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E sinistre gredin dut sa réputation à un crime; c'est par le crime qu'il la soutint. C'était un homme de bonne taille, à la barbe et aux cheveux noirs et soyeux, à l'œil vif, à la physionomie intelligente, ayant jolie figure mais fatiguée, brisée, chargée de rides précoces par une vie de débauches de toutes sortes.
Il est né à Essonnes (Seine-et-Oise) en 1841, ne reçut qu'une instruction très-incomplète, fut mécanicien à Chàlons-sur-Seine, puis chauffeur sur la ligne du chemin de fer de Paris à Lyon, et en dernier lieu vint se fixer à Paris, où il travailla de son premier métier.
Fainéant et débauché, jouissant d'une certaine intelligence, il se donna bientôt à la politique, s'afïïlia à l'Internationale en 1869 et fit partie sinon d'un complot comme l'en accusa la police, du moins d'une société qui s'occupait de poli-
tique. Un mandat d'amener fut lance contre lui au mois de mai 1870.
Les agents chargés de son arrestation se présentèrent chez lui un peu avant six heures du matin, heure à laquelle seulement peuvent commencer légalement les arrestations. Mégy, qui connaissait la loi, déchargea un pistolet sur les agents, tua un nommé Mourot et blessa le commissaire de police.
Ce fut un énorme esclandre dans la presse et dans l'opinion fort tendue à cette époque par l'approche du plébiscite. Les honnêtes gens s'émurent; quelques exaltés révolutionnaires, Delescluze en tète, tirent l'apologie du crime. Mégy, traduit devant la haute cour de Blois, fut condamné à quinze ans de travaux forcés. En fouillant, on trouva chez lui des vers comme Lacenaire en aurait pu faire ; une pièce entre autres, — pièce contre les propriétaires, — se terminait par ce vers :
Ces lâches crèveront ne pouvant pas mourir.
La révolution du 4 septembre l'arracha de Toulon. Mégy revint à Paris et fut nommé porte-drapeau dans un bataillon de la garde nationale, le 74% croyons-nous. L'assassin se
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croyait des droits à la reconnaissance du peuple; il posait en Harmodius et voulait qu'on lui parlât comme à une notabilité du parti républicain. Ayant eu des démêlés avec son chef de bataillon, il le souffleta, fut traduit pour ce fait devant un conseil de guerre et condamné encore à deux ans de prison.
Délivré de nouveau par la révolution du i8 mars, Mégy fut chargé par le Comité central d'aller avec Landeck et Amouroux soulever la province. Les trois personnages se rendirent à Marseille, s'abouchèrent avec Crémieux et les fauteurs des désordres qui venaient d'éclater dans celte ville, et essayèrent d'y établir la Commune. Le projet ayant échoué devant la fermeté du général Espivent, Mégy parvint à s'échapper et à regagner Paris, où il fut nommé commandant du fort d'Issy.
Mais le meurtrier ne brillait pas précisément par la bravoure. En dépit de son passé et de la conliance qu'on avait en lui, Mégy, que gênait horriblement le sifflement des obus, évacua le fort malgré les ordres formels de Rossel, qui le fit mettre en arrestation. Cette aventure porta un rude coup à la réputation de Mégy, qui ne reparaît plus que le 22 mai. Il était avec le général Eudes établi à la Légion d'honneur; le
misérable ordonna et alluma lui-même les incendies de la rive gauche de la Seine. En compagnie du louche Millière, digne acolyte de ce scélérat, il parcourut la rue de Lille, la rue de Verneuil, laissant partout les flammes derrière lui.
Le brigand, d'après une version, aurait le jour même trouvé la mort sur une barricade de Montrouge. D'autre part on le dit en fuite.
OKOLOWICZ,
E peu de renseignements certains que nous avons pu recueillir sur Okolowicz le présente sous un jour encore moins favorable que Dombrowski. Dombrowski avait gardé une certaine élégance , un certain décorum suffisant encore à indiquer un noble en déconiiture; Okolowicz, lui, tour à tour saltimbanque, acteur, directeur de café-concert, pianiste et marchand de chaussures, fut partout voleur et partout méprisé. C'était un petit homme à la figure méchante et intelligente; ses sourcils fortement prononcés et d'un noir
OKOLOWICZ.
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superbe lui donnaient un air farouche qu'il se plaisait à augmenter encore en faisant papilloter ses narines qui étaient d'une extrême mobilité.
Né en 1838 et le premier de dix-sept frères, dit-on, il vint avec toute sa famille, père, mère et frères, se fixer en France après la grande insurrection de 1 863 . Il chanta d'abord au théâtre de La Tour d'Auvergne, brocanta un moment des chaussures , essaya de relever le Casino- Cadet, et tira le plus clair de ses revenus de quelques opérations de nature douteuse et des leçons de piano qu'il donnait.
Il servit, pendant la campagne de France de 1870-71, en qualité de sous-officier d'un corps franc, et revint à Paris lorsque éclata la Commune.
Il connaissait, paraît-il, très-particulièrement le passé des deux généraux Cluseret et Dombrowski, passé que tous deux cherchaient à effacer. Aussi Okolowicz obtint-il le grade de colonel et le commandement d'Asnières, qu'il demanda; mais d'autre part, on chercha à se débarrasser de lui, trois fois on essaya de l'assassiner, la troisième fois c'était à Asnières même. ÎDombrowski envoya à la Commune cette énigmatique dépêche : « On vient encore de donner
l'assaut sur Okolowicz. » On crut qu'il s'agissait du corps d'armée Okolowicz, c'était du colonel simplement.
Il se montra pendant son court passage à Asnières d'une bravoure vraiment folle ; il se plaisait à rester sur le pont d'Asnières, au plus fort du bombardement; il y fut blessé le 19 avril.
Transporté au palais de l'Industrie, il y était encore le 23 mai, quand nos troupes s'emparèrent des Champs-Elysées. Le saltimbanque qui avait renié notre hospitalité fut passé par les armes.
RAZOUA.
AZOUA est du Midi. Sa tête presque chauve, ses yeux vitreux, cerclés, gonflés, son épaisse et longue barbe, ses joues creuses, sont bien connus de quiconque est allé une ou deux fois au café de Madrid, où ce législateur allait chaque jour oublier les soucis du pouvoir au milieu des fumées de sa pipe.
Cet homme avait passé sa vie en Afrique. Sa
RAZOUA. 3<îi
nature indolente lui avait fait aimer l'Algérie, et il était depuis peu en France, lorsque ayant fait la connaissance de Tony Révillon, celuici, charmé de ses récits orientaux, l'engagea à les publier. Les Souvenirs d'un Spahi^ publiés par A. Faure, sont les débuts de Razoua en littérature. Pleine de verve, un peu sèche, sa manière de conter séduit et entraîne.
Il lit quelques articles dans la Vie parisienne et dans le "Pilori^ et essaya du journalisme politique dans le Réveil de Delescluze, avec lequel il s'était lié au café de Madrid. Il fut chargé de la chronique militaire et de cette propagande antigouvernementale que les journaux démocratiques avaient alors entreprise dans l'armée.
Il fut impliqué dans le complot qui fut jugé à Blois et lit sept mois de prison préventive. Nommé commandant du 6i^ bataillon, il prit part au miouvement du 31 octobre, fut cassé de son grade et revint à la rédaction du Réveil.
Il fut élu membre de l'Assemblée nationale aux élections du 8 février 1871, et donna sa démission en même temps que Delescluze, qu'il ne quittait point. Il fut nommé par la Commune chef de l'École militaire et reprit le commandement de son bataillon après le 18 mars. Il se battit comme un brave dans les journées des 4 et
5 avril à Meudon, à la tête de son bataillon, et ne joua plus après qu'un rôle des plus effacés.
Il fit cependant encore partie de la cour martiale. Razoua n'était pas un homme politique. C'était un vieux soldat qui s'égara dans le journalisme et se perdit complètement dans la politique, mal dirigé par les amis qu'il fréquenta.
Il parvint à gagner la Suisse où il fut arrêté, mais les autorités de Genève refusèrent de le livrer à la France et le relâchèrent.