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Octo sunt be-ati- tudines.
On ne peut trop admirer, dans le répertoire grégorien, la manière dont les diverses parties de chaque morceau se combinent et s’enchaînent, la physionomie propre qui a pu être donnée à chaque genre de chant et qui, sans nuire à l’expression spéciale à chaque mélodie, permet de distinguer un Introït ou une Communion d’un Offertoire, celui-ci d’un Graduel ou d’un Répons de Matines. Malgré la gêne que semblerait devoir imposer la réalisation de conditions aussi complexes, la mélodie se fond toujours avec le texte, fait avec lui un même corps, et se prête à tous ses mouvements, lui donne de la force, sans en perdre elle- même; et tout cela sans apprêt, sans prétention, sans moyens extraordinaires, avec les seules ressources de la gamme diatonique, et d’un rhythme toujours simple et peu apparent, quoique en réalité très-riche et très-varié.
Reproduisons ici à ce propos une page de Baini, traduite littéralement de son Mémoire historique et critique sur la vie et les œuvres de Palestrina. (Rome, 1828.)
“ Les mélodies véritables et anciennes du chant grégorien
. . . . , . . Témoigna
(quoique puissent dire et écrire contre mon assertion tous ceux ge de Baini. qui font de la musique) sont absolument inimitables. On peut les copier, on peut les adapter, Dieu sait comme! à d’autres paroles; mais en créer de nouvelles, aussi riches que les anciennes, cela ne peut se faire, cela ne s’est jamais fait.
” J e ne dirai pas que la plupart de ces mélodies furent l’œuvre des premiers chrétiens; que plusieurs sont de l’antique synagogue, et par conséquent nées, — qu’on me permette l’expression,
— quand l’art était vivant. Je ne dirai pas que beaucoup sont
Ca ratière propre de chacune des parties de la Messe ou de l ' Office.
Ües méloDtes grégoriennes.
l’œuvre de S. Damase, de S. Gélase et principalement de S. Grégoire-le-Grand, Pontifes singulièrement inspirés de Dieu à cette fin. Je ne dirai pas que plusieurs ont été composés par de très-saints et très-savants Moines, qui florissaient au huitième, neuvième, dizième, onzième et douzième siècles; et nous savons tous, relativement à leurs œuvres, qu’avant de les écrire, ils se munissaient de la prière et du jeûne. J e ne dirai pas, comme l’attestent tant de monuments conservés jusqu’à nous, qu’avant de composer un chant ecclésiastique les auteurs observaient la nature, le caraéfère, le sens des paroles et la circonstance dans laquelle ce chant devait être exécuté; classant ensuite les résultats de cette étude, ils déterminaient le mode ou ton correspondant soit pour l’acuité ou la gravité du chant, soit pour le mouvement ou le rhythme, soit pour la disposition des demi-tons, soit pour les allures particulières des modulations, soit pour la marche propre des mélodies. Ils distinguaient le caraéfère propre aux chants de la Messe de celui qui convient à l’Office : autre était le style de l’Introït, autre celui du Graduel ou celui du Trait; autre celui de l’Offertoire, autre celui de la Communion, des Antiennes et des Répons; différente aussi était la psalmodie après l’Antienne de l’Introït et la psalmodie dans les heures canoniales; différent enfin était le chant à exécuter par une seule voix ou par le chœur. Et tout cela, ils le circonscrivaient dans la limite de quatre, de cinq, tout au plus de six cordes; et quelquefois, mais bien rarement, entre sept et huit intervalles. Je ne dirai rien, je le répète, de ces choses en particulier; mais j’affirme que le chant ancien est admirable et inimitable par une finesse d’indicible expression, par un pathétique émouvant, par une simplicité toute naturelle; qu’il est toujours frais, toujours neuf, toujours vert, toujours beau; qu’il ne se flétrit pas, qu’il ne vieillit jamais.... tandis que les mélodies modernes arrangées ou surajoutées, depuis le milieu du treizième siècle jusqu’à nos jours, ne peuvent se faire entendre, sans que tout de suite elles apparaissent ce qu’elles sont, stupides, insignifiantes, fastidieuses, rugueuses et incohérentes. (Tom. i. p. Si.)
De ce que l’art moderne, comme le dit malheureusement avec trop de raison l’illustre maestro romain, n’a plus le secret de cette musique d’autrefois, faut-il en conclure que ce secret
Des psaumes, Ses antiennes et Ses répons.
soit perdu absolument et sans retour? Nous ne le croyons pas, et tout ce que nous avons exposé dans le cours de cet ouvrage témoigne, ce nous semble, du contraire. Il est vrai que pour reprendre goût au plain-chant, en retrouver l’esprit, et apprendre à en composer du nouveau qui ne soit pas trop indigne de l’ancien, il faut connaître celui-ci, et par conséquent l’étudier; le connaître et l’étudier en lui-même, tel qu’il est et non pas tel que l’ont fait soit les erreurs des copistes distraits ou maladroits, soit les retouches beaucoup plus déplorables de ceux qui depuis deux cents ans ont voulu mettre à la mode du jour l’œuvre des siècles. Or cette connaissance et cette étude sont possibles, disons mieux, sont faciles. Il est facile de restaurer, en quelque sorte note pour note, la phrase grégorienne, facile aussi de retrouver la manière de l’exécuter.
Et en effet, il nous reste heureusement encore des monuments assez nombreux et assez concordants pour reconstituer la plupart des morceaux du répertoire grégorien dans toute leur pureté primitive. Si à la longue quelques variantes se sont glissées même dans les manuscrits, si vers la fin, c’est-à-dire à partir du quatorzième siècle, la notation est moins soignée et la forme des groupes plus ou moins altérée; il n’en est pas moins vrai que, même à travers ces variantes et ces altérations, on reconnaît la phrase grégorienne. Comme exemple, voyons le le chant du Graduel de la Messe des Morts, tel que le donne le Sacerdotale Romanum auquel nous renvoie le Cérémonial des Evêques (liv. i. chap. 27.) et comparons-le avec la version des manuscrits.
Le secret du chant grégorien peut être retrouvé.
De nombreux documents ont conservé la note.
Graduel Requiem æ ternam
extrait du Sacerdotale Romanum, — (Venetiis, m.ccccc.xxiii.) approuvé par le Pape Léon X. (md.xx.)
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Des psaumes, ses antiennes et ses répons.
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Sans doute, comme nous le disions, il y a dans le Sacerdotale romanum quelques altérations; mais celles que nous donnent d’autres livres, que nous pourrions citer, sont bien autrement graves, et souvent plus sérieuses encore dans la pratique. Donnons un exemple de ce que devient une mélodie ancienne habillée à la moderne. Le chant de l’hymne au Saint-Sacrement, Pange lingua , était autrefois du troisième Mode; par suite d’une transformation déjà ancienne, nous le trouvons du deuxième, et c’est ainsi qu'il est noté dans le Sacerdotale Romanum. Nous le donnons ensuite en notes de musique, tel à peu près qu’on le chante à Rome actuellement.
Hymne Pange lingua
d’après le Sacerdotale.
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tris generô-si Rex effudit Génti-um.
Chant moderne du Tantum ergo.
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Tantum er - go sa - cra - mén - tum
Exemple de chant altéré.
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de - fée - tu-i. lau-dâ-ti-o. A-men.
Hymne ancienne à S. Grégoire.
A propos d’hymne et pour revenir à une musique d’un caractère vraiment beau et vraiment grégorien, nous ne résisterons pas à la tentation de donner ici un chant en l’honneur de S. Grégoire lui-même, où l’on reconnaîtra une mélodie actuellement en usage en beaucoup d’ Eglises, pour l’hymne des Apôtres, Exsültet , avec des variantes motivées par la différence du mètre, et par conséquent légitimes, bien qu’elles enlèvent, ce nous semble, quelque chose à la mélodie primitive.
Gre-gôri- us præsul méritis ortuque venus- tus,
Anglôrum Domino gen-tem péperit
luculéntam.
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Remédi- um præstans magnum préci-bus miserô- rum,
Des psaumes, ses antiennes et Des répons.