‹ Les mélodies grégoriennesChapitre 34 sur 55 · A IB M · texte numérisé non relu

A IB M

ES

Notum fecit Dôminus, alléluia, salutare su-um, alle-lüia.

Mode.

B a b a " bb

B Tfl

Ecce sacerdos magnus qui in di-ebus su-is plâcu-it

De-o et inventus est justus.

On 0 m

Mode.

- pair

Petrus A-pôstolus et Paulus Doctor genti-um ipsi nos

ma la fa

docu-e- runt legem tu-am Domine.

Figure de rhétorique appelée compar.

Üc6 méloDtec grégoriennes.

Il est impossible de ne pas remarquer, d’une part la division régulière de ces antiennes en quatre membres à peu près égaux : ce qui donne à chacune d’elles, comme nous l’avons dit, l’apparence d’une strophe de quatre vers; et d’autre part la manière dont la voix demeure un instant en suspens, ou se repose à la fin de chaque division : ce sont là, comme nous l’a dit Gui d’Arezzo, les deux traits de ressemblance entre les chants et les mètres : aut in numero vocum aut in ratione tenorum neumœ alterutrum conferantur.

Les anciens, dit Aribon, commentateur de Gui d’Arezzo, donnaient une grande attention à la manière de bien proportionner les membres et les distinctions; et cela non-seulement quand ils avaient à composer des mélodies, mais aussi quand ils devaient les exécuter : Antiquitus fuit magna circumspectio non solum cantus inventoribus , sed etiam ipsis cantoribus , ut quilibet proportionaliter et invenirent et canerent. (Scriptores, t. II. p. 227.) Cette proportion, dit encore Aribon, est dans le chant ce qu’est dans le discours la figure nommée compar chez les rhéteurs, qui consiste en ce que les membres ont un nombre a peu près égal de syllabes. I ah s consideratio similis est rhetorico colori qui compar dicitur , qui constat fere ex pari numero syllabarum. Ce qui ne veut pas dire, ajoute Cicéron, auquel cette définition est empruntée, qu’il faille s’amuser à compter les syllabes ; car c’est au goût et à l’usage à en déterminer le nombre. Hoc non dinumeratione nostra fiet , nam id puerile est , sed tantum afferet usus et exercitatio facultatis. [Ad Herennium. 1. IV. n. 20.) Aribon constate en même temps que c est une chose, il est vrai, morte et ensevelie dans l’oubli le plus profond, quœ consideratio jamdudum obiit , imo sepulta est ; mais il ne laisse pas de la recommander comme toujours pratique. Que le musicien, dit-il avec Gui d’Arezzo, se propose parmi les divisions celles qu’il veut adopter pour produire un chant '.proponat sibi musicus quibus ex /iis divisionibus incedentem faciat cautum , vel quœ sint ilice divisiones. (Aribo, p. 216.)

Car, ajoute le même commentateur, de même que les différents métrés, lasclépiade, le saphique, l’alchaïque, présentent des divisions différentes; de même aussi les différents neumes donnent des divisions qui, les unes par rapport aux autres, sont

Du rï)ptï)me propre au cl)ant grégorien.

diversement proportionnées : sicut enim metrorum plurimœ divisiones , quia quœdam sunt asclepiadea , quœdam sapphica , quœdam

alchaica . sic melodiarum neuniœ plurimas habent divisiones.

Il donne ensuite pour exemple un Répons partagé en sept divisions qu’il prend soin de marquer; voici son texte : Distinctiones distinctionibus sunt ecquales, ut in bene procuratis neumis apparet sicut in illo R/. Ecce nunc tempus acceptabile, una distinctio; ecce nunc dies salutis, altera; commendémus nosmetipsos, tertia; in multa patiéntia, quarta; in jejuniis multis, quinta; per arma justitiae, sexta; virtutis Dei, septima.

Plus loin, le même Aribon parle encore de ces chants soignés que nous pouvons, dit-il, appeler métriques : sicut in bene procuratis cantibus invenimus , quos metricos dicere possumus , uti : Non vos relinquam orphanos, alléluia. — Vado et véniam ad vos, alleliiia — et gaudébit cor vestrum, alléluia.

Ces distinctions sont telles que l’on peut en quelque sorte les mesurer, quœ omnes pene sunt commensurabiles.

Les phrases grégoriennes présentent souvent entre elles une proportion quasi métrique, non-seulement sous le rapport du nombre des sons, et de la longueur des pauses; mais aussi, comme nous l’avons dit, sous le rapport du dessin mélodique que trace en quelque sorte la marche ou la progression du chant. En effet, la manière semblable ou opposée dont s’enchaînent les intervalles, dont se groupent les sons, dont sont amenées mélodiquement les cadences, permet à l’oreille de saisir une affinité et par conséquent un rhythme entre plusieurs phrases ou plusieurs parties de phrases successives.

Prenons un simple verset de psaume :

a m a m ^ tm an .a

a s sa

Dixit Dôminus Domino me-o : * Sede a dextris me-is.

Rapport mélodique des phrases.

Nous avons ici deux phrases qui sont séparées l’une de l’autre et mises en relation par la manière dont elles modulent et viennent, l’une s’arrêter sur la dominante, l’autre se reposer sur la sous-dominante. Cette relation mélodique entre la méchante et la terminaison des psaumes dans chacun des tons, établit l’ordre dans la sucession des sons et par conséquent le rhythme.

Htÿ méloùtes grégoriennes.

On remarque la même symétrie cle modulation ou de cadence dans tous les modes :

i la r - i — n — n ! ”*

fl lllll

— B-jj-i — ■ —

aa ■

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Le rhythme doit surtout se faire sentir à la fin des phrases.

Eu quel sens léchant est mesuré.

Le chant de la Préface et du Pater a aussi comme une médiante et une terminaison qui se correspondent l’une à l’autre et s’appellent, pour ainsi dire, comme les rimes dans nos vers français, ou les chutes daCtyliques, iambiques, spondaïques, etc. dans les vers latins.

Le nombre et la proportion doivent surtout, on le conçoit, se faire ainsi sentir au commencement et à la fin des divisions. L'impression qui reste, est celle des parties extrêmes; mais c est en finissant surtout qu’on doit ménager les exigences de l’oreille, qui alors est plus délicate, et réclame avec plus d’empire la satisfaction qu’elle s’est promise. Cum aures extremum semper exspeftant , in eoque acquiescant , id vacare numero non oportet. (Cicéron.) Pour le milieu des phrases, il suffit d’éviter dans la succession des sons tout ce qui pourrait blesser ou heurter l’oreille, sans chercher une perfeCtion rhythmique superflue. Et même pour la fin des phrases, devons-nous dire avec Cicéron que le meilleur rhythme n’est pas le rhythme calculé, mais celui qui vient comme de lui-même : ut numerus non quæsitus , se ci ipse secutus esse videatur.

On voit ici de nouveau en quel sens les auteurs anciens, qui nous ont donné les principes du chant grégorien, disent que ce chant est soumis à la proportion et à la mesure; il ne s’agit pas pour eux de l’astreindre aux lois rigoureuses du mètre : car le rapport qu’ils disent exister entre les syllabes, les neumes, les distinélions de la musique grégorienne, et les pieds, les mètres, les vers de la poésie, n’est qu’une analogie; cette analogie, quoique très-réelle, non parva similitudo , ne doit pas aller jusqu’à

Du rï)j>rt)im propre au cïjant grégorien.

identifier les deux genres de rhythme, le rhythme libre et le rhythme métrique, dont l’un appartient au langage oratoire et au chant grégorien, l’autre au langage versifié et à la musique mesurée.

Nous ne devons pas être trop surpris de voir Gui d’Arezzo, Aribon, etc. mal interprétés par certains musicologues modernes, et considérés par ceux-ci comme des partisans de la mesure dans le plain-chant. Cicéron lui-même a eu un sort pareil : pour avoir recommandé le nombre dans le discours, il s’est vu accusé d’y avoir voulu introduire les mètres de la poésie. La vérité est qu’il ne s’agit pas plus d’astreindre le chant grégorien que le discours, aux lois rigoureuses du mètre; mais bien, comme le dit Quintilien, à celles du nombre oratoire : Ego certe , ne in calumniam cadam , qua ne Marcus quidem Tullius c aruit, posco

hoc mihi , ut quum pro composito dixero numerum . oratorium

dicere intelligar. (Inst. or. IX. 4.)

Il faudra donc observer la coupe régulière des chants dont nous avons parlé, comme on observe la coupe du vers dans la poésie; sans pour cela donner aux mélodies grégoriennes une mesure binaire, ternaire, etc., en un mot une mesure fondée sur une durée proportionnelle des notes. Nous devons dire du chant ce que Quintilien dit du discours : dans un discours bien composé, il y a du nombre, une certaine mesure, mais ce nombre et cette mesure ne vont pas jusqu’à marquer la récitation par le levé et le frappé : oratio non descendet ad strepitum digitorum (Inst. or. IX. 4.); cette mesure, au contraire, est la mesure tout à fait libre dont parlait Horace : numerisque fertur lege solutis : ce nombre est celui que les auteurs appellent le nombre oratoire; nombre qui existe dans le discours sans qu’il paraisse; on le sent, les oreilles en sont délicieusement affeétées, mais on ne peut pas bien dire ce qu’il est : ita dissimulatus et latens ut tamen sentiatur et suavitatem ejus aures percipiant.

Cicéron esi accusé d'avoir mesuré la prose.

Le n ombre oratoire.

(Ibid.) Tel est donc le rhythme qui caraélérise le chant grégorien et qui repose principalement, comme on le voit, sur la manière dont les sons ou les syllabes se trouvent divisées et dont les divisions sont proportionnées.

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