‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 67 sur 142 · RIGAULT · texte numérisé non relu

RIGAULT

plet bonheur. Ce fut là la floraison de la débauche dans toute sa vigueur. Rigault refit tout le personnel de la préfecture, alla chercher des commissaires dans les caboulots du quartier Latin ou il avait laissé des amis, des juges de paix parmi les étudiants vieillis en sa compagnie et des greffiers un peu partout. Les cafés de la place Saint-Michel devinrent une officine où se forgèrent les nouveaux fonctionnaires. Il n^est brute ou scélérat qui ne pût être quelque chose pourvu qu'il ait eu — une fois — la chance de boire avec Rigault.

On se souvient de la réception qu'il faisait aux personnes qui allaient réclamer soit un parent, soit un ami injustement arrêté. Rigault apprenait le français dans le Père Diichêne, ricanait aux solliciteurs et menaçait tout le monde de la prison. Il rendait des arrêts irrévocables. Nous l'avons vu faire plus étroitement emprisonner un malheureux qui avait osé déchirer une affiche de la Commune et relâcher un individu coupable d'attentat aux mœurs : a Nous avons bien autre chose à faire », dit Rigault.

Il porta différents titres : délégué à Texpréfecture , délégué civil à la sûreté générale , procureur de la Commune. En somme ses attributions même après son remplacement par Cour-

net ne furent jamais définies et ne furent guère limitées que par son bon vouloir. Il donna sa démission de délégué à la sûreté générale d'une façon qui donne la note de son caractère. Miot avait demandé la suppression du secret. Rigault en fit une question de cabinet et menaça de donner sa démission si on ne refusait pas. Le secret fut supprimé et Rigault tint parole.

Quoique se vautrant dans l'ordure, vivant au milieu de la canaille, canaille lui-même, Rigault restait élégant, c'était l'aristocrate de la voyoucratie. Il voulait être homme et se mettait convenablement; habit à la dernière mode, linge toujours blanc et parfumé, pince-nez élégant, et des gants jaunes, s'il vous plaît, sans doute pour ne point se crotter les mains à son travail. Il avait une grosse tête et l'air d'un bon enfant. Il relevait ses cheveux châtains, les rejetait en arrière et laissait à découvert le front qu'il avait assez beau; ses yeux étaient très-vifs et donnaient un reflet d'intelligence à toute sa figure. II. avait la voix forte et se plaisait à la grossir encore. Petit — ce qui faisait son désespoir — mais bien pris, il avait l'allure saccadée, presque anguleuse comme les personnes affectées de tics nerveux.

Après avoir — parodiant Danton pour se his-

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