‹ Les mélodies grégoriennesChapitre 40 sur 55 · YM* 3 HK' ■ HH* 3 HH I · texte numérisé non relu

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Du rl)ptt)me mesuré.

La mesure parfaite ou ternaire n était pourtant pas la seule employée; on chantait aussi dans la mesure binaire. Pour indiquer d’après quel rhythme on avait à calculer les temps, sans avoir rien à changer dans la notation, on inscrivait au commencement de la ligne de chant un cercle O pour la mesure parfaite, et un demi-cercle C pour la mesure imparfaite; le cercle étant, d’après les philosophes, le symbole de la perfection. Le cercle imparfait C est resté en usage dans la musique pour indiquer la mesure binaire.

Parfois aussi dans un même chant, la mesure binaire et la mesure ternaire se trouvaient mélangées : dans ce cas on changeait la couleur des notes. Quand le copiste n’avait pas d’encre rouge à sa disposition il se contentait de limiter la note sans la remplir : de là est venu dans la musique l’usage des noires et des blanches.

Plus on avance vers l’époque moderne, plus on voit la valeur des notes se subdiviser; on ne se contente plus de la semi-brève , on invente la minime ; bientôt on subdivise encore celle-ci, et l’on a les croches , double-croches , etc. Même sans changer dans la pratique la mesure du chant, on substitue dans la notation les semi-brèves aux brèves , les minimes aux semi-brèves , les croches aux minimes ; il suffisait, pour la mesure, que ces notes conservassent entre elles les mêmes relations.

Dans l’écriture cursive, la note carrée ordinaire demeura carrée, mais la losange devint une ronde , la minime ou losange caudée rouge devint la blanche de la musique moderne, et la minime noire fut la noire ; on eut de la même façon les croches simples, doubles, triples, et quadruples. La valeur de ces notes, qui d’abord variait selon la position, fut peu à peu fixée d’une manière plus absolue. Le point, qui en divisant les modes ajoutait indirectement à la valeur de certaines notes, se retrouve également dans la notation moderne. Celle-ci, comme on le voit, est dérivée de celle du moyen âge.

Nous sommes loin d’avoir dit tout ce qu’il serait nécessaire d’expliquer, pour faire comprendre dans tous leurs détails les règles très -nombreuses par lesquelles les auteurs mensuralistes veulent apprendre à discerner la valeur des notes; on s’aperçoit facilement en lisant ces auteurs que souvent ils s’embrouillent

Mesure binaire.

Notes blanches et noires.

Notation musicale moderne.

Bes méloùtes grégoriennes.

Écueil de la science.

eux-mêmes, en oubliant parfois leurs propres principes, mais surtout en passant, sans s’en apercevoir, de l’abstrait au concret, ou du concret à l’abstrait. C’est du reste, dans les théories scientifiques et philosophiques, un écueil que le théologien luimême n’a pas toujours su éviter; nous ne devons pas nous étonner si les musiciens s'y sont heurtés plus d’une fois.

Ainsi donc, sans songer à inventer une notation propre à exprimer les prolations , les temps et les modes , les musiciens du moyen âge se sont ingéniés à les représenter au moyen des figures ordinaires du plain-chant; ce n’est qu’à la fin qu’ils se hasardent à modifier quelques-unes de ces figures. Il est facile de voir que les règles toutes scolastiques qu’ils donnent ne pouvaient guère être, même en germe, dans la théorie ou la pratique musicale de S. Grégoire. La nature de ces règles, la manière dont elles sont formulées, les raisons philosophiques,

Le rhythme des niensuralistesn'esi fias celui de S. Grégoire.

étymologiques, mystiques sur lesquelles on les appuie : tout cela reflète à merveille le génie de l’époque où elles ont paru; mais de supposer qu’elles expriment un rhythme subsistant depuis longtemps par tradition, de dire qu’elles reproduisent la méthode grégorienne, est-ce en vérité possible? Si l’on avait observé, dès le temps de S. Grégoire, les règles qui se sont formulées du douzième siècle au quatorzième siècle, pourquoi ces tâtonnements, ces changements qui, remarquons-le bien, ne portent pas seulement sur la manière de formuler les règles, mais aussi sur la manière d’exécuter le chant? L’étude des auteurs du moyen âge est très-intéressante à certains points de vue, pour connaître le génie de cette époque, ses habitudes et ses aptitudes pour la logique, la philosophie et la mystique; mais en ce qui concerne l’art musical, nous assistons alors à l’enfantement d’un art nouveau, celui de la musique moderne avec son rhythme, sa tonalité et son harmonie. Grâces soient donc rendues, pour la part qu’ils y ont prise, aux deux Francons, à Jean de Garlande, à Jerôme de Moravie, et aux autres; mais, lorsqu’il s’agit de chant grégorien, ce ne sont pas là les maîtres auxquels nous irons en demander le secret.

Ce n’est pas qu’alors ce secret fut perdu; car en même temps que les musiciens à la mode se livrent à des essais plus ou moins heureux de combinaisons rhythmiques ou harmoni-

Du rtjptïjme mesuré.

ques, on continue de chanter au chœur les Antiennes et les Répons de S. Grégoire à l’ancienne manière, sans s’inquiéter des temps ou des prolations, des modes parfaits ou imparfaits. En citant dans leurs traités des exemples de plain-chant, les mensuralistes n’entendent pas pour cela soumettre à leur système de rhythme les mélodies grégoriennes; le plain-chant dont ils parlent est celui dont ils font ordinairement la partie de basse dans leurs motets. Là, ils donnent régulièrement à chaque note une valeur de trois temps : ce qui n’a rien de grégorien. Mais ce qui l’est moins encore, c’est d’accoupler, comme ils le font, à des phrases de plain-chant des chansons profanes, souvent très peu décentes. Nous le répétons, à côté de ce plain-chant travesti, subsistait le vrai grégorien avec son rhythme libre et naturel. Nous devons ajouter qu’il existait également alors une autre sorte de musique mesurée, celle dont nous avons parlé à propos des hymnes. Nous allons, pour clore ce chapitre, donner une Séquence qui nous prouvera qu’au moyen âge l’inspiration musicale n’était pas éteinte. Nous y verrons les deux sortes de rhythmes admis dans la liturgie : dans les premières strophes, le rhythme fondé sur la symétrie des phrases, et aux deux dernières, le rhythme mesuré.

Séquence pour le temps de Noël.

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