ARNOLD
Tel est l'homme : intelligent, mais d'une intelligence peu cultivée, ayant des notions incomplètes et conséquemment fausses aussi bien en politique qu'en son art. De plus, envieux, haineux, vindicatif, taillé pour faire un international, ce qui ne manqua pas d'arriver, hautain et très-arrogant.
A tant d'excellentes qualités réunies Arnold joignait une ambition démesurée qui le jeta dans les intrigues où son esprit délié se complaisait. Incorporé dans le 64*^ bataillon de la garde nationale pendant le siège, il déploya toutes les ressources de son génie pour être nommé officier, harangua sa compagnie , ht de la propagande internationale, de l'opposition au gouvernement, le tout en vain, et resta simple sergent-major.
Après la capitulation , nombre d'officiers donnèrent leur démission ; Arnold put enlin se faire nommer commandant. Il était déjà depuis quelque temps membre du Comité central. Il joua un assez grand rôle dans la journée du 18 mars et parut sur la butte Montmartre à la tête de son bataillon.
Il échoua aux premières élections, mais fut nommé aux secondes dans le 18^ arrondissement par 5,402 voix. Cette tardive nomination lui empêcha de jamais avoir une grande notoriété parmi
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ses collègues ; aussi délaissa-t-il la Commune et s"occupa-t-il spécialement du Comité central dont Andignoux et lui étaient les chefs réels. Toujours intrigant et toujours ambitieux, il fut un de ceux qui proposèrent au comité central de s'aider de Rossel et de renverser la Commune, que Ton ne trouvait point assez révolutionnaire. Le projet n'ayant point eu d'exécution, Arnold attaqua alors Rossel, à la fois à la Commune et au Comité central, et ne contribua pas peu à le renverser.
Ses agissements peu connus, quoique surveillés, le rendaient suspect à la Commune, où il n'entra jamais dans aucune commission , dans aucun comité. Il combattit le Comité de salut public dont il craignait l'influence vis-à-vis du Comité central, mais n'adhéra point au manifeste de la minorité. Il prenait rarement la parole dans les séances; cependant le i8 mai il demanda que chaque membre de la Commune suivît son bataillon de marche quand il sortirait de Paris.
Arnold était grand lecteur du Siècle et y puisait les sujets aussi bien que le français de ses discours. Il se démenait comme un diable dans la tribune, frappait du poing d'une façon formidable, se mettait en colère et parvenait ainsi à intimider ses collègues.
11 est prisonnier.
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ET homme que l'opinion publique — même après les crimes de la Commune — considère toujours commeun honnête homme, est un triste exemple de la turpitude oii peuvent mener graduellement l'opposition systématique et la politique absolue. D'une intelligence remarquable et cultivée, d'un esprit lin et élégant, d'une tournure, certes, plus aristocratique que communeuse, Arnould était évidemment fourvoyé au milieu de cet hétéroclite salmis d'êtres aussi nuls que loquaces, de rêveurs aussi absurdes qu'intolérants, de fainéants de toutes classes déguenillés encore et braillant haut pour cacher le vide de leurs discours.
C'est le sentiment — mauvais guide en politique — bien plus que la conviction qui en firent un républicain radical, puis un socialiste. D'abord secrétaire de rédaction à la Revue na~ tionale et rédacteur à la Revue moderne, il publia des études sur différents auteurs, notamment sur Poe, qui prouvent un réel talent de critique
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et une solide instruction. Il débuta en politique dans VOpinion nationale et dans V Époque^ où il subit sa première condamnation pour un article assez anodin.
Jusqu'alors Arnould s'était montré d'un républicanisme très-modéré; il publia ensuite un pamphlet : La Foire aux sottises, qui lui valut quelques nouvelles poursuites et le jeta tout de suite dans le radicalisme. Qu'on observe que, sous l'Empire, l'opposition pour la plupart des fougueux pamphlétaires était bien plus une question de personnalité qu'une question de principes. A propos de rien la police impériale les avaient taquinés; ils s'en vengeaient en critiquant à outrance, acceptant une lutte inégale qui devait fatalement — la rage du vaincu aidant — les porter aux dernières extrémités.
Ainsi lit Arnould. Modéré, on le poursuivit; il devint radical, on le poursuivit de plus belle; il se lit socialiste, et dès lors la sixième chambre fut constamment occupée de lui. Dans la Presse libre, il fut hautement républicain; dans le Rappel, il s'afficha comme radical ; dans la Marseillaise, il en vint au dernier degré de l'opposition militante, — à l'injure. Il fut condamné.
C'est ainsi que, sans avoir un tempérament révolutionnaire, sans avoir des principes assez
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nettement définis pour souffrir pour eux les amendes et la prison, Arnould, entraîné par la rancune, se trouva trop avancé pour pouvoir reculer lorsque la tourbe le désigna comme un des bons. Par amour-propre il ne voulut point paraître subir le despotisme impérial et s'arrêter à cause de lui ; il tomba dans l'excès contraire et subit le despotisme populacier qui le traîna jusqu'à l'Hôtel de ville.
Pendant les premiers jours de septembre, il collabora au Journal du Peuple^ qu'il avait fondé avec Louis Noir et quelques autres rédacteurs de la Marseillaise. Il écrivit ensuite dans Vo/ivant- Garde et fut, aux élections de novembre 1870, nommé adjoint dans le 4^ arrondissement.
Occupé de sa mairie on ne le voit plus reparaître de longtemps. Le 26 mars, 8,608 électeurs de son arrondissement le nommèrent membre de la Commune.
Partisan convaincu delà révolution du 18 mars — mais faite en vue des libertés municipales — Arnould ne pouvait être d'accord avec ces ambitieux qui n'avaient vu dans ces mêmes libertés qu'un prétexte pour saisir le pouvoir et s'installer sans encombre. Ses amis pensaient qu'il allait, à la suite de Ranc et de Parent, ses cama-
rades, donner sa démission. Ils l'en supplièrent. Arnould resta. Son passé le liait irrévocablement : une protestation imprudente contre les démissionnaires, un peu d'amour-propre et son aveuglement sur les iins que se proposait la Commune le retinrent.
Il resta, triste Alceste, placé à la droite cette fois; protestant toujours; ayant la bonhomie de prendre au sérieux les incartades des jeunes écervelés, ses collègues, et de les réfuter de bonne foi; à la lin ennuyeux à tous, ennuyé par tous, traité d'aristocrate à cause de sa mise soignée et de réactionnaire à cause de ses protestations.
La Commune, de composition si diverse, fut si unanime dans ses coupables desseins, et Arnould fut si isolé qu'à la lin sa position n'était point sans danger. Sa faute est de ne pas avoir donné sa démission, mais elle semble bien rachetée par le courage et l'honnêteté avec lesquels il accomplit le mandat qu'il avait accepté.
« Je demande l'observation stricte de la loi », disait -il, un jour, a Je trouve prodigieux qu'on parle toujours d'arrêter pour l'expression d'une opinion », disait-il un autre, u Nous sommes avant tout d'honnêtes gens », criat-il à propos de Pilotell. Il demanda que les
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séances fussent aussi publiques que possible, que les rapports militaires fussent affichés, et que le secret fût supprimé. « C'est immoral », dit -il. La Commune peu à peu s'habitua à ce saint Jean prêchant dans le désert, et, sans l'écouter, le laissa parler comme les Troyens £rent pour Cassandre. Il fut l'un des signataires du manifeste de la minorité, manifeste qu'il avait provoqué.
Il fut, le 29 mars, nommé délégué aux relations extérieures et, le 21 avril, délégué aux subsistances.
Arthur Arnould est le iils d'un professeur au Collège de France. Il est né vers 1824. C'était un homme de taille petite mais bien prise, et se dandinant constamment. Il avait la tète grosse et portait les cheveux longs et rejetés, derrière les oreilles. Sa tigure était douce .et intelligente, rendue sévère par un beau front trèsdéveloppé. Il avait la parole facile, mais zézayait un peu.
On ignore encore ce qu'il est devenu.