‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 110 sur 142 · ROSS EL · texte numérisé non relu

ROSS EL

'est bien là le plus étrange personnage de cette galerie oii se rencontrent tant d'étrangetés. Cet homme, tout jeune encore, qui sembla un moment relever Finsurrection chancelante et assurer son succès, qui passa dur, impérieux, intraitable, antipathique à tous, mais entouré de cette puissance que donnent une volonté de fer, une inaltérable confiance en soi, cet homme eût certainement laissé un renom mystérieux de génie non deviné, si sa bizarre odyssée n'avait sottement fini entre les deux gendarmes qui Font mené à Versailles.

ROSSEL. i6i

C'était une maigre tête comme celles que les peintres font aux partisans huguenots : les joues osseuses, les moustaches et la barbe épaisses, les lèvres fines et serrées, un peu railleuses, le nez légèrement aquilin, le front carré et les yeux resplendissant d'un feu qui semblait consumer et amaigrir toute sa personne.

Sa soudaine fortune lui avait fait perdre toute la grâce de la jeunesse; il allait pesamment, comme infatué de son commandement, et affectait la brièveté dans la parole et la raideur dans les gestes. Sous des dehors de désintéressement se cachait Tambition profonde d'un esprit un peu superstitieux croyant à sa bonne étoile et pensant commander aux événements eux-mêmes par cette croyance à la prédestination.

Le sort des Rienzi, des Masaniello, des Bonaparte, de ces aventuriers dont un événement extraordinaire jette tout d'un coup d'une façon éclatante le nom à la face du monde, dut être l'envie de son enfance, car il essaya de se modeler un caractère sur le patron de ces grands hommes, visa à l'héroïque et chercha à se tenir prêt, certain qu'il était que la fortune tôt ou tard lui donnerait à lui aussi le moyen de s'illustrer. Cette ambition précoce ne laissa point de donner une teinte d'aberration à son esprit^

iô^ LES OFFICIERS DE LA COMMUNE.

et lorsqu'il lui arrivait de sortir de son mutisme orgueilleux et de faire part de ses projets à ses camarades de l'école ou de l'armée , il devait leur paraître d'une exaltation qui frisait la folie.

Une chose distingue Rossel des aventuriers qui furent ses compagnons d'armes : c'est Thonnêteté dans l'ambition. Il ne voulait point de ces réputations que les Cluseret, les du Bisson cherchaient à acquérir tout en volant des moutons ou en trichant sur des achats pour vivre. Cluseret avait l'ambition du pouvoir, Rossel n'avait que l'ambition d'un grand nom, d'un nom glorieux. Etre célèbre, occuper le monde de soi. De là ces manières franches et carrées, cette réponse au colonel Leperche, réponse dans laquelle Rossel voulait imiter l'héroïsme antique; cette punition de Wetzel pour une simple illégalité, et cette démission finale si nettement formulée ; ces allures de Spartiate en un mot qui firent croire à du cabotinage et qui n'étaient que le fait d'un ambitieux exalté, qui pour être un grand homme cherchait à faire grand.

Rossel est né à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) en 1844. Son père était un chef de bataillon en retraite et sa mère était Anglaise. Il alla au prytanée de la Flèche et acheva ses études mili-

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