‹ Les mélodies grégoriennesChapitre 3 sur 55 · ANCIENS.— NOTATION ALPHABÉTIQUE · texte numérisé non relu

ANCIENS.— NOTATION ALPHABÉTIQUE

OUS ne devons pas nous attendre à trouver chez les anciens une écriture musicale complète, une notation armée de toutes pièces, exprimant tous les sons qui composent une mélodie avec le degré respeélif d’intonation, de durée et de force qui appartient à chaque son, tout ce qui détermine en un mot les intervalles, le rhythme et au besoin la mesure du chant. La parole précède l’écriture, et le chant la notation; ceci est surtout vrai pour les mélodies populaires dont la plupart, spécialement chez les anciens, n’ont jamais été écrites ou ne l’ont été que tardivement, presque toujours lorsque déjà le goût commençait à s’en perdre etl’exécution traditionnelle à s’altérer. C’est à la mémoire et à la tradition que le chant grégorien, lui aussi, a été d’abord confié, et nous verrons plus bas, en étudiant la nature et le perfectionnement successif des signes qui ont servi à en fixer par écrit les formules traditionnelles, comment ces signes à l’origine ne fournissaient en réalité que des indications abrégées, suffisantes pour rappeler les mélodies à la mémoire, mais ne pouvant suppléer par elles-mêmes à la tradition.

Du reste, c’est là le caraéfère de ce que les anciens appelaient proprement nota , note. La note, en grammaire, la nota des notarii , est un signe d’écriture plus expéditif, exprimant par une lettre ou deux non seulement une syllabe, mais au besoin tout un mot, quelquefois toute une phrase; la note en musique est un signe: lettre, point, accent ou marque quelconque, dont le but est d’exprimer soit un son, soit même toute une formule mélodique.

Il y a eu de tout temps, et il existe même encore aujourd'hui, de ces signes musicaux purement mnémotéchniques qui, malgré leur forme essentiellement abbréviative, suffisent aux chantres. C’est ainsi par exemple que les Hébreux, pour noter leur chant, se sont contentés et se contentent encore d’une espèce de ponctuation servant à marquer dans le texte les endroits où telle inflexion de voix connue d’avance, telle modulation déterminée

Dotation alphabétique.

pour chaque circonstance, doit se produire régulièrement, et venir suspendre un instant la récitation, ou la reposer plus pleinement. Chez nous, la division des psaumes en versets et le partage des versets par les flèxes ou les astérisques sont une notation de même nature, et cette notation complétée par l’indication, également abrégée, du ton et de la terminaison, i g,

2 d, 3 a, 4 e, etc., peut suffire, toujours en supposant que les divers tons des Psaumes avec la médiante et les terminaisons de chacun sont connus d’avance.

Tout en se servant pour la musique d’une écriture plus ou moins sommaire, dans le genre des notes ou sigles dont nous venons de parler ou des neumes que nous étudierons bientôt, les anciens n’étaient pas pour cela dépourvus de moyens propres à représenter aux yeux les sons de la voix, avec tout ce qui les distingue les uns des autres. Seulement ils ne nous ont laissé aucun répertoire musical, comme nous avons nos Graduels et nos Antiphonaires. Ce que nous trouvons de musique, soit sacrée soit profane, dans toute la période de l’antiquité grecque ou romaine, n’existe que par fragments et en manière d’exemples chez les théoriciens, et encore ces fragments et ces exemples sont-ils peu nombreux.

La notation que nous voyons en usage dans les ouvrages didaéliques, consiste presque exclusivement dans l’emploi des lettres de l’alphabet, ainsi que nous allons l’exposer.

Les théoriciens, dans leur étude de la musique, procédant d’abord par dissection, pour aller ensuite de l’analyse à la synthèse, ont rapporté les intonations diverses que peut produire la voix à plusieurs échelles tétracordales, et de l’ensemble des tétracordes reliés par conjonétion ou juxtaposition ils ont construit une seule échelle assez grande pour les renfermer tous.

Nous la donnons plus loin dans sa forme classique.

Cette échelle, plus théorique que pratique, plus faite pour la science que pour l’art, une fois établie avec ses divisions marquées sur la ligne du monocorde, 1 il fallait en distinguer les

Notation

alphabéti¬

que.

1 On sait que les anciens, pour mesurer la gravité ou l’acuité relative des sons, se servaient d’un instrument qu’ils appelaient monocorde , et sur lequel en effet n’était tendue qu’une seule corde. Cette corde unique pouvait cependant donner des sons multiples au moyen d’un chevalet que l’on faisait courir le long de l’instrument, sur

Ües méloùtes grégorienne#.

Double notation chez les. Grecs.

Système des quinze lettres.

degrés, les numéroter. Or la numération, chez les anciens, se faisait au moyen des lettres de l’alphabet, qui sont les chiffres de ce temps-là. A chaque son ou degré de l’échelle, correspondait une lettre qui devenait ainsi note musicale.

Nous n’avons pas ici à expliquer comment les Grecs, les premiers, ont disposé l’ordre des sons et celui des lettres servant à les numéroter; remarquons seulement qu’ils avaient pour cela deux systèmes. L’un consistait à appliquer la série de leurs lettres aux diverses cordes de leurs instruments, dans l’ordre de l’importance relative de ces cordes, ou de leur admission successive sur les instruments, c’est-à-dire à peu près dans l’ordre de la génération des sons par oéfave, par quinte ou par quarte : cette notation est spécialement propre à la musique instrumentale. L autre système, plus récent, suppose déjà une théorie complète des sons; il consiste à prendre les lettres, telles quelles se succèdent dans l’alphabet, et à les disposer ainsi sur les degrés diatoniques de l’échelle, sauf à modifier la forme ou la position de ces lettres pour les intervalles non diatoniques: cette seconde notation est réservée à la musique vocale. 1

La notation alphabétique des Grecs a passé comme de plein droit, avec leurs théories musicales elles-mêmes, aux Latins, qui pendant longtemps n’en connurent pas d’autres: car nous ne voyons les lettres de l’alphabet latin se substituer qu’assez tard, sur l’échelle musicale, aux caraélères grecs. Le son le plus grave de cette échelle, telle qu’elle avait été constituée, se trouvait être la note que maintenant nous appelons la 2 à l’ oéfave au-dessous de la mèse des anciens, c’est-à-dire du son moyen de la voix. Ce degré initial fut donc, chez les Latins, marqué de leur première lettre A, le second de la lettre B, et ainsi de suite en

une ligne divisée en parties égales. En appliquant le chevalet sur la corde à l’une des divisions de la ligne, on pouvait ne mettre en vibration qu’une longueur de corde déterminée, dont la proportion indiquait celle du son lui-même.

1 Bien que la musique vocale, dans l’ordre chronologique, ait précédé naturellement la musique instrumentale ; celle-ci cependant a été notée avant celle-là : sans doute parce que c’est d’abord sur les instruments eux-mêmes, que les notes ont dû être écrites pour servir de guide à la main du joueur encore inexpérimenté, tandis que pour la voix on a pu se passer longtemps de signes: le ton, ou l’air à chanter se reproduisait simplement après l’avoir écouté et retenu de mémoire.

2 Nous ne voulons pas prétendre que cette note fût en réalité en rapport avec notre diapason.

Rotation alphabétique.

montant, et en poursuivant l’ordre des lettres jusqu’à P, qui se rapportait au son le plus aigu de l’échelle, le quinzième de la serie, c est-a-dire 1 oétave au-dessus de la mèse, la double oélave au dessus de la première note.

D autres théoriciens, considérant qu’après les sept premiers degres, les sons se reproduisent dans le même ordre de tons et de demi-tons, se contentèrent des sept premières lettres de 1 alphabet, de A jusqu’à G, et les répétèrent à partir de la huitième; et pour éviter de confondre les sons de l’oélave grave avec les sons correspondants de l’oélave aiguë, marqués des mêmes lettres, ils distinguent les sept degrés inférieurs par des lettres majuscules, A. B. C. D. E. F. G. et les sept suivantes par des minuscules, a. b.c.d.e. f. g. qu’ils doublent ensuite pour la troisième oCtave, aa. bb. etc. De plus, comme dans le répertoire grégorien, certaines pièces présentent une note plus grave que celle qui commence la série des quinze degrés de la théorie primitive, cette nouvelle note, à laquelle Gui d’Arezzo conserve la désignation de moderne, bien que l’usage en fût déjà de son temps vieux de plusieurs siècles, placée sous la note A ou la à une oéàave au-dessous de G ou sol, a été désignée par le Gamma des Grecs F, d’où plus tard est venue à l’échelle des sons que nous décrivons, puis par extension à toutes les autres, le nom de Gamme; tout ainsi, remarque avec justesse Dom Jumilhac (part. 2. ch. 11.), que la série ordinaire des lettres a été nommée alphabet, des deux lettres par lesquelles elle commence, alpha beta.

Le tableau suivant représente la gamme complète d’où les gammes partielles, constitutives des modes grégoriens, ont été tirées. L’échelle, comme on voit, est divisée en plusieurs tétracordes. Chaque tétracorde se compose d’une suite de quatre notes ou de trois intervalles. Ceux-ci, en allant de l’aigu au grave, comme procédaient les anciens, sont ainsi ordonnés : un ton, un ton, puis un demi-ton, et tous uniformément de la sorte. Le principal est celui qui part du son moyen, la sol fa mi. En reprenant à mi pour redescendre de nouveau un ton, un ton et un demi-ton, on a mi ré ut si, et pour finir l’oéfave on ajoute la. Le sol qui vient plus bas est, comme nous l’avons vu, le résultat d’une nouvelle adjonction : nous n’en tenons pas compte en

Système des sept lettres.

Echelle générale de sons.

Les lettres ont servi à divers usages.

lies méloùtes grégoriennes.

ce moment. Si l’on veut former dans le milieu de l’échelle une série de huit notes dans le même ordre qu’en haut et qu’en bas, il faudra que le tétracorde venant du 11e degré ré se reposer sur le 8e la , se joigne avec le tétracorde partant de cette même corde; pour cela le si devra être abaissé d’un demi-ton et l’on aura re ut b la sol fa mi) gamme semblable, pour les intervalles, à celle que nous avions en double : la sol fa vii re ut si la.

Echelle générale des sons.

Tétracordes des notes

Cf) >

inferieures.

finales.

supérieures. plus élevées.

rtu

au

fD

conjointes

Page 1