CLEMENCE
LEMENCE fut à la fois l'un des plus intelligents et l'un des plus dignes membres de la Commune. Il sut comprendre que les mesures extrêmes ne feraient que précipiter la chute de l'insurrection et on retrouve son nom constamment dans les votes modérés. C'était un homme de quarante ans, relieur de son état, mais instruit et sachant se servir de son instruction, ayant fait un livre et même essayé un journal.
Son livre : Les Expositions de l'industrie de ijg8 à 1862 est remarquable d'érudition ; son journal : Revue de la reliure et de la bibliophilie était trop spécial et n'eut que quelques numéros. Nommé le 26 mars membre de la Commune par 8.163 électeurs du 4^ arrondissement, les excentricités de ses collègues le dégoûtèrent bientôt et il se retira dans sa mairie.
Cependant il parut dans les grandes occasions et parla toujours intelligemment. Il demanda que les élections ne soient validées qu'à la majorité absolue : « Afin de maintenir haut et ferme
Tautorité de la Commune, dit-il, je vote contre les conclusions du rapport. »
Il demanda également que les commissions où les individualités trop personnelles amenaient de déplorables débats fussent remplacées par un unique délégué : « Afin, dit-il, de centraliser les pouvoirs. » Il fut nommé lui-même délégué à la justice le 21 avril.
Il ûî encore partie de la commission chargée de surveiller la destination des objets d'art trouvés chez M. Thiers et se souvint alojs de son ancien métier : (( La collection Thiers, dit-il, se compose de richesses bibliographiques pour la conservation desquelles je demande qu'on nomme une commission. » Il ajouta modestement: u Et je demande à en faire partie. )>
Sa douceur lui a valu une obscurité qui le sauvera peut-être. On s'est peu inquiété de lui sous la Commune, tant qu'on Ta vu rester parmi les attiédis, et maintenant plus que jamais toute l'attention se reporte sur les plus exaltés de la bande.
On ne sait ce qui lui est advenu.