‹ Les mélodies grégoriennesChapitre 4 sur 55 · CB · texte numérisé non relu

CB

a — b — c — cl — e — f — g — h — i — i — k — 1 — m — n — o — p

T A — B — C — D — E — F — G — a — b — (jj — c — d — e — f — g — aa — bb

S°1 la — si — ut — re — mi — fa — sol — la — si — si — ut — re — mi — fa — sol — la — si

8 — 91 — 92 — io — n — 12 — 13 — 14 — 15 — o

Nous indiquons dans notre tableau le rapport des lettres dont il a été question avec le nom aéluel des notes et avec leur place relative sur les portées; puis nous ajoutons en chiffres les numéros d’ordre qui servent communément aux auteurs du moyen âge pour désigner les notes, quand ces auteurs n’emploient pas les lettres. 1

Il faut bien se garder de confondre les lettres de la notation alphabétique avec les lettres dites Significatives dont nous parlerons plus loin. Les unes et les autres n’ont également aucun rapport avec les voyelles que l’on trouve quelquefois placées en marge, à la tête des antiennes, dans d’anciens manuscrits, dans ceux de S. Gall en particulier, et jusque dans des manuscrits allemands du treizième et du quatorzième siècle, pour

1 II faut savoir, en effet, que dans le langage de S. Odon, par exemple, vox sexta signifie la note \ ou fa; nona prima le B molle ; nona secunda le B quadratum , etc.

Rotation alphabétique. 25

désigner le ton ou le mode sur lequel doit se chanter le psaume correspondant à chaque antienne. A ces voyelles, qui sont pour le premier ton a , pour le deuxième e, pour le troisième i, pour le quatrième 0, pour le cinquième u, pour le sixième /7 , pour le septième u, et pour le huitième w, se trouvent jointes certaines consonnes destinées à distinguer la terminaison psalmodique qu’il convient de choisir, parmi celles du mode indiqué.

La méthode de notation par les sept ou les quinze premières lettres de l’alphabet est une véritable notation chiffrée, principalement propre aux ouvrages didactiques. Et de fait, nous ne voyons pas que l’on en ait fait usage autrement que dans les écoles ou pour les écoles. S. Odon semble avoir appliqué ce système à tout l’Antiphonaire : il en obtint, pour l’enseignement, des résultats dont lui-même s’applaudit; mais malheureusement il ne nous est rien resté de son travail. En dehors de certains fragments de musique assez rares, et de quelques Offices spéciaux, on ne cite, parmi les nombreux manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques ou privées, qu’un seul exemple de livre de chant noté en lettres : c’est le fameux manuscrit de Montpellier; et encore faut-il remarquer que ce document offre, conjointement avec la notation alphabétique, les signes de la notation usuelle ou neumatique. De plus, les morceaux de chant y sont rangés, non dans l’ordre des Offices , mais selon celui des Modes; ce qui nous oblige à considérer l’Antiphonaire de Montpellier comme un livre, non de chœur, mais d’école. La notation alphabétique est donc bien, comme nous le disions, une notation proprement et exclusivement didactique. Elle n’a pas été créée pour remplacer les neumes, pas plus que les neumes n’ont été inventés pour lui être substitués : ce sont deux manières différentes de traduire les sons musicaux, qui ont existé simultanément, chacune avec son caractère propre et son but spécial; elles ont pu utilement se compléter l’une par l’autre, comme nous le voyons dans le manuscrit bilingue dont nous venons de parler.

L’Antiphonaire de Montpellier offre, dans sa notation alphabétique, une particularité remarquable, dont nous devons dire un mot en passant. Parmi les lettres qui ont été ajoutées aux

La nota- \ tion par lettres est une notation didactique.

Manuscrit de Montpellier.

26 Ües méloûtes grégoriennes.

Epi sème.

Quart de ton.

neumes pour eu déterminer l’intonation, se rencontre çà et là un signe qui n’est pas une lettre, mais remplace une lettre dans des cas spéciaux que nous allons expliquer. Ce signe que l’on a nommé épisème , c’est-à-dire signe supplémentaire, consiste en deux petits traits droits diversement juxtaposés; l’un vertical, l’autre horizontal. Celui-ci est tantôt à gauche tantôt à droite de l’autre, soit en bas, soit au sommet, soit au milieu. Avec le trait vertical sur le milieu et à droite du trait horizontale, l’épisème remplace le B ou si de l’oélave inférieure; également au milieu, mais à gauche H, c’est l’E ou mi de cette même oélave; sur le sommet à droite c’est le la du milieu de l’échelle, mais avec l’emploi du B mol; sur le sommet à gauche — |, c’est le si naturel; enfin si le trait horizontal est tracé à la partie inférieure de l’autre et à gauche J, l’épisème tient lieu du mi de l’odtave supérieure.

La lettre, on l’aura facilement remarqué, disparaît seulement aux endroits où l’échelle présente un demi-ton. Nous verrons plus loin, lorsqu il sera question de la notation neumatique, que certains signes offrent dans plusieurs manuscrits une forme spéciale, en rapport avec le fameux épisème du manuscrit de Montpellier. Celui-ci, croyons-nous, peut s’interpréter d’une façon naturelle, sans qu il soit nécessaire, comme l’ont fait des savants de notre époque, de le prendre pour le quart de ton, et cl y voir un reste de la modulation enharmonique des anciens.

Les auteurs du moyen âge mentionnent, il est vrai, le quart de ton, qu’ils nomment âiesis à la suite des Grecs; mais en reproduisant d une façon quelconque la doôtrine et les expressions des auteurs grecs, ils le font par pure tradition, sans toujours les comprendre et sans que cette doctrine et ces expressions soient toujours demeurées pratiques.1 Gui d’Arezzo lui-même, ainsi que les autres, parle du diesis, et il le définit comme eux un intervalle qui est par rapport au demi-ton ce que le demi-ton est par rapport au ton. On voit qu’il s’agit bien dans cette définition du vrai quart de ton, et que dans Gui d’Arezzo

1 Ceci est une remarque importante, que M. Bourgault- Ducoudray a eu de son coté 1 occasion de faire en lisant les théoriciens de la musique grecque moderne et

qu il ne faut pas oublier, si l’on veut ne pas s’é rer dans l’interprétation des théoriciens latins.

Rotation alphabétique.

le diesis n’a rien de commun avec notre dièze ; mais rien ne prouve que ce soit là autre chose que de la théorie; théorie qui, comme il est arrivé souvent, a été copiée successivement par les auteurs, après avoir perdu depuis des siècles toute valeur pratique.

Si l’on veut considérer l’épisème comme une note qui tient le milieu entre deux cordes formant demi-ton, nous pensons que ceci doit s’entendre seulement en ce sens que lepisème appartiendra à la gamme des quarts de ton usités dans le discours. Les variétés d’intonation que nous remarquons dans la parole ne peuvent se ramener à une échelle déterminée, bien que cependant cette échelle existe et que les tons divers de la voix dans la parole soient soumis en réalité aux lois de la proportion, puisqu'il y a de ces inflexions dans le simple langage que notre oreille réprouve, d’autres qui lui plaisent. Les anciens, dont les exigences grammaticales au sujet de l’euphonie nous montrent combien ils étaient appréciateurs délicats des sons, ont pu en connaître quelque chose, et peut-être le genre enharmonique dont ils parlent, et qui pour eux n’est guère à la fin qu’une fantaisie de mathématicien, répondait-il à l’origine à cette musique du discours ordinaire. Il peut de fait se rencontrer, dans le cours des mélodies les plus précises, des passages qui semblent se rapprocher du vague tonal du simple langage; passages où l’on peut voir les quarts de ton de la parole, sans que ce chant cesse d’appartenir au genre vraiment diatonique.

Nous devons mentionner ici un genre d’écriture musicale qui a beaucoup d’analogie avec la notation alphabétique, et que l’on trouve employé dans quelques traités de musique, spécialement dans un Dialogue sur le chant qui a pour titre Enchiriades ' communément attribué à Hucbald de Saint- Amand, bien que nous l’ayons trouvé aussi avec le titre de Enchiriades Ot tonis, dans un manuscrit de la Bibliothèque de Wolfenbtittel.2 L’échelle des sons est considérée comme divisée

Echelle des tous dans le discours.

Notations

diverses.

1 Ce mot qui peut se traduire par manuel, a été pris à tort ou à raison par Sigebert de Gembloux (douzième siècle) pour le nom même de l’auteur du Dialogue.

2 Saint Odon a composé un Dialogue publié par Gerbert (t. 2. p. 252) qui porte en certains manuscrits le titre d’E cjiiridion, mais qui est différent de celui dont nous parlons.

28 Hts mcloiries grégoriennes.

en quatre tétracordes, dont chacun reproduit les mêmes signes dans le même ordre, avec une petite modification dans la forme ou la position de ces signes pour distinguer les tétracordes. En voici le tableau:

Notation d' H ucbald,

La troisième note ascendante des tétracordes est désignée ainsi dans le manuscrit de Wolfenbüttel :

N inclinum.

Iota.

N versum et inclinum.

Iota transfixum.

On voit, par l'explication qui vient d’être donnée de la 3e note de chaque tétracorde, que ces signes sont en réalité des lettres: nous y reconnaissons F, N et I. Il importe peu, du reste, de bien savoir pourquoi l’auteur de ce système a choisi ces lettres plutôt que d’autres, et s’il a voulu signifier par elles autre chose que les degrés des différents tétracordes, et le rapport de similitude qui existe entre eux.

H ucbald auquel on attribue, comme nous le disions, le traité de musique où nous voyons ces signes employés, s’est servi | ailleurs des caraêtères de l’alphabet grec, ainsi que du système latin des quinze lettres.

Page 1