PRESSUS. FORMULES CONJOINTES
Nous nommons pressus , notœ pressez , les deux notes qui dans chacun de ces groupes se joignent sur le même degré de l’échelle. Si ces mêmes formules, au lieu d’être ainsi rapprochées l’une de l’autre, se trouvaient séparées par un espace, on devrait alors les considérer comme des formules tout à fait distinctes :
Dans ce cas, il n’y a ni pressus ni effet de pressus.
9° Strophicus. Toutes les variétés du strophicus , ainsi que toutes les formules qui lui sont analogues, ont leurs éléments unis par simple juxtaposition horizontale : apostropha ®, distropha sa, tristropha aaa , strophicus flexus aaa 8 " , flexa* stro-
phica ou clans cum orisco Pna, salicus ou pes quassus a ® , pes stratus §a.
Plus loin, nous dirons un mot de deux autres formules, appelées, l’une quilisma , l’autre semivocalis .
Les formules que nous venons de décrire sont les plus communes. Il en est d’autres qui se présentent plus ou moins fréquemment; mais on ne remarquera rien de nouveau pour ce qui est de la manière d’unir les éléments dont elles sont composées. Les explications que nous avons données suffiront abondamment pour que l’on puisse sans peine se rendre compte de toute formule, quelle qu’elle soit; et discerner du premier coup d’œil quels sont les éléments qui font partie de telle formule, quels sont ceux qui appartiennent à telle autre : qualiter ipsi soni jungantur in unum , vel distinguantur ab invicem. (Hucbald.)
Suite de notes sur le même degré.
Règle commune à toutes les formules.
Xtes méloûtes grégoriennes.
Et c’est en effet à la manière dont les notes sont groupées qu’il faut, dans le chant grégorien, faire surtout attention : les figures diverses que peuvent affeéter ces notes, ne sont au fond qu’un moyen de peindre aux yeux l’unité de chaque groupe. Ce qui dans la forme des notes ne tend pas à ce but, doit être considéré, ou comme un agrément purement calligraphique, ou comme un souvenir des anciens neumes, dont la conformation extérieure s’est conservée par tradition.
Quoi qu'il en soit du nom et de la figure des diverses formules, toutes ont cela de commun quelles indiquent une suite de sons liés. Nous pouvons donc poser, comme principe général applicable à l’exécution de toutes les formules, la règle suivante :
Les sons qui, dans la notation traditionnelle du chant
GRÉGORIEN, SONT REPRÉSENTÉS PAR UN SEUL GROUPE DE NOTES, DOIVENT DANS LA PRATIQUE ETRE UNIS AUSSI ÉTROITEMENT QUE POSSIBLE.
Il suffit d’énoncer cette règle pour en démontrer la nécessité. L’application qu’il faut en faire aux différentes formules n’est possible qu’à certaines conditions.
Pour mieux nous faire comprendre, nous nous servirons d’une formule particulière.
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Prenons par exemple le groupe ci-dessus N° 1, qui nous représente cinq notes fa , sol, mi, fa, ré. Les cinq notes élémentaires de cette formule ont été liées dans l’écriture par les anciens, de manière à n’offrir à l’œil qu’un seul groupe, et même comme ils disent, une seule note : il est évident que pour être fidèle à la tradition, il faut également unir dans le chant les sons multiples que représente cette formule unique.
Or, cette liaison des éléments de la formule n’existera pour l’oreille, qu’aux conditions suivantes :
i° Il est d’abord évidemment nécessaire, pour qu’une formule ne se trouve pas, dans la pratique, divisée en plusieurs parties distinéàes, quelle soit proférée tout entière d’une seule haleine.
Btgure et exécution des formules.
Oui ne voit, en effet, qu’introduire une pause au milieu d’une formule, c’est faire entendre en réalité deux formules?
Si dans le neume déjà cité, le chantre venait à respirer, par exemple, après le deuxième son, N° 2, bien que les notes se trouvent être les mêmes que dans la formule N° 1, la manière de les exprimer n’est plus la même, et le résultat mélodique est tout différent.
20 Ce n’est pas seulement en respirant ainsi au milieu d’une formule, que l’on interrompt la suite des sons qui la composent. On briserait également, quoique d’une manière moins sensible, l'unité du groupe, si l’on appuyait sur l’une des notes médiaires de la formule en lui donnant un son d’une durée plus longue, lors même que cette pause ne serait pas suivie d’une respiration. Que l’on prolonge, par exemple, la seconde note de la formule déj à proposée, N° 1; au lieu d’un groupe unique, l’oreille percevra deux formules distinctes, N° 3. Quoique proférées d’une seule haleine, celles-ci ne forment pas un seul tout, si en même temps elles ne sont émises d’un seul trait; car non seulement la respiration, mais toute suspension dans le mouvement mélodique détruit évidemment le sens de la formule et l’effet qu’elle doit produire.
Nous verrons plus loin qu’il y a une restriction à faire au principe que nous venons de poser; car il existe des formules, telles que le pressus par exemple, offrant des notes redoublées à l’unisson et nécessitant ainsi une prolongation; ce qui semble contrevenir à la règle qui défend de prolonger le son dans le corps d’une formule. Cette exception confirme le principe; car dans le cas de la note double, on a en vue de produire un effet mélodique spécial , lequel repose précisément sur la prolongation du son exigé par la double note. On ne peut pas évidemment traiter de la même sorte les formules où cette double note ne se rencontre pas.
30 Ce n’est pas encore assez pour bien rendre une formule, de la proférer toute entière d’une seule haleine et d’un seul trait, ainsi que nous l’avons dit; il faut en outre l’émettre, autant que possible, d’une seule impulsion de voix. Nous disons, autant que possible , car nous verrons qu’il existe des cas où une reprise légère du mouvement d’impulsion semble nécessaire.
La formule doit être proférée d'une seule haleine
et d'un seul trait.
La formule n'exige régulièrement qu'une seule impulsion de voix.
Etes méloînes grégoriennes.
Résumé des règlesprécédentes.
Ainsi les cinq notes qui composent la formule N° i , devront se proférer sans renouveler l’effort de la voix et, autant que possible, d’un seul mouvement. On ne pourrait reprendre à plusieurs fois le mouvement d’impulsion que dans le cas où ces mêmes notes se trouveraient groupées de l’une des manières indiquées aux Nos 3 et 4 ; mais alors nous avons avec les mêmes notes autant de chants différents.
Ce que l’on doit éviter par-dessus tout dans l’exécution des formules, comme dans le reste du chant, c’est de marquer chaque son par un coup de gosier ou de peser lourdement sur chaque note. Cette manière de chanter, en brisant le lien qui doit unir les sons, détruit les formules et rend impossible toute mélodie; car des notes ainsi isolées, N° 5, ne pourront jamais produire qu’un effet barbare.
De ce qui vient detre dit, nous tirons cette conclusion pratique: Dans l’exécution d’une formule, on doit éviter d’en disjoindre les éléments, soit par une pause de respiration, SOIT PAR UNE PROLONGATION DU SON DANS LE COURS DE LA FORMULE, SOIT MEME PAR UNE REPRISE DU MOUVEMENT DÙMPUL- SION DONNÉ À LA VOIX.
Pour aider à bien appliquer aux différentes formules cette règle qui, comme nous l’avons dit, est commune à toutes, il sera bon de faire les remarques suivantes:
i° C’est surtout lorsque la formule présente une série descendante qu’il importe de bien lier les sons. Exemples :
La virga ou note caudée qui occupe le sommet de ces groupes, a régulièrement plus d’intensité; la raison en est que de l’impulsion donnée à cette note culminante doivent, pour ainsi dire, naître les notes qui suivent en descendant. Celles-ci sont toujours faibles et obscures. On doit prendre garde d’en précipiter le mouvement, ou de les émettre par saccades; il faut également éviter en les proférant, ces petites secousses de la voix dont l’effet est, en quelque sorte, d’égrainer les notes; en un mot ces descentes de notes seront, pour nous servir de l’expres-
Bîgure et exécution Des formules.
sion du Pape Jean XXII., toujours tempérées, descensiones temperatœ (Bulla Doclci santtorum) ; ce qui ne doit ni en détruire la grâce, ni leur enlever une certaine légèreté qui tient le milieu entre la lourdeur et la précipitation. Dans tout cela, il faut tendre surtout à bien lier les sons.
Mais comment y réussir quand la série descendante comprend un grand nombre de notes? Dans ce cas, la chose est en effet plus difficile que dans celui où il ne s’agit que d’unir deux ou trois sons. Pour arriver à bien unir les sons, même lorsque la formule en comprend plus de trois, on pourra se permettre une légère reprise du mouvement d’impulsion au milieu de la formule; mais alors il faut le faire sans respirer et sans prolonger aucune note. Donnons un exemple.