LONGUET
chissement du travailleur ou quelque bonne morale et que les patrouilles matinales relevaient ivre-mort sur le pavé.
Il collabora à la Rue et au Peuple de Vallès, subit une nouvelle condamnation pour délit politique et s'enfuit en Belgique, où il assista au troisième congrès de l'Internationale en qualité de délégué des sections de Caen et de Condé-sur- Noireau. Il avait déjà assisté à celui tenu à Lausanne en 1867. Il ne revint en France qu'après le 4 septembre et alla passer quelques jours à Caen, auprès de sa mère, qui vit encore.
Enfermé dans Paris pendant le siège, il parvint à se faire nommer commandant du 248^ bataillon et fut cassé de son grade après le 31 octobre, dont il se mêla. Il se tint au courant des agissements du Comité central, se porta candidat aux élections du 26 mars , n'obtint que 1,095 ^'^^^ ^^^^ ^^ 5^ arrondissement et alla alors s'installer à l'Officiel, qui fut le sujet d'une longue dispute entre Lebeau déjà établi et lui. Longuet, impatienté, trancha la chose en faisant arrêter Lebeau. Fainéant plus que jamais, il se vit reprocher de laisser passer des fautes de français da.ns l'Officiel de la Commune et de ne point en contrôler la copie. Aussi fut -il bientôt remplacé par le bossu Vésinier.
ij4 LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
Candidat de nouveau aux élections du i6 avril, il obtint 1,058 voix dans le 16^ arrondissement et vint siéger à la Commune. Il se rangea parmi les modérés. Longuet avait un talent oratoire vraiment remarquable; son instruction était sérieuse, car il avait beaucoup travaillé à son arrivée à Paris, et il connaissait a fond les divers systèmes socialistes. Il était trop sceptique, trop railleur pour être fanatique et violent; il était, du reste, d'une nature assez douce et ne comprenait ni la terreur inutile ni les représailles. Il tança vertement Rigault, qui faisait de la suppression du secret une question de cabinet pour lui : (( Il faut accepter sa démission, dit-il, il ne saurait être question ici de personnalité. » Il \'ota contre le Comité de salut public. Il fut délégué pour visiter les gardes nationaux dans leurs postes et lieux de réunion le 24 avril et fut nommé membre de la commission de révision des arrêts de la cour martiale le 25 du même mois.
Il paraît certain qu'il a été fusillé.
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MALON
ALON est sinon l'un des plus remarquables du moins l'un des plus célèbres internationaux. C'est un des fondateurs de l'Internationale parisienne, et c'est à ce titre surtout qu'il doit sa réputation. Apte aux affaires, mais peu intelligent au fond, il suppléait à son. manque total d'instruction par le génie de Tintrigue dév^eloppé chez lui au plus haut degré. D'un esprit sournois et retors, il se plaisait dans les manœuvres demioccultes de l'Internationale, aimait à préparer sourdement ces grèves ouvrières qui, éclatant tout d'un coup, faisaient croire à une puissante intelligence directrice. Il n'était ni moins haineux ni moins méchant que ses collègues, car il était tout aussi laid qu'eux et avait autant souffert , mais sa vengeance partait de plus haut; il ne s'épuisait point en vaines criailleries, en violences intempestives et dangereuses, il mettait tout son temps et tout son génie à préparer cette révolution grandiose qui devait à la fois abattre les riches et les heureux, objets
de SCS haines, et porter son nom jusqu'aux nues — ce rêve de toutes les vanités foulées. Aussi vit-il avec tristesse ses collègues compromettre le succès de cette révolution commencée, et se rangea- t-il parmi la minorité. Sa modération doit être attribuée bien plutôt à un profond calcul qu'à une réelle douceur de caractère. Il était affligé d'un bégaiement assez prononcé pour lui empêcher tout long discours.
Malon est né en 1841, dans le Forez, de parents pauvres qui ne purent lui donner l'instruction que devait réclamer sa position future. Il dut gagner sa vie de bonne heure et, comme les enfants des classes pauvres , n'eut point d'enfance réelle. Cette dure destinée lui iit un précoce bon sens dont il donna plus tard des preuves. Mené sévèrement, impitoyablement même, par ses premiers maîtres, il acquit promptement ce talent de dissimulation et cette sournoiserie mélancolique qui devaient faire le fond du caractère du conspirateur que nous avons connu.
Il fut d'abord garçon de peine, puis ouvrier teinturier. Plus que tout autre il avait connu les misères des classes ouvrières; aussi le voyonsnous dès 1865 s'aboucher avec Murât, Varlin et Tolain, pour chercher un remède efficace
MALON. 137
aux vices d'organisation de la société. Il alla au congrès international tenu en 1866 à Genève, fut impliqué dans le premier procès de l'Internationale en 1868 et condamné à trois mois de prison.
Il s'occupa spécialement de l'organisation de l'Internationale dans les grands centres du Nord, à Lille, à Tourcoing, à Roubaix, et fut, sous le couvert du nom d'Assi, l'un des principaux organisateurs de la grève du Creuzot, où il était allé comme correspondant de la Marseillaise.
Il était secrétaire correspondant de Tune des sections parisiennes auprès du Conseil fédéral de Londres, et avait reçu des pouvoirs extraordinaires pour la réorganisation et la propagation de l'Internationale en 1869. Il essaya en vain d'entraîner la société sur le terrain politique, en proposant au comité antiplébiscitaire de la presse de recevoir l'adhésion de l'Internationale. Le comité refusa.
Arrêté de nouveau en mai 1870, il fut traduit devant la haute cour de Blois et condamné à un an de prison et à 100 francs d'amende. On peut avoir une idée de l'activité que ce grand propagateur avait déployée par le passage suivant d'une lettre lue dans le procès :
(( Combien faut-il avoir fondé de sections en
province pour mériter une couronne civique, écrivait-il à Combault? S'il n'en faut que vingt, j'espère la gagner. »
Après la révolution du 4 septembre, Malon fit partie de la municipalité provisoire du 17^ arrondissement, et fut, le 6 novembre 1870, élu adjoint par 1,787 électeurs. Nommé aux élections du 8 février 1871 membre de l'Assemblée de Bordeaux par 117,483 voix, il donna sa démission après le 18 mars et vint prendre la direction de la municipalité du 17^ arrondissement.
Il fut élu membre de la Commune par 4,199 voix le 26 mars, toujours dans le 17^ arrondissement. Il parla peu dans les séances, à cause de son infirmité. Ce n'est jamais sans être furieux et donner du poing sur les murs qu'il sortait de iHôtel de ville. Plus perspicace que les hommes qui l'entouraient, il voyait Tabîme dans lequel allait rouler la Commune^ qui se tuait par ses violences; il se rangea du côté de la minorité et protesta plusieurs fois contre les brutalités de ses collègues. II. demanda que la municipalité du 8*^ arrondissement qui avait laissé piller l'ambassade de Belgique fut blâmée et réclama la révision des marchés passés par les délégués communaux.
MARTELET. IJP
Il vota contre le Comité de salut public et signa le manifeste de la minorité.
Trop prudent pour se battre et trop politique pour essayer de la persuasion à coups de fusil, il se tint éloigné du champ de bataille et essayait de s'enfuir par le chemin de fer du Nord sous le costume d'un chef de gare, lorsque son nez tortu, sa mine maussade et son air mystérieux le firent reconnaître et arrêter,
Malon a fait des poésies socialistes sur les prolétaires en grève.