Chapitre ?tP ♦ — DU RHYTHME MESURE
Lm mesure peut exister sans le rhythme , et celui-ci sans la mesure.
Les divi sioTis sont essentielles au rhythme.
N confond souvent, mais à tort, le rhythme et la mesure, qui sont en réalité deux choses très-distinéles, pouvant exister l’une sans l’autre. Dès lors en effet que l’on peut distinguer plusieurs parties dans un tout, ces parties ont une mesure quelconque dans l’espace ou dans le temps; seulement cette mesure a plus ou moins de régularité, et cette régularité, quand elle existe, est plus ou moins facile à apprécier; il peut souvent y avoir mesure sans que cette mesure donne une proportion, ou un rhythme. D’autre part, les divisions qui dans la musique partagent la suite des sons, peuvent être comparées les unes aux autres sous d’autres rapports que sous celui de la durée; et lorsque sous l’un ou sous plusieurs de ces autres rapports le calcul, ou simplement l’oreille, reconnaît une proportion entre les divisions, il y a rhythme, bien que l’on ne tienne pas compte de la mesure.
Pour le rhythme musical fondé sur la mesure, comme pour celui qui en est indépendant, la condition première, nous l’avons dit, est que dans la succession des sons il y ait des divisions, et que ces divisions soient bien proportionnées entre elles et avec le tout. Si dans un chant les sons se suivent d’une manière continue sans division aucune, ou avec des divisions que l’oreille ne saisit pas, il n’y a pas de rhythme possible : numerus in continuatione nullus est : une rivière qui coule sur une surface unie n’a pas de rhythme, parce qu’il n’y a rien qui en divise le cours; mais une eau qui bondit, comme aussi celle qui tombe goutte à goutte, offre matière à un rhythme, si ces bonds ou ces gouttes se succèdent avec un certain ordre, une certaine proportion. Distinctio et sœpe variorum intervallorum percussio numerum conjicit , quem in cadentibus guttis quod intervallis distinguuntur notare possumus : in amni prœcipitante non possumus. (Cicéron. De oratore .)
Tout ce qui dans la suite des sons introduit une variété, comme un son plus lié ou plus détaché, un son plus fort ou plus faible, un son plus grave ou plus aigu, un son plus long ou plus bref, un silence, l’articulation d'une consonne ou l’émission
Du rï)ptl)me mesuré.
d’une voyelle : tout cela peut servir à marquer une limite, et par conséquent des divisions.
Supposons une suite de six notes comme ci-dessous. Si l’on attaque la première note et que l’on continue le son sans variété aucune, n° i, il n’y a là ni division, ni mesure, ni rhythme, mais un son unique : il n’est même pas possible de savoir alors quand il faut s’arrêter. Si on varie l’émission du son en détachant chaque note uniformément, soit par l’articulation d’une syllabe, n° 2, soit par un changement de voyelles, n° 3, soit plus simplement par une impulsion de la voix sur chaque note, n° 4, il y a division, il y a mesure; mais il n’y a pas proprement rhythme, parce qu’il n’y a pas matière suffisante à proportion dans le rapport de un à un.
Manières diverses de diviser les sons.