RIGAULT
regrettent la jeunesse, Rigault désira la vieillesse. Blanquiste furibond, quand il pérorait, on riait; quand il parlait de révolution sociale, on riait encore; quand il parlait de couper des têtes, on riait toujours. Comment croire à la parole d'un fou de vingt-quatre ansr^
Ce fut là son supplice. Aussi, sitôt que la révolution lui eut mis un pouvoir dans la main, il frappa à tort et à travers, cherchant par la terreur cette réputation d'homme sérieux que ses talents n'avaient pu lui acquérir. A son tour, il rit des rieurs, se moqua de ses maîtres, affecta déparier avec sans gêne, et de sa préfecture, qui devait être le refuge de la morale, il fit un antre où des gouines vinrent installer leurs orgies. Il essaya de prouver au monde qu'il n'avait pas tort en souffletant cette morale dont on l'avait tant ennuyé.
C'est à sa jeunesse qu'est due sa férocité, c'est à ses antécédents qu'il dut sa position. Echappé de la maison paternelle, fondateur et rédacteur du Critique, qui ne critiqua rien, et pour ce mourut de venin rentré, coureur de clubs, habitué des réunions, collaborateur de la Marseillaise et surtout — surtout — sauteur en vogue des bals de BuUier et du Pré-aux-Clercs, il y avait là bien des raisons pour être appelé à gar-
ipo LES MEMBRES DE LA COMMUNE.
der les mœurs sous l'hétéroclite gouvernement étiqueté du nom de Commune.
Rigault s'était de bonne heure habitué à tous les ricanements, à tous les blasphèmes: a Mon père est un réactionnaire, disait-il, je ne puis vivre avec lui; si j'arrive au pouvoir, ajoutaitil, sa tête tombera la première parce qu'il est bonapartiste. » Il abhorrait les prêtres, voulait supprimer Dieu et ne prononçait jamais les mots sai?ît et sainte. Tout cela était affectation. Rigault était un fanfaron de perversité, qui voulait être au moins un grand vaurien s'il n'était un grand homme.
On cite de lui une bien singulière manie qui montre à quel degré d'intensité le besoin d'être quelque chose en était arrivé chez lui. Il s'était appliqué à reconnaître les agents de la police secrète, à les filer ; il notait leur tournure, leur âge, leur demeure ; classait le tout et en faisait un dossier. Il connut peu à peu de cette façon tous les policiers impériaux, connaissance qui lui valut enfin sous le 4 septembre un commencement de considération dont il fut ravi. On le nomma, commissaire de police, place que l'écervelé demandeur de têtes ne put garder longtemps.
Sa nomination à l' ex-préfecture fit son com-