‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 39 sur 142 · FORTUNE · texte numérisé non relu

FORTUNE

vI)^tH oî^tuné est né à Toulouse vers 1830. ^ >Jy4^ C'était comme on voit un Gascon et <J3^CJI tout aussi bien que Meillet, son compatriote, il en avait toute la jactance, toute la gouaillerie, toute la vivacité.

Il avait été proxénète. Officier dans la garde nationale pendant le siège et recrue de l'Internationale, ces deux titres le firent nommer membre

du Comité central, où il se montra d'un caractère assez doux. Il demanda que les négociations fussent reprises et poussées activement pour amener un compromis avec le gouvernement.

11,354 électeurs du 10* arrondissement le nommèrent membre de la Commune, le 26 mars. Il ûî partie de la commission chargée de statuer sur les élections complémentaires, fut nommé membre de la commission des subsistances, demanda que le nombre et le traitement des employés de l'assistance publique soient diminués •et vota pour le Comité de salut public.

C'était un homme de belle taille, pimpant, élégant, le visage rose, mais, particularité curieuse, les cheveux tout blancs. Il aimait à parader et penchait vers la vantardise et le clinquant. C'était une sorte de d'Artagnan, moins l'intelligence.

Il a été arrêté à Marseille au moment où il s'enfuyait.

FRANCKEL.

FRANCKEL.

ERNiÈRE honte et la plus sanglante!

ces hommes qui renièrent le drapeau national mirent à leur tête un de ces Allemands qui montaient encore la garde aux portes de Paris. Un Prussien, un Berlinois eut l'audace de poser sa candidature dans la ville que ses congénères venaient d'affamer, et, monstruosité sans nom, il se trouva assez de renégats pour le nommer.

Ce Prussien, c'est Franckel : un lourd et roide Germain aux cheveux d'un blond presque châtain, au nez saillant; figure épaisse, méchante; va-nu-pieds chassé de son pays, recueilli chez nous, et qui nous paya en monnaie d'Allemand. Né en 1843, Franckel apprit le métier de bijoutier, fut incorporé dans l'armée prussienne en 1864 et vint tenir garnison à Kœnigschwartz, en Silésie. Là, il connut Bebel et Jacobi, détenus dans la forteresse, l'un pour son Essai sur V avenir des travailleurs y l'autre pour sa brochure : De la Guerre civile. Ces vieux révolutionnaires firent du jeune soldat un socialiste convaincu qui

lit bientôt de la propagande militante et s'affilia à la Marianne et à la Société des amis de la liberté. Quand l'Internationale absorba ces deux associations, Franckel en lit naturellement partie et fut un des instigateurs les plus ardents du mouvement international en Allemagne. Il lit un voyage à Londres et y fut nommé membre du conseil fédéral.

Poursuivi par la justice allemande, il se réfugia en France et fut, pour l'Allemagne, délégué auprès des sections parisiennes en 1867. Etabli à Lyon, il fut avec Richard le fondateur de la section lyonnaise, puis il revint à Paris, se mêla de politique antibonapartiste, comparut devant la haute cour de Blois pour délit de société secrète et fut condamné à deux mois de prison et à 25 francs d'amende. C'est dans ce procès qu'il étonna le tribunal par ses connaissances en économie politique et qu'il appela le capitaliste un loup et l'Internationale un agneau : agneau à grandes dents qui pourrait bien manger le loup si le loup n'y prend garde.

Il fut, pendant le siège, orateur assidu et applaudi du club de la Reine-Blanche, eut un des premiers l'idée du Comité central, se mêla au 31 octobre et fut blessé à l'épaule au 22 janvier, pat hasard du reste et légèrement.

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Il signa toutes les affiches du Comité central, dont il était un des membres les plus capables, et fut délégué à la commission de l'échange et du travail, place qui lui fut conservée par la Commune.

Il s'exprimait assez difficilement, parlait longuement, ennuyait ses auditeurs de termes techniques et ne souffrait ni signes d'impatience ni contradicteur. Un jour il se prit de querelle avec Delescluze — l'antre communeux n'était pas tout à fait le séjour de la concorde; — et comme Delescluze le menaçait : « Vous êtes Delescluze, lui dit-il, et bien moi je suis Franckel, et je me f... de vous », lui cria~t-il avec cette élégance de ton dont le Père Duchêne donnait la gamme.

Il était intimement lié avec Serailler et Malon et tous trois se soutinrent réciproquement dans les discussions de la Commune. Franckel vota pour la non-considération des abstentions et se sépara de ses amis en restant avec la majorité. Son argument favori était que la révolution, faite par les ouvriers, devait être favorable aux ouvriers. Il présenta et soutint le décret sur le travail de nuit et fut chargé du rapport sur les achats d'habillements et d'équipements.

On le dit tué.

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