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MARTELET

(r ô^td iT des enseignes de marchands de vin ^ ^4v^ ^^ étudia la politique au cabaret. Peu l^^-^'^^, d'intelligence, point d'instruction, démocrate pour toute qualité. Ce gamin auquel la barbe n'avait point encore poussé se crut capable de régir la société et l'eût été si l'ambition faisait le talent.

Engagé volontaire dans le 103^ bataillon de marche pendant le siège, membre de la Société des libres penseurs, ami de Sappia et son com-

pagnon au 22 janvier, voilà tous les titres de Martelet. Il est inouï que les idées égalitaires aient perverti le peuple au point que le premier souillon ramassé dans le ruisseau puisse se croire un législateur !

Le 26 mars 5,927 électeurs du 14^ arrondissement nommèrent Martelet membre de la Commune. Il y eut la spécialité des enterrements et fut délégué à ceux de Pierre Leroux et des victimes des premiers combats d'avril. Brailla aux séances mais n'y dit jamais rien.

On l'a vu en Suisse.

MELLIET.

A plupart des communeux avaient tant crié : « Plus d'avocats ! » qu'on en croyait la race soigneusement éloignée de l'Hôtel de ville. Point du tout, en voilà un encore, il est vrai qu'il l'était si peu!

Léo Melliet est né à Lévignac dans le Lot-et- Garonne, vers 1840 ou 1841. C'était un enfant plein d'intelligence et d'une remarquable mémoire. Il est bon de remarquer que ces réno-

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vateurs ont été dès leur jeunesse infatués de leur personne. De faciles succès sur les bancs de récole, quelques prix de plus que les camarades quand viennent les distributions, voilà ce qui a fait naître ce grain de vanité qui se développe et devient rapidement une vaste ambition que des talents fort ordinaires ne peuvent plus faire pardonner.

C'est le cas de Melliet. Ayant fait ses études au collège de Miramont et s'étant maintenu le premier dans sa classe, il s'illusionna au point de se croire du génie, illusion entretenue par des parents idolâtres de leur fils. Le père était un modeste boulanger, le fils voulut être avocat, mieux peut-être, et vint à Paris.

Le provincial reconnut bientôt combien était vaine sa réputation de savant faite dans un village, et, effrayé du travail nécessaire pour arriver à une instruction solide, il abandonna bientôt et ses études et ses projets pour se jeter dans la vie politique et pérorer dans les réunions.

Il fut obligé pour vivre d'entrer comme clerc chez un avoué. Il passait la journée dans Tétude de cet avoué, mais le soir on le voyait redevenu lui-même, lançant quelques phrases bien sonores et bien vides dans le coin d'un cabaret

OÙ il avait réuni trois amis. Il était nécessairement voué à l'Internationale et ne manqua pas de s'y affilier en octobre 1870. Il fut un orateur assidu des clubs de la rive gauche pendant tout le siège. Melliet était méridional aussi bien de personne que de naissance. C'était un vrai Gascon, plus loquace qu'éloquent, plus bravache que brave, vaniteux, pointilleux, ayant un accent prononcé qui agrémentait ses discours. Il parlait avec une grande rapidité, sautillant dans la tribune, éclatant tout à coup, se démenant comme un moulin à vent, accompagnant de gestes chacune de ses paroles, coupant l'espace horizontalement ou verticalement selon qu'il demandait une mesure radicale ou quil parlait d'égaliser, frappant du poing sur la balustrade, le tout avec un tel entrain, une telle vivacité comique, que l'auditoire, empoigné par cette exubérante animation, riait, gesticulait aussi et finalement écoutait avec sympathie.

Melliet signa l'afhche rouge de la tin de décembre 1870 demandant la mise en accusation du gouvernement et lit quelque temps de détention préventive à cette occasion. Le tribunal l'acquitta.

Il fut le 26 mars nommé membre de la Commune par le 13'' arrondissement, dont il était

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l'adjoint depuis le 5 novembre. Il siégea parmi la majorité; ses violences, sa jactance lui valurent un rôle assez considérable dans la Commune. Il prit souvent la parole et vota pour la validation des élections complémentaires et pour le Comité de salut public.

Il lit partie de la commission de justice et de la commission chargée de reviser les jugements de la cour martiale. Le 2 mai il fut nommé membre du Comité de salut public et, le p du même mois, gouverneur du fort de Bicêtre. Le 17 mai, le Comité de salut public, dont il avait cessé de faire partielle nomma commissaire ci\il auprès du général Wrobleski , commandant les forces du Sud.

Il déclara dans son discours aux francs-maçons, le 29 avril, que la seule musique quon pût écouter jusqu'à la paix définitive était la Marseillaise.C'tsX lui qui demanda la destruction de la chapelle Bréa — « insulte aux vaincus de toutes les révolutions », dit-il.

Léo Melliet est sorti de Paris dans de bien dramatiques circonstances.

On se souvient qu'au commencement de l'insurrection M. Turquet, député, et les généraux Langourian et Chanzy furent arrêtés par les fédérés. Ces personnes durent leur liberté et

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peut-être leur vie à l'intervention de Melliet, qui parvint à les faire sortir de prison.

Quand la Commune fut renversée et ses membres traqués, Melliet se présenta chez M. Turquetetlui dit: a Je vous ai sauvé, sauvez-moi.» M. Turquet le tint caché chez lui en le faisant passer pour son secrétaire pendant une quinzaine de jours. Puis il lui procura un passeport belge à l'aide duquel Melliet parvint à quitter la France.

M. Turquet est un galant homme et Melliet un heureux scélérat.

MIOT

'était une noble tête de vieillard, dit-on dans la Tour de Nés le ^ ainsi était Miot. Une figure taillée à Tantique, régulière, énergique, rendue sévère par une longue barbe blanche et un vaste front poli, un peu dégarni par Fâge. Le masque seul était noble, la iigure seule avait vieilli. Ce masque respectable logeait toutes les folles inexpériences de la jeunesse. La conduite mi-

MIOT

sérable du vieillard devait salir ces cheveux blancs si tièrement portés !

Il existe une certaine corrélation de caractère entre Miot et Delescluze. Tous deux étaient aveuglés par une intense passion pour 93, tous deux souffrirent à cause de leur aveuglement et tous deux par cet aveuglement même en arrivèrent au crime. Mais Delescluze professait un profond respect pour la forme et comptait avec le droit; Miot, au contraire, ami et disciple de Blanqui, faisait litière de toutes choses et tendait aveuglément à son but par les moyens les plus inavouables et les plus violents.

Il entrait beaucoup de sentiment dans la conviction de Miot, ce qui le rendait plus fanatique encore que Delescluze. L'un fut amené au radicalisme par une fausse logique, l'autre par la haine. C'est sa haine contre Dupin qui jeta Miot dans l'extrême montagne de 48, haine reportée sur les amis de Dupin et sur le gouvernement qu'il servit.

Jules Miot naquit dans la Nièvre en 18 10, iit ses études, apprit la médecine 'et se trouvait pharmacien à Moulin-Engilbert en 1848. Il fut alors nommé aux élections pour la Constituante dans son département et, comme nous l'avons dit, siégea parmi la gauche extrême.

Déporté en 1851, il resta sur les frontières du Maroc jusqu'en 1856, obtint alors de pouvoir parcourir librement l'Algérie et vint se fixer à Alger, où il lit de la photographie pour vivre. L'amnistie de 1859 lui permit de rentrer en France. II ne s'y tint point tranquille. Trop vindicatif pour oublier ses souffrances , trop impatient pour essayer de combattre l'Empire avec les armes qui lui étaient laissées, il se mit à conspirer, s'aboucha avec Blanqui, prit la direction du parti blanquiste lors de l'arrestation du maître et fut arrêté lui-même, en 1862, sous l'inculpation de délit de société secrète.

Les débats mirent au jour le caractère farouche du pharmacien et ses sanguinaires théories; on trouva chez lui un livre manuscrit intitulé Devoirs d'un républicain^ où l'assassinat et l'insurrection étaient commandés comme une obligation. On voit que Miot était communeux bien avant Fépoque. Il fut condamné à trois ans d'emprisonnement et passa en Angleterre à l'expiration de sa peine.

Dans le grand repaire des transfuges, Miot se lia avec la plupart des internationaux, assista aux meetings de l'Association, y prit même la parole et ne tarda point à s'affilier comme la plupart des réfugiés politiques français.

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Revenu à Paris après la révolution du 4 septembre, il se créa une petite célébrité de club pendant le siège, se porta candidat aux élections du 8 février 1871 et fut, le 26 mars, nommé à la Commune par 5,520 électeurs du 19^ arrondissement.

Bien loin de porter à la Commune la sagesse que l'expérience aurait dû lui donner, Miot se montra haineux, violent, insensé. Il lui fallait du sang à ce cerveau vide : — « Moi qui ai tant souffert », disait-il. Ce fut une orgie de parodies sinistres où se complurent Delescluze et lui. Miot proposait le Comité de salut public, Delescluze le soutenait; Miot demandait qu'après les édifices on abattît des têtes et Delescluze consentait; et tous deux, heureux de pouvoir imiter en£n, singes contents d'avoir fait comme leurs maîtres de 93, après avoir, décrété Tincendie et l'assassinat se congratulaient, se disaient qu'ils agissaient et se demandaient si bientôt — misérables pécores — ils seraient à la hauteur des montagnards qui leur inspiraient ces vieux crimes parodiés. Il faut dire cependant qu'il demanda l'abolition de l'emprisonnement cellulaire, dont il devait connaître tous les désagréments.

Miot fut arrêté dans la prise de Paris. On

raconte qu'il avait caché un tronçon de baïonnette dans sa poitrine et quil essaya d'en frapper un des soldats qui le conduisaient. Il aurait été fusillé à la suite de cette criminelle tentative.

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