Le nom complet serait virga jlexa ou virga indivis, virga inclinis.

4° L' anticirconjlexe J , sans doute à cause de sa forme, s’est appelé pes ou podatus.

On remarque souvent dans les manuscrits, pour le podahis , la jlexa et le torculus , l’effet de la tendance dont nous parlions plus haut, et qui porte le scribe, sans qu’il y songe, à faire le trait de l’accent grave moins long que celui de l’accent aigu : d /

De plus, quand l’écriture devient cursive, on voit peu à peu l’angle du point de jonédion s’arrondir : c/ d

Les signes précédents suffisent à marquer la simple modulation du discours; mais pour noter les mouvements de voix plus étendus et beaucoup plus variés que comporte le chant, il est nécessaire d’augmenter le nombre des combinaisons.

La notation musicale, outre le punduni , la virga , la clivis et le podatus , comprendra donc d’autres formules plus compliquées, mais toujours produites par la combinaison de 1 acceîit grave et de Xacce?it aigu.

5° Dans le scandicus la voix monte trois degrés : il faut alors, avant d’arriver à la virga, deux accents graves, qui dans ce cas se changent nécessairement en autant de pundum. Dans

PitnClum.

Virga.

Clivis.

Podatus.

Scandicus.

Jj.te méloùfes grégoriennes.

Climacus.

Torculus.

P or reclus.

Neumes plus compliqués.

quelques manuscrits, le scandicus monte tout droit ! . Lorsque les deux pundlum expriment deux sons qui se suivent sur le même degré, ou à demi-ton de distance : c est le scilicus.

6° Dans le climacus , dont le mouvement est l’inverse du précédent, les deux accents graves qui suivent l’accent aigu ou virga deviennent régulièrement deux pundlum.

7° Le torculus commence comme un podatus et finit comme un flexa : aussi est-il quelquefois appelé pes flexus ou podatus flexus.

8° Le porredtus 1 après avoir fléchi comme la clivis , remonte en manière de podatus : c’est une clivis resupina, 1 inverse du torculus.

9° Le podatus suivi de deux points en descendant, est appelé podatus subbipundlis* ; s’il en a trois on le nomme podatus subtripundtis ; subdiatesseris , s’il en a quatre, et subdiapentis , dans les cas plus rares où il y en a cinq.

Les mêmes qualificatifs, dans certains tableaux de neumes, se trouvent appliqués à la virga , pour désigner le climacus , qui est une virga subbipundlis , subtripundhs , etc. Lorsque la virga est, non plus suivie, mais précédée de points, ce qui est le cas du scandicus , elle est dite, dans les mêmes tableaux, prœbipundtis, prœtripundtis. Si les points sont à la fois avant et après, c’est la virga combipundtis , contripundlis , etc.

La série des points, dans les formules où ils entrent comme éléments , peut avoir en effet plus ou moins d 'étendue : ainsi on rencontre quelquefois des formules telles que les suivantes :

/ / / etc. /.. /*.. etc y-*. y*-..

etc.

/•••• etc. /-../ /V'" A/'-.. /V-Vetc.

1 Ce nom existe dans les tableaux de neumes, avec un signe qui a la plus grande analogie avec celui que nous appelons porreflus, sans qu’il soit bien certain cependant qu’il s’agisse du même signe. L’appellation du reste ne fait rien au fond des choses. Nous ne sommes pas les premiers qui nommons porreftus l'inverse du torculus : nous le faisons pour n’avoir pas un signe dépourvu de nom et un nom qui ne s’appliquerait à aucun signe vraiment usité.

2 Bipunttis est un adjedtif formé à l’instar de bipennis, biremis, etc.

ïîotatton neumattque.

De toutes les formules que nous avons données, les plus simples sont les plus communes ; et les tableaux cle neumes, chez les auteurs, ne contiennent souvent que des groupes de trois sons au plus.

Le chant grégorien, comme nous le savons par le témoignage des anciens, admet certains ornements d’un caraélère spécial, certaines nuances d’exécution qui, sans appartenir à l’expression passionnée du théâtre, sans consister non plus en des effets de voix trop recherchés, plus déplacés encore à l’Eglise qu’ailleurs, demandent cependant, au moins quelquefois, particulièrement pour le strophicus et le quilisma , une souplesse d’organe que les chantres romains envoyés en Gaule et en Germanie, du temps de Charlemagne, reprochaient à nos pères de ne pas posséder. Il y a donc dans le chant grégorien, des sons diversement nuancés, que nous distinguerons en sons syncopés , appuyés, répercutés , tremblés , et étouffés.

i° Sons syncopés.

Lorsque deux formules, comme par exemple un scandicus et un climacus , viennent à la suite l’un de l’autre, de manière à ce que le premier groupe finisse sur le même degré de l’échelle où commence le second, et qu’ainsi les deux notes à l’unisson doivent s’émettre d’une façon continue; nous verrons, en traitant plus loin du rhythme, que cette réduplication du même son produit un effet analogue à celui de la syncope en musique. Nous en parlons ici, simplement pour énumérer ensemble toutes les particularités d’exécution, quoique celle dont il s’agit n’ait pas de signe spécial, et qu’elle s’indique seulement par la juxtaposition des signes : //Ici les deux virga font syncopes.

2° Sons appuyés.

Une circonstance qui présente beaucoup d’analogie avec le cas précédent, est celle où la voix, dans un mouvement descendant, doit s’arrêter et appuyer fortement sur l’avant-dernière note du groupe. Le son qui doit être ainsi renforcé et prolongé se trouve représenté dans la plupart des manuscrits par un petit trait horizontal brisé /” qui surmonte un petit point /y> ; le point indique un son faible pour terminer le groupe. Ce trait brisé est le pressus. Il s’adjoint tantôt à une virga /? tantôt à la

Neumes.

d ornement.

Pressus.

\2 Eces méloîriefi grégoriennes.

Strophicus.

Oriscus.

Quilisma.

seconde note d’une clivis : 4, Le groupe entier dans le premier cas représente deux sons, et dans le deuxième cas trois sons; mais c’est toujours le son pénultième qui est pressus . Dans quelques manuscrits, le pressus consiste en une petite virgule d’une forme particulière, mise à côté des notes d’un groupe ordinaire comme, par exemple, près de la seconde note du climacus IP ce qui équivaut à /U.

3° Sons répercutés.

Il n’est pas rare de rencontrer dans la notation neumatique, une sorte de virgule, différente du signe ordinaire appelé virga , c’est-à-dire plus courte et un peu plus arquée, du moins dans la plupart des manuscrits. Cette note est simple ' double ” ou triple et se nomme suivant le cas, apostropha \ distropha ” ou tristropha et d’une manière générale strophicus . L' 'apostropha se trouve toujours jointe à une autre formule, à la clivis par exemple, soit avant ,// soit après /t y Ce même signe lorsqu’il se trouve redoublé ” distropha , ou triplé tristropha peut aussi être joint , comme X apostropha 1 à une formule, ”// '”// , mais souvent aussi il est seul. Il peut encore s’accompagner lui-même ” et quelquefois se trouver sous cette forme ” Dans ce dernier cas, X apostropha n’est plus à l’unisson mais à une tierce de distance du distropha .

Au strophicus se rapporte 1 Priscus $ , qui indique comme le distropha une note jointe à une autre à l’unisson, avec cette différence que l’émission en est plus liée, et se rapproche de la syncope.

4° Sons tremblés.

Lorsque dans un mouvement ascendant, qui est ordinairement d’une tierce mineure, se rencontre, comme nous l’expliquerons plus loin, un son vibré ou tremblé, la note qui représente cette particularité d’exécution se nomme quilisma : c’est un podatîis ou un torculus dont le trait initial est triplé : «A iJ* Le quilisma est toujours précédé d’une note qui est le point de départ du mouvement ascensionel : cette note est ou un punttum ,«*/ J1 ou la dernière note d’un groupe /t^

5° Sons étouffés.

Nous entendons ici par sons étouffés ceux que Gui d’Arezzo nomme liquescents. Nous en déterminerons plus loin la nature

Dotation nc.unatique.

et l’usage; disons seulement ici, pour apprendre à discerner dans l’écriture la présence du son liquescent, que celui-ci ne peut se rencontrer qu’à la fin d’une formule, et seulement quand on passe d’une syllabe à une autre dans des circonstances que nous indiquerons.

Pour marquer dans la notation neumatique le son liquescent, le trait final de la formule se trouve modifié de la manière que nous allons expliquer :

i° Si la formule se termine par un son aigu, la virga se trouve écourtée comme on le voit dans les exemples suivants :

v au lieu de

Cette modification du podatus se nomme epiphonus.

On trouve de même : f au lieu de / ou /.

/I au lieu de /I/ etc.

2° Si la formule se termine par un son grave, le trait final, ou accent grave, est bouclé de cette manière :

f pour /I .

C’est le cephalicus , modification de la clivis.

De même encore : J* pour i/?.

pour J1.

3° Si l’on doit ajouter une note liquescente au strophicus le dernier trait se trouve allongé de cette sorte ;

V au lieu de ”

v) au lieu de m

Pour Yoriscus, le procédé d’écriture est le même que pour l 'apostropha.

Dans certains tableaux de neumes, il n’est question ni de Y epiphonus ni du cephalicus : toutes les formules avec son liquescent conservent chacune son nom ordinaire, auquel on ajoute le qualificatif de hemivocalis ou semivocalis ; qui exprime parfaitement du reste la nature du son liquescent : un son proféré à demi-voix. Ainsi Y epiphonus est appelé pes ou podatus semivocalis y ; le cephalicus se nomme flexa semivocalis f ; il y a aussi le torculus semivocalis le quilisma semivocalis etc.

Sons liquescents.

Epiphonus .

Cephalicus.

ües méloùies grégoriennes.

Neumes à ; points superposés.

Quelquefois il arrive qu’au lieu d’un seul son liquescent terminant une formule, comme clans les cas précédents, il s’en présente deux, ou même dans quelques cas très-rares, trois ou quatre, surtout dans le mouvement descendant. Le trait bouclé ! de la formule devient alors un trait arqué, et le signe se nomme Ancus ' ancus p pour le climacus; P pour le pes subbipunclis.

Ces formules s’appellent aussi flexa cornuta ou sinuosa, pes cornutum ou sinuosus, quilisma cornutum ou sinuosum.

U ancus présente dans un certain nombre de manuscrits une forme un peu différente : il s’écrit à la manière d’une clivis, d’un torculus etc. augmenté d’un crochet répondant au dernier son du groupe qui en effet est celui qui s’efface davantage dans l’émission de 1 'ancus A, au lieu de P .

La note semivocalis est devenue plus tard la plique\ mais, celle-ci n’a plus la même valeur que la semivocalis primitive.

Nous venons de faire connaître la forme primitive et régulière des signes principaux de la notation neumatique, de ceux du moins qui dérivent de l’accent grave et de l’accent aigu diversement combinés. Il existe, avons-nous dit, des neumes dune autre espece, plus rares que les premiers, mais qui dans certains pays, comme par exemple dans l’Aquitaine, paraissaient avoir été longtemps les seules connues; ou du moins ce sont ceux que les monuments liturgiques de ces régions méridionales nous offrent le plus communément : on les appelle les neumes à points superposés.

Le système des accents, qui consiste à représenter les tons graves et les tons aigus par des traits diversement inclinés parle plus à 1 intelligence qu’aux yeux. Pour figurer d’une manière plus sensible et moins abstraite les mouvements divers de la voix dans le chant, on a imaginé de se servir du point comme signe du son.

Le point n’est plus ici, comme tout à l'heure, une forme dérivée; il est 1 élément propre et constitutif de cette seconde espèce de neumes.

Le son, dans ce système, est donc représenté par 1 point, tout aussi bien le son aigu que le son grave; et c’est par la combinaison des points que se figure la combinaison des sons.

ïîotatton neumattque.

Les formules sont des groupes composés d’autant de points distinéls qu’il y a de sons différents, et les points sont disposés de maniéré a diriger le mouvement de la voix de l’aigfu au grave ou du grave a 1 aigu.

i° Si le mouvement est descendant, la formule est composée de simples points ainsi superposés verticalement : et le point place au sommet de la perpendiculaire s’exprime le premier.

Chois. * Climacus.

2° Si le mouvement est ascendant, les points suivent une ligne ascendante tant soit peu inclinée vers la droite, et le point culminant qui termine la série est allongé en forme de virga ou de petit cercle.

P Podatus. P Scandions.

3° Il en est toujours ainsi de la dernière note d’une formule, quand cette note est plus élevée que la précédente. Exemple :

P Porrectus. Climacus resupinus.

4° Si la note culminante de la formule n’est pas la dernière, le point n’est pas allongé. Exemple :

•: Torculus. •; Pes subpunclis.

5° Quant aux signes d’ornement, voici la forme qu’ils affectent dans la notation à points superposés.

. . Strophicus. Y Quilisma. "q Pressus.

*) Semivocalis grave ou Cephalicus, c/ Semivocalis aigu ou Epiphonus.

Tel est le mode primitif et ordinaire de combiner les notes dans ce système.

Bientôt, en disposant les points, comme il vient d’être dit, on est arrivé à les relier entre eux et à former de la sorte des groupes, qui présentent une grande analogie avec les figures provenant de la combinaison des accents. Ainsi la clivis présente cette forme t le torculus celle de la clivis liée précédée d’un point. „4 Les points primitifs du porreclus également se sont allongés en forme de traits, et soudés entre eux, surtout dans le porreclus prœpunclis ou torculus resupinus ainsi écrit : JY

Groupes

descen¬

dants.

Groupes

cendants.

Signes

d'orne¬

ments.

Points

liés.

Union des deux systèmes de notations.

lies méloùtes grégoriennes.

Nous voyons ici les deux systèmes, celui des accents et celui des points arriver aux mêmes termes par des voies différentes. Partis de principes opposés, mais en réalité tendant au même but, qui est d’indiquer des groupes de sons, ils finissent par se rencontrer, par se compénétrer, par s’identifier même, du moins en partie; soit par simple coïncidence, soit peut-être aussi que les deux notations se sont emprunté mutuellement quelques signes; qui sont devenus communs aux deux systèmes. C’est du moins ce que nous remarquons dans un certain nombre de manuscrits; tandis que d’autres restent fidèles à la tradition propre à chaque système.

<jC|)apttrc P. — - PHASES DIVERSES DE L’ÉCRITURE

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