‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 92 sur 142 · LISBONNE. 27Î · texte numérisé non relu

LISBONNE. 27Î

monde^. il s'engagea à dix-sept ans, passa en Afrique et donna là une haute preuve de sa témérité. Quatre soldats parlèrent en termes peu obligeants des zouaves dont Lisbonne faisait partie ; notre matamore les défia tous quatre, se battit dans la même matinée successivement avec chacun d'eux et les blessa tous quatre aussi.

Il garda toujours une certaine roideur militaire dans sa tournure, roideur entretenue par les rôles qu^il joua, une fois son engagement fini. Pendant près de quinze ans, il parcourut la province avec une troupe composée de rebuts de Paris, jouant ici Don César, là Gaspard, et Buridan, son rôle favori, un peu partout. Il fut pendant quelque temps directeur du théâtre d'Elbeuf. Il jouait mal, sa diction sonore péchait justement par là et tombait dans une emphase ridicule, mais il posait bien et excellait dans les airs vainqueurs que réclament les rôles cidessus.

Différentes opérations véreuses lui sont reprochées; ayant plusieurs fois tenté des directions de théâtre, il fit autant de fois banqueroute. Bref son métier étant tombé dans Teau et lui dans la misère, il s'engagea comme employé dans une maison d'escompte, y détourna i,ooo francs et fut condamné à six mois de prison. Lisbonne

dut alors regretter amenèrent la Cour des miracles, où la maréchaussée n'osait aller.

En 1866, il prit — en compagnie de son père cette fois — la direction des BoufFes-Saint- Antoine, sur le boulevard Richard-Lenoir. Le capital de l'association était de 150,000 francs, divisés en 30,000 actions de 5 francs. Il paraît qu'il se trouva des actionnaires, car Lisbonne garda la direction jusqu'au siège de Paris. Cependant l'affaire ne put jamais prospérer. Sitôt qu'un acteur jouait bien un rôle, Lisbonne, très-fat et très-jaloux, prenait le rôle pour luimême, le remplissait mal et taillait ainsi de larges trous dans les recettes.

Il fut capitaine de la garde nationale pendant le siège; le génie des aventures le poussa à se mêler du Comité central, dont il fut membre et dont il signa les affiches. Il était de l'Internationale des travailleurs — nous ne savons à quel titre — depuis 1865), et s'était déjà trouvé mêlé aux affaires du 31 octobre.

Très-brave, mais n'ayant aucunement le génie de la guerre, il était totalement incapable de commander le moindre détachement; on le lit cependant colonel le 2 avril pour le récompenser de sa belle conduite au 18 mars, et on le laissa — jouant toujours Don César — se pavaner

MALJOURNAL.

sur les boulevards en grands galons de toutes sortes. Il ne se mêla plus de rien, pas même du Comité central , qui continua pourtant à fonctionner.

Lisbonne se battit comme un lion à la dernière heure; il défendit seul, tout seul, une barricade près de la Bastille et y fut fait prisonnier.

MALJOURNAL.

'est encore un des jeunes. Il n'avait pas plus de vingt-huit ans. La misère l'amena à faire de la politique. Comme tant d'autres, si son travail eût bien marché jamais il n'eût songé à nous donner des lois. Maljournal est un Bellevillois pur sang, il s'établit d'abord comme relieur et fut gagné à l'Internationale par Varlin, qui présidait sa corporation.

La guerre porta un rude coup à son commerce : les collèges ne donnèrent point de prix, les amateurs de livres s'enfuirent et Maljournal se trouva avec un magasin monté sur un grand pied, un fort loyer et point de travail. 11 résilia

ijG LES MEMBRES DU COMITE CENTRAL.

son bail, abandonna le métier, retourna chez son père et de désespoir se jeta à corps perdu dans les réunions publiques et dans le socialisme outré.

Il avait une femme et deux enfants. Pour les faire vivre il s'enrôla dans les compagnies de marche du 117^ bataillon, parvint à s'y faire nommer lieutenant et ne se soutint pendant le siège que par la solde accordée aux gardes nationaux et à leur famille.

Quand fut fondé le Comité central, les instigateurs, tous internationaux, choisissaient leurs hommes parmi les internationaux. C'est ainsi que Maljournal, d'abord délégué de sa compagnie, parvint à être délégué de son bataillon et membre du Comité central. Il était peu instruit, il n'avait vu des livres que la couverture et ses connaissances se bornaient à lire, écrire et quelque peu compter. Cependant il prit très-souvent la parole et se fit remarquer par son énergie.

C'est lui qui commandait la place Vendôme, le 22 mars. Maljournal fut blessé par derrière par l'un des siens, mais très-légèrement, car quelques jours après il reparaissait aux séances du Comité central, et là, quand il apprit les tentatives de conciliation qui étaient faites, s'écria :

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