BOURSIER. 2SS
vageries de ses collègues, et leur dit un jour : « Ce n^est pas en effrayant tout le monde que vous rallierez à la cause de la république sociale les gens qui ont leurs motifs pour la haïr. »
Il était sincèrement décidé à rentrer dans la vie privée après les élections la Commune, et il le promit à différentes fois dans ses discours. L'exemple de ses collègues le décida à rester.
Il fut nommé colonel et chef de la i»"® légion, et fut membre de la cour martiale. Son modérantisme le rendait suspect, et Boursier, qui blâmait hautement les violences de la Commune, fut arrêté, le 2 mai, sous prétexte qu'il avait fait marcher un bataillon sans ordre. Il écrivit alors au Rappel une lettre où il rappelait les services qu'il avait rendus à la Commune de Paris, quil appelait « Fémanation de la plus belle révolution dont la population parisienne puisse se glorifier. »
Quoique relâché, il ne semble plus être retourné au Comité central, car son nom ne paraît ni dans la distribution des services de la guerre, ni sur la dernière affiche du Comité centraL II garda le commandement de sa légion, et refusa^ le 22 mai, d'exécuter l'ordre d'incendier le Palais- Royal, où il avait établi son quartier général;
Boursier a été arrêté;
^%C LES MEMBRES DU COMITÉ CEi^TRAL.
CASTIONI,
ASTioNi était un Piémontais, tout feu, tout flamme, remuant, gesticulant, braillant, sans pour cela être d'une grande violence. Aussi franc que bavard, n'ayant rien de la race italienne, ni la ruse ni l'amour du clinquant qui possède ses compatriotes. Il allait mal mis, et eut le grand tort de prendre ses camarades pour de francs voleurs avec lesquels on pouvait cyniquement voler. Il déroba 10,000 francs à la caisse du 7^ secteur qu'il commandait, et fut expulsé du Comité central pour n'avoir pas su les dérober adroitement. Il avait obtenu 1,425 voix dans le 15^ arrondissement, aux élections du 16 mars.
Il n'en resta pas moins à Paris avec son ami Andignoux jusqu'à la dernière heure, et fut comme lui arrêté à la gare de Frouard, oii se trouvait également Prudhomme.
CHOUTEAU, 257
CHOUTEAU.
ELui-LA était communaux, mais il était aimable; il volait sans façon, mais c'était pour sa fille ; il était bête et ne s'en cachait point. Il avait été peintre — en bâtiment, bien entendu; — mais, depuis 1867, il faisait de la politique. Il était ignorant, mais s'en souciait peu. Il appelait Assi le beau commissaire de la Commune, et quand on lui disait que c'était bouc émissaire qu'il aurait dû dire, il répondait : Je m'en moque. Plus intelligent, il eût été Robert-Macaire : ce n'était qu'un benoît coquin. Il avouait sans façon, au commencement de mai, qu'il avait déjà fait 300,000 francs d'économie dans sa nouvelle position.
Chouteau était né en 1834. Ce fut pendant longtemps un honnête ouvrier, bon père de famille, sage et rangé. Vint un sieur Godichet qui Taffilia à la société secrète Naquet et Accolas et le dévoya complètement. Chouteau embrassa avec ardeur l'idée de faire de l'Europe une vaste république d'États unis. Il tint des réunions chez lui et y cacha les statuts de la société. La police éventa les réunions, découvrit les sta-
3s8 LES MEMBRES DU COMITÉ CENTRAL.
tilts, et Chouteau, traduit devant le tribunal, fut condamné à quinze mois de prison et à 300 francs d'amende, le 24 décembre 1867.
Pouvant dès lors poser comme martyr et décidé à poursuivre sa carrière politique, Chouteau, connu des clubs du siège, se fit nommer officier de la garde nationale , puis membre du Comité central. Il en signa les affiches, assista à ses séances et fut un moment arrêté comme suspect de trahison. Jugé dans la séance du Z'j mars, il fut déclaré innocent et relâché.
Chouteau s'était porté comme candidat aux élections du 26 mars dans le 6^ arrondissement, et n'obtint que 2,128 voix. Il se rattrapa sur la garde nationale, se fit nommer major, se galonna, réquisitionna un cheval, se fit suivre d'une ordonnance, et mit son plaisir à parader dans son ancien quartier, devant ses voisins étonnés. C'était un vaniteux enfantillage. Chouteau n'était pas plus sérieux.
Lorsque le Comité central se partagea le ip mai les différents services de la délégation de la guerre, Chouteau fut chargé de la cavalerie.
On le croit fusillé.