‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 68 sur 142 · SE RAILLER · texte numérisé non relu

SE RAILLER

ser jusqu'à lui — fait fusiller les otages dans les prisons et présidé à l'incendie de la rue du Bac et de la Croix-Rouge, Rigault eut un moment la velléité de s'enfuir. Mais son envie de se montrer homme lui fit surmonter cette défaillance, il revint sur le champ de bataille et fut pris dans la rue Gay-Lussac.

(( Je suis Raoul Rigault », dit-il aux soldats. C'est avec un amer sourire qu'il se vit enfin quelque chose, une chose dont on voulait se débarrasser. Il mourut crânement, fanfaron jusqu'au bout.

(( Vive la Commune! et que cela finisse », cria-t-il, et les balles lui coupèrent la voix.

SERAILLER.

'est à peine si celui-là peut revendiquer le nom de Français. Né en Angleterre, il Y fut élevé; il est vrai que ses parents étaient des réfugiés. Il tint une boutique de formes pour la cordonnerie et se maria avec la fille d'un journaliste, également réfugié français. Dès que l'Internationale eut pris pied

à Londres, il s'y affilia et par son intelligence plus que par son savoir — très-restreint — il en devint bientôt un membre influent.

Logé chez Dupont, il le remplaça pendant quelque temps au secrétariat général pour la France auprès du conseil général. Il présida de nombreux meetings internationaux, se lia avec Vésinier, puis se brouilla ; connut Pyat et n'eut pas toujours de très-bonnes relations avec lui.

Serailler est né vers 1840, il est de moyenne taille, rouge comme le feu, grêlé comme Rochefort et tout aussi poltron que Pyat. Il a Tœil vif et une physionomie très-intelligente qui rachète ses difformités physiques et lui fait une très-sympathique figure. Sa voix rauque et cassée, qu'il semble tirer d'incroyables profondeurs, est bien connue des habitués des clubs. Il est doué d'une certaine éloquence, malgré son peu d'instruction.

L'Internationale suivait avec une excessive attention les phases de la guerre de 1870. Le conseil général sut le résultat de la bataille de Sedan bien avant Paris et lâcha ses hommes qui arrivèrent dans la capitale en même temps que le bruit du désastre. Serailler en était.

Pendant le siège, on le vit fréquenter assidûment les clubs de la Cour-des-Miracles ou du

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Château-d'Eau, prendre souvent la parole et se quereller avec Vésinier. Il fit partie du i2i^ bataillon. Il avait laissé sa femme en Angleterre. Le champ était ouvert aux petites aventures graveleuses comme il en est conté sur presque tous les membres de la Commune. Serailler, pour sa part, vécut avec une femme qui avait deux enfants, fit porter femme et enfants comme siens sur les listes de la garde nationale et toucha régulièrement la solde qui leur était allouée.

Nommé adjudant de sa compagnie, il put comme tel éviter la bataille; son bataillon étant allé à Choisy-le-Roi, le 2 décembre, c'est dans une voiture d'ambulance que se tint Serailler.

Au 31 octobre, Serailler avait été chargé de de deux petites bombes au picrate de potasse devant détruire les premiers soldats en cas d'attaque. L'irrésolu formier jeta les bombes dans la Seine et ne contribua pas peu à la non-réussite du complot. Il ne fut pas inquiété.

Il vint avec ses amis sur la place de l'Hôtelde- Ville le 22 janvier, mais sut jouer des jambes et ne fut ni blessé ni pris.

Dès que l'armistice eut ouvert les portes de Paris, Serailler, chargé d'une mission pour le grand conseil général, partit pour Londres et revint seulement le 17 mars. Il prit part aux

travaux du Comité central, assista aux séances mais ne signa point les affiches. Son nom ne fut prononcé dans V Officiel que le 21 mars; son ami Malon et l'Allemand Franckel, tous deux délégués de la commission de l'échange et du travail, le nommaient membre de la commission d'initiative de leur délégation.

Serailler échoua aux premières élections; aux secondes il obtint 3,141 voix dans le 2® arrondissement. La validation de ces élections dérisoires du 26 avril est due, en grande partie, aux sollicitations des ambitieux qui brûlaient de siéger à l'Hôtel de ville et qui, pour la plupart, ayant des amis déjà siégeant, les supplièrent de ne point tenir compte des abstentions. L'ambitieux Serailler ne fut pas des moins solliciteurs et c'est à sa prière que Malon prit part aux débats qui eurent lieu à cette occasion.

Il fit partie de la commission de réchange et du travail renouvelée le 21 avril. La Commune n'entendit que peu la voix rauque du formier en rupture de boutique ; notre orateur ne reconnaissait plus son auditoire et se tint coi, se contentant de voter. Il signa le manifeste de la minorité et ne perdit jamais une occasion de nuire à Pyat et d'être désagréable à Vésinier, ce que ce dernier lui rendit bien.

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