‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 75 sur 142 · URBAIN · texte numérisé non relu

URBAIN

E nom de cet homme rappelle un atroce souvenir. Urbain de nom mais peu de caractère, c'est lui qui demanda dans la séance du 17 mai que dix otages fussent fusillés, cinq dans la ville et cinq aux avant-postes. Urbain discourut longuement à ce propos et n'eut point de repos qu'il n'en fût venu à ses fins.

Il tenait une institution rue de Verneuil, institution d'où les parents retirèrent peu à peu leurs enfants à cause de l'étrange façon dont on y entendait l'éducation, ce qui fournit à Urbain de longues déclamations sur l'instruction obligatoire. Il garda de son école un certain air de pédagogue. Il pérorait avec emphase, se servait des tournures vieillies en usage sur les bancs et, tout en faisant ses cruelles propositions à la Commune, restait raide et froid. C'était un petit homme vieillot de quarante-cinq ans, aux allures bourgeoises mais prétentieuses, toujours vêtu d'habits que les années avaient rendus luisants. Farouche et pudibond à la Commune, il se relâchait dans la vie privée, courait volontiers

les cabarets de la rive gauche et y fit connaissance d'une veuve de vingt et un ans qui voulut bien partager ses petites débauches clandestines.

Il est remarquable que les dernières séances de la Commune ne sont pleines que des querelles et des creuses déclamations des nullités qui pullulaient à l'Hôtel de ville, mais qui s'étaient tues jusqu'alors. Urbain fut donc des orateurs de la dernière heure. De ses discours ressort la façon dont ce Calame échappé de ses bancs entendait la politique.

(( Pour moi, disait-il lors de la discussion relative aux élections, l'abstention ne peut jamais être une raison. Qu'on vote avec des bulletins blancs, parbleu ! Je respecte toutes les opinions, disait-il une autre fois que Johannard lui riait au nez. qu'on respecte la mienne. Je trouve étrange que l'on se permette de rire à mon égard. »

Il vota pour le Comité de salut public en ces termes :

« Considérant qu'aucune mesure trop énergique ne saurait être prise par la Commune dans les circonstances actuelles, et voulant rester fidèle au mandat impéraiif que j'ai reçu de mes électeurs, je vote pour. )>

VAI LLANT.

Il fit une rude guerre à la minorité qui troublait toute la Commune par sa scission et déclara qu'elle avait failli à son devoir. Sa facilité d'élocution, sa violence qui lui assurait le concours de la majorité, lui donnèrent une certaine influence dont il ne pouvait qu'abuser.

Il fut arrêté au moment où il s'apprêtait à quitter Paris, sous un déguisement de cocher, quelques jours après la prise de la ville.

VAILLANT

A collection com.muneuse n'eût pas été complète si à côté de ses fondateurs de religion, de ses créateurs de systèmes, de ses journalistes et de ses cordonniers, elle n'avait pas eu au moins un philosophe. Voici un hégélien, un vrai philosophe venant du seul pays où il y en ait encore, de l'Allemagne directement.

Vaillant n'est Français que de naissance; il vécut en Allemagne, en aima la littérature et la philosophie, et y est retourné depuis que la France est devenue malsaine pour lui. Il est né à

Vierzon, tout comme Pyat avec lequel il ne fut jamais très-lié, enl'année 1840. Après avoir fait de bonnes études à Paris, il se mit à étudier la médecine, complota quelque peu et festina encore davantage. C'est ainsi qu'il connut, soit dans quelque cabinet où s'élaborait une conspiration destinée à Favortement, soit au bal : Tridon, Rigault, Protot, Humbert et Regnard, auxquels il fut très-attaché.

Ayant été reçu ingénieur civil et docteur es sciences, il partit pour l'Allemagne, suivit les cours de l'université d'Heidelberg, y connut Franckel, passa en Autriche, y continua ses études de médecine à l'université de Vienne et revint à Tubingen, d'où la déclaration de guerre le fit précipitamment partir à la fin de juillet 70.

Vaillant vint s'enfermer dans Paris. Il était affilié à rinternationale depuis 1867 et il prit une part active à son extension dans Paris. Il avait retrouvé Franckel et ne se sépara désormais plus de lui. Toux deux étaient rêveurs et tous deux imbus de la nuageuse philosophie dHégel. Ils avaient ensemble de longues discussions, où Franckel s'emportait souvent, mais où Vaillant, plus Allemand que l'Allemand lui-même, restait froid, pédant et dogmatique. Ils agitaient souvent les questions sociales, et tous deux sérieux

VAILLANT

et convaincus, raisonnant d'après une fausse logique que Vaillant devait exposer plus tard dans son article sur V Elimination, tous deux s'encourageaient à poursuivre l'œuvre de régénération, émulation qui n'eût rien eu que de noble s'ils n'avaient professé et mis en pratique Taxiome : La lin excuse les moyens.

Membre du Comité central, ses connaissances étendues, son instruction réelle, assuraient à Vaillant une grande supériorité sur ses ignorants collègues qui approuvaient, sans toujours le comprendre, l'exposition de ses brumeuses théories. Après la révolution du i8 mars, il fut nommé délégué à l'intérieur et fit encore partie de la commission de l'intérieur après son élection à la Commune, le 26 mars. 2,145 électeurs l'avaient nommé dans le 8^ arrondissement. Le 21 avril, il fut délégué à l'enseignement et, comme tel, signa nombre d'arrêtés apportant des réformes plus ou moins sérieuses dans son département.

Il avait, à la lin de mars, dans un article dont Longuet elFrayé déclina ensuite l'insertion à l'Officiel, exposé ses théories sur le tyrannicide et sur l'élimination.

En voici quelques fragments qui donneront idée du tout :

(( La société n'a quun devoir envers les princes \ la mort. Elle n'est tenue qu'à une formalité : la constatation d'identité. »

Ceci est pour les princes, voici pour les particuliers :

(( De même que dans le cours inaltérable des choses tout élément discordant est éliminé et rien de ce qui est contre l'équilibre ne saurait prévaloir, de même, dans la société, tout objet de trouble dans l'ordre moral, tout obstacle à la réalisation de l'idéal de justice que poursuit la Révolution doit être brisé. »

Ce n'était pas mal communeux, comme on voit; cependant la conduite de Vaillant à la Commune fut très-sensée et il essaya plusieurs fois d'arrêter ses collègues sur cette voie de violences qui devait précipiter leur chute. 11 demanda que les otages fussent jugés par le jury régulier et il essaya, vainement il est vrai, de calmer la minorité et la majorité dont quelques nullités tapageuses et braillardes envenimaient les discussions. « Il ne faut plus de querelles intérieures, dit-il ; que la minorité déchire son programme, et que la majorité lui dise : « Réu- « nissons nos efforts pour le salut commun; (( soyez avec nous, car si vous êtes contre nous. « nous vous briserons, v

VAILLANT. 215

Peu écouté, il professa pour ses confrères un mépris superbe et, drapé dans son manteau de philosophe, n'essaya point de le cacher. « Il faut faire, dit-il à propos du Comité de salut public pour lequel il vota cependant, il faut faire de la révolution et non de l'agitation, du pastiche. » « Je n'ai pu trouver parmi vous, disait-il une autre fois, un groupe d'hommes avec lesquels je puisse marcher. »

Fait remarquable qui la stigmatise, on ne trouve dans l'histoire de la Commune aucun de ces traits de courage, aucun de ces dévouements, de ces désintéressements héroïques qui abondent dans notre grande révolution et la font aimer à cause de leur grandeur. Ces nains imitateurs n'imitèrent que les vices et restèrent petits, petits. Voici comment Vaillant, l'un de ceux qui avaient, théoriquement du moins, les plus nobles sentiments, parvint à s'enfuir.

Blessé à la tempe et cerné dans une maison de la rue de Rivoli, il alla au-devant des soldats et leur dénonça comme l'ayant blessé un artilleur fédéré qui se trouvait avec lui. « Je ne voulais pas marcher, dit-il, et il a essayé de me tuer. » L'artilleur fut fusillé et Vaillant put gagner Saint-Denis, où des officiers prussiens, ses

ai6 LES MEMBRES DE LA COMMUNE.

amis, lui fournirent les moyens de passer en Allemagne.

ALLÉS avait commencé ses études à Saint-Étienne; il les continua à Nantes et les acheva au lycée Bonaparte.

Quand arriva la révolution de Février, Vallès était encore à Nantes, déjà le Vallès que devait connaître Paris. « Jetais, dit-il lui-même, un affreux écolier aux souliers mal lacés, aux doigts pleins d'encre, débraillé et fiévreux. » Tel il était alors, tel il fut toujours. Nature fiévreuse, à conduite décousue, propre par boutades lorsque lui venait le dégoût du ruisseau, mais habituellement plus que négligé.

Venu à Paris, il complota avec quelques collégiens, ses camarades, d'enlever le président Louis Bonaparte. L'exécution n'eut point lieu, la police eut vent de la chose, et pour la première fois Vallès fut enfermé à Mazas. Relâché sans jugement, il devint secrétaire de Gustave Planche, fut quelque temps professeur, puis

débuta dans les lettres en 1857 par un pamphlet anonyme intitulé La Bourse. Du premier coup Vallès était arrivé à son style nerveux, haché, ayant le diable au corps, comme dit un critique d'alors.

Dans une préface évidemment ironique où, comme une obsession de l'auteur, revient ce cri : Vive l'argent! Vallès exprime brutalement ses désirs qui seront ceux de toute sa vie. Faisons de l'argent, morbleu! s'écrie-t-il, gagnons de quoi venger le passé triste, de quoi faire le lendemain joyeux, de quoi acheter de l'amour, des chevaux et des hommes.

Il ne put faire de l'argent et resta triste. Riche, il eût été un joyeux garçon; pauvre, ambitieux déçu, il s'aigrit, devint envieux, et, plongé dans la boue, essaya de l'aimer et s'y roula. Ne pouvant viser plus haut, il devint l'écrivain de la rue et des difformités, posa pour la laideur et se dit l'ami du voyou, du pauvre hère, de toutes les guenilles que son orgueil meurtri détestait profondément.

Il avait un style, mais peu de fond ; ce n'était pas le moule qui manquait, mais le bronze; pour suppléer, il eut recours au paradoxe et au blasphème, dernières ressources de l'impuissance. Il aiTectait l'adoration du laid, l'amour

du bizarre et du non-reçu, il devait donc détester le beau et se révolter contre les réputations acceptées sans conteste. C'est ce qu'il lit : il se moqua du Dante, déclara Molière ennuyeux, demanda qu'il ne lui fut plus parlé ni de Hugo ni de Michel-Ange, et, ridicule folie, envoya Homère aux Quinze-Vingts.

C'est de cette façon qu'on le vit ricaner tour à tour dans la Revue européenne, la Presse^ le Figaro, le Progrès de Lyon. VÉpoque et r£'i'e«eme/2^^ portant dans toutes les rédactions ce caractère mauvais, colère et envieux dont sont marqués ses écrits.

C'est au Figaro qu'il écrivit les articles réunis plus tard en volume sous les titres de : La Rue et les Réfractaires. Pauvre réfractaire lui-même, qui ne retrouva plus jamais son chemin!

Il eut un moment d'épanouissement. Chargé d'un article par jour à l'Evénement, on lui donna 18,000 francs d'appointements. Vallès^ heureux, se désencanailla un instant, se mit de façon convenable et ne souffrit plus que le pauvre hère, son ami de la veille, le coudoyât. Courte joie : le chroniqueur menait joyeuse vie, la copie devint rare au journal, l'argent baissa d'autant, et, un beau jour, notre homme, re-^

mercié par le journal, se retrouva sur le pavé, Vallès comme devant.

Il ne rit qu'un article dans la Liberté, article qui attira au journal un communiqué impérial peu rassurant, et fonda à son compte petits journaux sur petits journaux, donnés comme littéraires, clandestinement politiques et invariablement supprimés par l'implacable 6*^ chambre. La Rue est le plus célèbre et vécut huit mois.

Quoique \o\\è aux revendications, et comme tel républicain, il s'était jusqu'à cette époque peu fait remarquer hors du monde littéraire. Mais dès lors sa ligne politique s'accentue de plus en plus. De nouveau misérable, voyant toujours fuir cette fortune tant poursuivie, cet argent qui achetait tant de choses, Vallès devint plus sombre et plus rageur. Il se prit à brailler de plus belle contre toutes les servitudes et toutes les lois, sans songer qu'il se ployait luimême au despotisme le plus absolu de tous, celui de la foule, qui devait nécessairement le faire socialiste, communiste, puis communeux. En 1869, il se porta aux élections législatives de mai comme candidat socialiste dans la huitième circonscription, fonda un journal, le Peuple, pour soutenir sa candidature, mais

n'eut qu'un faible nombre de voix. Il essaya de nouveau des journaux littéraires; mais la 6^ chambre ne se montra pas plus clémente. Au mois d'août 1870, Vallès fut arrêté pendant les troubles qui suivirent les défaites de Forbach et de Woërth et remis à Mazas. La révolution du 4 septembre l'en tira.

Il fut arrêté au 31 octobre, acquitté et relâché. Il fonda pendant les derniers jours du siège le C7^i du peuple, qui eut promptement un grand succès à cause de la modicité de son prix. Ce Cri du peuple fut compris dans l'arrêté du général Vinoy qui supprima cinq journaux en janvier. Vallès, depuis longtemps aftilié à l'Internationale, était averti du complot du 18 mars, et dès le ip, le Cri du peuple reparaissait. C'est lui qui le premier émit l'idée de Paris ville libre.

Voyant que la province, qui se levait toujours au dire des communeux, ne bougeait pas du tout, il fallut bien aviser. Vallès trouva que le meilleur, si le gouvernement de Versailles y consentait, était de laisser la province, puisque la province laissait Paris. 4,403 électeurs du 15^ arrondissement l'envoyèrent siéger à la Commune, le 26 mars.

Nous rencontrâmes Vallès à celte époque. Il

s^était lavé, et avait taillé sa broussailleuse barbe. Ses habits étaient neufs, et il rayonnait d'orgueil en considérant la frange d'or qui terminait son écharpe. Il avait de la joie pour tous et se demandait, alors qu'il était heureux, pourquoi l'on se battrait.

Il essaya de convaincre la bourgeoisie du parfait bonheur que devait apporter la Commune , et prêcha à outrance la conciliation. « Allons! que le rez-de-chaussée et la mansarde se raccommodent », écrivait-il. Les premières escarmouches du commencement d'avril l'irritèrent profondément, en lui faisant entrevoir l'issue finale de l'émeute où il avait trempé. Il n'eut dès lors plus assez de bave, plus assez d'épithètes à déverser sur le gouvernement.

Il lui revient une grande part de l'animosité et de la rage qui signala la lutte. Son journal très-répandu travestissait indignement les faits; présentait l'armée comme composée de barbares; persuadait que c'était Versailles, ville royale, qui s'insurgeait contre Paris, cité républicaine, et annonçait chaque jour que les Versaillais, toujours battus et repoussés avec pertes énormes, ne pouvaient continuer la guerre. Pendant deux mois^ avec la même impudence, chaque jour à peu près, ce journal déclara que les in-

surgés s'avançaient sans cesse ^ers le pont de Neuilly.

Cest ce journal encore qui, le i6 mai, annonça que les Versaillais n'entreraient jamais dans Paris, dans un article obscur alors, mais que les incendies ne rendirent que trop clair ensuite et qui se terminait ainsi :

(( Si M. Thiers est chimiste, il nous comprendra. ))

Vallès fut délégué à l'enseignement. Choqué des absurdes discussions auxquelles se livraient les jeunes illettrés qui foisonnaient à la Commune, il n'y parla que très-rarement et, malgré ses prétentions à l'éloquence, n"y rît jamais de discours.

Il mourut comme il avait vécu, rageur.

Il se jeta plusieurs fois sur l'officier qui commandait le peloton d'exécution, et essaya de Téîrangler. C'est près du Châtelet qu'il fut fusillé le 25 mai.

Né en 1833, il avait trente-huit ans.

Vallès était de moyenne taille, presque petit. Toute sa personne avait un caractère de sauvagerie orgueilleuse. Il avait le front carré, le regard dur, les yeux inégaux en grandeur, sanguinolents et presque cachés par les mille replis des paupières ridées. Le nez assez gros tombait

droit sur une bouche tordue, aux lèvres serrées. Sa barbe et ses cheveux incultes étaient d'un beau noir. Il avait la voix lourde et saccadée. Il parlait comme il écrivait, et son style à effet impressionnait toujours la foule. Sa parole était servie par sa ligure pleine d'amertume, laide, mais non antipathique.

Du reste, il a tracé de lui un assez fidèle portrait. M. Thierry, le photographe de la Chaussée d'Antin, ayant placé la photographie de Vallès dans sa galerie des contemporains, celui-ci écrivit au-dessous le huitain qui suit :

C'est bien là ma mine bourrue, Qui dans un salon ferait peur, Mais qui, peut-être, dans la rue Plairait à la foule en fureur.

Je suis l'ami du pauvre hère Qui dans l'ombre a froid, faim, sommeil. Comment, artiste, as-tu pu faire Mon portrait avec du soleil.-^

Cet homme avait un mérite réel, mais ses convoitises précoces iirent grimacer sa plume. Ce nest point la conviction qui le mena à la mort : comme tant d'autres parmi la bande communeuse, c'est l'ambition qui Ta tué.

VARLIN,

ARLiN n'avait, croyons- nous, à se reprocher ni un assassinat, comme Vésinier etMégy, ni une banqueroute, comme Pourille dit Blanchet. C'était un mauvais ouvrier relieur, aussi intelligent que paresseux, aussi ambitieux que remuant. Comme le rat de la fable, en rognant quelque livre, il le lut, se crut savant, laissa là l'ouvrage, qui ne lui plaisait guère, pour les intrigues qui lui allaient mieux.

Il fut d'abord mutualiste, puis eut son système socialiste propre et inventa de l'appliquer par un moyen qu'il appelait économique, moyen qui consistait à ne priver les riches de leur revenu qu'au bout de deux générations.

Dès les premières tentatives faites pour constituer la grande Association internationale, Varlin se donna corps et âme au mouvement. Il parut au congrès de 1863 à Bruxelles, congrès non international encore, mais où la plupart des chefs futurs de la Société se trouvèrent réunis. En 1864, il fut secrétaire de la branche internationale parisienne, lit adhérer à l'Interna-

VARLIN. 225

tionale la Société des relieurs dont il était président, et organisa, en compagnie de Tolain, son ami intime, de Murât, Malon et Héligon, les premières sections qui furent constituées régulièrement à Paris.

En i865, il alla au congrès de septembre tenu à Genève, comme délégué des ouvriers français, et prit part à la formation des statuts de la Société qui furent alors réglés d'une façon définitive.

Le 22 mai 1868, le tribunal correctionnel de la 6^ chambre de la Seine le condamna à trois mois de prison et à 400 francs d'amende pour délit d'association de plus de vingt personnes. Des souscriptions faites en faveur des grévistes de Bâle et de Genève avaient mis la police sur la piste de la Société, qui fut dès lors soigneusement surveillée.

Ce jugement du tribunal, joint à celui déjà rendu le 29 avril de la même année, porta un rude coup à l'association, qui ne faisait encore que de s'organiser dans Paris. Les sections cessèrent dès lors d'avoir des réunions générales. Ce n'est que par Varlin et plusieurs autres membres qu'existèrent dès lors et pendant longtemps les rapports des sections entre elles et avec le Comité central de Londres.

Varlin donna alors des preuves de cette intelligence et cette activité dont nous avons parlé. Il correspondait avec Bastélica de Marseille, avec Richard de Lyon, avec Aubry de Rouen, et leur transmettait les ordres du Comité central. Il avait une autre correspondance avec Cluseret, dont les campagnes aux Etats-Unis et en Italie étaient bien plus apostoliques que guerrières. Il était en outre chargé des grands centres ouvriers de Lille et du Creuzot, et s'y rendait souvent, en personne, prêcher dans des clubs clandestins la doctrine fascinatrice de la communauté des biens.

En 18^9, nouveau procès, celui-là bien plus retentissant que les précédents. L'Internationale, si faible encore en 1868, avait couvert la France de ses sections, ayant leurs bureaux respectifs, correspondant entre elles, réunissant des fonds par des souscriptions volontaires, et soutenant les grèves par l'argent amassé.

Des arrestations furent opérées dans toutes les grandes villes. La haute cour de Blois fut chargée du procès. Varlin fut assez heureux pour passer en Angleterre, oii il apprit sa condamnation par contumace à un an de prison et à 100 francs d'amende.

Nous ne savons quand rentra Varlin. Nous le

Page 1