‹ Les mémoires d'un cabotinChapitre 12 sur 45 · XI. — SUITE DU PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

XI. — SUITE DU PRÉCÉDENT

Sous le coup d'une émotion immense, je chancelais dans les bras de mon père .. il m'aida à m'asseoir et s'assit lui-même à mes côtés, en disant :

— Allons! petit, allons, soyons fort .. soj'ons homnne, que diable! Je conçois que cela te remue de te trouver ain:^i, brusquement, vis-ù-visde moi. . Des rencontres de père et de tils séparés depuis dix-neuf ans, ça ne se passe d'ordinaire qu'au théâtre, ces cho>;es-lù... dans les drames deiVi. Dennery. . — Que je suisbéte...tunc connais pas les drames de M. Dennery, n'est ce pas ?... — Enfin, tu vois... je me porte bien... pour ton comote, tu m'as l'air d'ua rude gaillard... bâti à chaux et à sable... Je suis content... tu es bien aise.. . remets-toi donc tout à fait, puis, tout en déjeunant.. . car tu vas déjeuner avec moi, j espère... nous causerons de nos affaires comme une paire d'amis.

En s'exprimant de la sorte. Rosabelle fixait sur moi des yeux... que mouillait une larme... une verit-ib'e larme... Le sourire moqueur dont je vous ai parlé s'était complètement effacé.

— Mon père!... vous êtes mon père? répétais-je...

fit je lui sautai une seconde fois au cou... M^tis, dans ma précipitation, je heurtai du coude une bouteille qui se renversa sur la table; le vin coula.

— Hé là! fit Rosabelle, en me repoussant doucement pour relever la bouteille; modérons-nous, mon garçon !.. Perdre le vin, ça n'entre pas dans mes babitudes. Assez de baisers pour le quart d'heure... d'ailleurs l'omelette refroidit... et c'est exécrable, l'omelette froide! Tiens!... à ta santé, d'abord... il n'est pas trop mauvais, ma f i, ce picton... un peu verc .. mais ça en rafr.îch t mieux.

Mon père me tendait un verre plein : je le » h quai contre le sien qu'il vida jusqu'à la dernière goutte. Ensuite, il se mit en devoir de me servir de l'omeb tte,

— Merci, d s-je, merci, mon père... si vous le permettez, je ne mangerai pas...

— Tu as déjeuné?

— Oui... et puis je n'aurais pas déjeuné...

— Que la surprise, la joie l'ôteraient l'appétit... soit, mon garçon, ne te force pas!... Mais moi qui ai fait trois lieues à pied.., c^r j'arrive de Vermenton, pedikuê êtjmw^

LRS MI'MOlliES D'UN CA ROTIN

ùis..., tu comprend>i, n'est-ce pas, que j'aie besoin de nie refaire un peu le torse?... — Sacrebieu! v a-t-il du poivre dans celte omelette! On pratique volontiers le poivre, h ce qu'il pai-aît, dans ton village, Aristide ! C'est dommage, le lard est délicieux. — Ce n'est pas, au moins, (^ue je ne sois aussi content que tu peux Tôtre toimême, petit, mais...

— Mais déjeunez, déjeunez, mon père, je vous en prie!... Seulement... un mot encore... voulez-vous?

— Un mot... dix mots... cent mots! D'ailleurs, je devine ce que tu as à me dire. Tu vas me demander des nouvelles de ta mf^re, n'est-ce pas?

— Sa'is dou'el Où est-elle? Pourquoi n'est-elle pas venue avec vous?

Rosabelle s'essuya la bouche et, me tendant la main :

— Elle n'est pus venue avec moi, dit-il, parce que...

j'ai la douleur de te l'apprendre, mon pauvre ami

voici quinze ans bientôt que la chère femme s'en est allée dans un monde meilieurl

— Morie?... Ma mère est morte!

Mon pore secoua affirmativement la tête.

~ Morte ! sans ([ue je laie vue... sans que je l'aie embrassée une fois ! balbutiai-je en pleurant.

Quelques secondes de silence s'écoulèrent.

— Et repris-je, me direz- vous aussi, monpère, pourquoi, pendant si longtemps, vous avez jugé...... nécessaire, de

vivre loin de moi? Pourquoi... pour la première fois... à l'âge de dix-neuf ans .. je sa s que je n'ai plus de mère? Poiii'quoi, eniin, au lieu de venir me trouver chez mon oncle. . chez celui qui vous a remplacé jusqu'à ce jour à mes côtés.... vous avez préféré m'appeler à vous... comme

en caciietie... en cet endroit?

Mon père, tandis que je formulais ces questions, avait fait disparaître l'omelette, bouchées sur bouchées, et la bouteille, rasades sur rasades, comme quelqu'un quia hâte d'en finir avec ce qu'il considère moins comme un plaisir que comme un besoin.

Son déjeuner achevé, et après un geste à mon adresse qui signifiait : « Un peu de patience je vais te répondre!... »

— Fumes-tu? me demanda-t-il, en tirant de sa poche un étui à cigares.

— Non, mon père.

— Bravo! persiste dans ces sages principes, mon gai*çon. Le tabac est la ruine de l'homme... surtout lorsque, comme moi, on a la déplorable manie de ne pouvoir fumer que des cigares de cinq sous!...

Mais, baste! nous avons tous nos faiblesses, n'est-ce pas?... Hum!... hum!... — Mon père allumait un panatellas. — Je demanderais bien une demi-tasse... mais, outre que je me défie du moka de Lucy-les-Bois, cela nous dérangerait encore dans notr.; entretien... Je me contenterai d'un petit verre... plus tard... en m'en allant...

— En vous en allant!... Comment!...

— Chut!.. .Nous n'en sommes pas encore là. Maintenant, causons sérieusement. Tu m'as adressé bien des questions, petit, et mon intention est de répondre à toutes... mais, primo, dis-moi, comment vis-tu ici? Es-tu heureux?

— Très-heureux, mon père.

— Alors, ton oncle?...

— Mon oncle m'aime comme si j'étais son enfant.

— Brave homme! Ohlje l'avais bien jugé il y a dixneuf ans! Ce n est pas un tartufe, un bigot, celui-là ! c'est un prêtre de la bonne souche!

Et... tu n'es pas sans l'avoir interrogé quelquefois sur ta famille? Car enfin, quoique tu ne les visses jamais, tu devais bien présumer que tu possédais quelque part un père et une mère?

■ — Sans doute.

— Eh bieal que te disait alors Jacques Chambrun?

— Il me disait que le moment n'était pas venu de mo donner ces explications. . , i.. : i

— Ah!... uh! il te disait cela],, «;,.,<. .,.i.„^ j,,„,., ,..>, Rosabelle suivit une secoule, d'un œil distrait, la fumée qui s'échappait de sa bouche en spirales bleuâtre».

— Par cod.séq lient, reprit-il, tu ne te doutes même pas de la position que je puis avoir en ce monde?

— Non, nion père.

— Mais toi, quels étaient tes projets, comme établissement? Car Jacques Chamijrun nest pas riclie... Il ue saurait donc te garder 'a perpétuité, les bras croisés, prèn de lui...

Je demeurai interdit; jamais, jusque-là, ma pen?éc ne s'était arrêtée sur un tel sujet.

— Mon oncle n'est pas riche, je le suppose bien, repli-' quai-je, mais j'ai toujours supposé que... quelque éloignes de moi qu'ils fVtSient... par les exigences de leur profession, [jeut.-étre... mon père et ma mère ne m'avaient pas complètement délaissé, et qu'ils aidaient, de tout leur pouvoir... de tous leurs moyens... mon oncle, a trouver moins lourde la charge qu'ils lui avaient imposée.

Mon père fronça imperceptiblement le sourcil, comme s'il se fût senti blessé par mes paroies. Mais cette impression d'humeur fut passagère. Il posa soa cigare sur la table et, me regardant cordialement en face :

— Ecoute, Aristide, dit il. Après tout, j'aurais tort de me formaliser du reproche que tu viens de m'adresser... sans le vouloir, j'en suis certain.

— Un reproche ?

-— Laisse-moi continuer. D'ailleurs, j'ai ma conscience pour moi, en cette circonstance, et Dieu m'est témoin que, si les choses avaient tourné... autrement... je me serais autrement comporté.

Enfin, il ne s'agit pas d'excuser mon passé, mais de préparer l'avenir; je suis ici pour cela.

Et, pour préparer l'avenir, il est indispensable que je te parle avec franchise, mon garçon.

Si je ne suis pas allé te trouve^' chez ton oncle... ce digne et excellent M. Jacques Chambrun..., c'est que je n'en ai pai eu le courage, Aristide.

— Vous n'en avez pas eu le courago, mon père? et pourquoi ?

— Parce que... eh! paroe que Jacques Chambrun serait en droit de me recevoir assez... froidement, et que... tout disposé qne je sois h reconnaître mes torts... il m'en coûterait, je ne m'en cache pas, d'avoir à m'humilier devant ton oncle.

Je considérais mon père avec étonnement.

— Tu ne me comprends pas, reprit-il. Je vais m'expliquer d'une façon catégorique.

Tu n'as jamais été au théâtre, n'est-ce pas, Aristide, mais tu t'en fais une idée an moins? Tu sais à peu prés ee qu'on entend par le mot comédien?

— Assurément, mon père. J'ai, dans ma bibliothèque, les œuvres de Corneille et de Racine, par conséquent...

— Par conséquent... bravo!... par conséquent, tu sais qu'on appelle comédien celui qui se charge d'interpréter devant le public le génie des poëtes!

Eh bien! mon cher Aristide, e suis un comédien, P't ta mère, ta bonne et charmante mère, était une c»médiv nne.

En deux mots, à présent, notre histoire : Lorsque, entraînés par une irrésistible vocation, ta mère et moi, nous nous lançâmes, il y a vingt ans, dans la carrière dramatique, nous possédions une petite fortune, une certaine aisance. Ah! mon ami, quel bon temps! Nous courions après la gloire, sans a\oir il noua occuper des misérables nécessités de la vie. Ce fut à cette é[)oque de prospérité que tu naquis, et, lorsque je te dôpo>ai dans ton berceau, j'avais la conviction sincère, je te le jure, de venir avant peu t'y reprendre... pour accomplir à ton égard tous mes devoirs de père. Mais le sort en décida différemment Un banquier à qui madame Brigaudin, — la mère de ta mère; une brave femme aussi ; — avait confié une partie de nos fonds, disparut en sauvant la cai'ise^ comme B Iboqtiet... — • Allons! voilà encore que je te dis des bêtises ! Tu ne connais pas Bilboquet, n'est-ce pas? -»- Nous nous étions contentés jusqu'alors de pratiquer l'art en amateurs... il nous fallut lui deiuander de subvenir à nos besoins... et cela nous Jnquidt*it médiocrement, il est vrai, car, avec du talent, on

LES MKMOmES D'UN CABOTIN

parvient à tout... et nous avions du talent. Mais il surgit de Ci^s vicissitudes d-^N ant lesquelles les natures les mieux (Jouées sont contraintes de s'incliner. Je ne te raconterai pas, maimcnaut, l'odyssée de ces vicissitudes; ce serait trop long. Qu'il te suffise de savoir que, comme nous commencions à nous i élever un peu de nos pertes, ta môi'e mourut à Caen, en mettant au jour une petite fille; — car tu as une sœur, mon an^i... une sœur de quinze uns... qui habite la Normandie... où je l'ai laissée confiée aux soins d'une vieille parente... — La mort de ta mère rae fut un coup terrible... On m'offrait de partir pour le Portugal... J'acceptai. A Lisbonne, nouveau cataclysme : Aladame Brigaudin succomba en sept heures, dans mes bras, des suites d'une attaque de fièvre jaune. Du Portugal je partis pour l'Amérique; de l'Amérique je revins en Angleterre, puis en .Jlemagne...

Bref... bref, il y a six mois seulement que je suis de retour dans ma patrie, Aristide, et, en remettant le pied sur le sol natal, ma première pensée, — tu ne me fais pas l'injure d'en douter, — fut pour toi.

Cependant, avant d'arriver à Lucj-les-Bois, j'avais encore à m'occuper d'iniportautes affaires. Je hâtai, autant qu'il fut en mon pouvoir, l'achèvement de ces affaires, puis...

Puis, me voici, Ari^^tide; me voici, te disant : «Les apparences me condamnent, peut-être, et, pourtant, jamais mon cœur n'a ccïsé de battre en songeant à toi. Tu ne saurais passer obscurément ta vie au fond d'un village. Viens avec moi ; les conseils, l'appui de mon expérience, te sont acquis. Tu es sans avenir, je t'en offre un; sans profession, je t'en donnerai une... et une des plus brillantes qu'il soit au monde!

— Et cette profession, mon père?

— Eh! parbleu! ne l'as-iu pas deviné déjà, petit? Tu seras comédien comme moi! Comédien... dans ma troupe... car je su'S direct ur d'une troupe... rien que ça... d'une troupe pour le moment en représentation à Villeftanclie, prés de Lyon. Fils du directeur! Appréciestu tout l'avantage d'une telle position? Avant cinq ans. si tu travailles, tu iras à Pans... et tu gagneras mille francs par mois. Allons! que réponds-tu, Aristide? Ma proposition tesourit-el!e? J'ai fait soixante lieues exprès i>our venir le trouver... M'en retouruerai-je seul? Tu sais, à cette heure, à quoi t'en tenir sur les conditions de ton existence à Lucy- Jes-Bois. Il n'y a pas à s'illusinnner; c'est à lu bonté, à la charité seule de ton oncle Jacques Chambrun que tu dois le pain que tu manges...

— A la charité !,.. Ainsi, mon père, je me trompais en pensant... que vous envoyiez chaque année de l'argent à mon oncle pour les frais de mon entretien ?

— Tu te trompais... hélas! oui, mon ami, tu te trompais... du tout au tout !... Pendant trois ans seulement... lorsque j'avais la bourse bien garnie... j'ai payé ta nourrice !..,(?,jEfii^S4^<'jQHe vehux^tu i.i mNous n'en avions plus a«»e»fi0ur.jii*>u8„ ia Huère et.iïicik>*»«!^^«J ae.pouyion.s* pas en inventer pour toi I... ,.-,1;. »>-.i)i

— Il suffit, moTi jîèii6,M «uffiti-A4tmi'ïjue'Voue lè disîez Mit«â.'i''ïi'ett're,-voiï» rr'avez point é| e-x^use-He pa,«8é,iTijiais ftijA^éparer i'avenip. Je vous renaerciei.ï je^vousremerciej dw plus tprotbnd de mèn àpae, de voitiro démàirhe; iVoua d*ngfe raison; ye ne dois' |>As,- plus longtemps, m«Bgerïdu fiam'que je ae gagne pas.;.. -" , >tn«. --m- sr.o/ >/ uv)f ^.! ^' Alors ... tu va* dire àâie» k towèhcl» *tîtti>iïï^aoé5!5ùP pa^rfë'st.:^.* ■' ■■ ■'"■■ '■' "i'--' ■ ■■■■ ■ ^t-î-.=.:....-T-j •■;. mm- ' ■ .t>(^NNértMJlV'©ltr!''ttoii;!.Hi^^Aoco!yte2'-iwèi'''e^«orfe «ette jtftïrji'ée 'pour i«rwidre'' mô8i'diei>D»itvon«V"iïi(tri*pdPê'j.... j^e

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^oi- C'est (iii'ôtt'Tft'à'tt<>!n<ï à Verroenton, et.'..-'> "'- ' " ' -i^" Rh biéh'i... je vous rejoindrai k ViUefpffriaWe- .. je Volts reio*n?h»Hi;::' bientôt, je tous» le promet?... Mais pattir SiHsi.v. tnutr de suite... oh! je ne le pouWwi» paS'l Wtt7\,]e'Tié1(*' pourrais pôs Ki. " <' -■ ■ -- '"• ■" ->' '><';■' '>i^'->n^ •'^ Degf-^^si^eS" lAfvv.es it)((l«ieilt t^Ttaoitf^â^geYmïSnpptB Hjprit 'd'trrt t<ftji affetit^felix ?' -'-'^ ''- '• ~' -'j".'""! ^'' •to/h np -r .1^ .(S'ijat tro]^- juste, 'I«ô*lt,'tt'*8e tMp'jd«1».*«A qûbl"Wèh^

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sais-je, moi ? Décidément, l'habitude de dcbit-^i des niaiseries vous eulève quelquefois le sens c. mmun. Tu ne peux abandonner ainsi ton oncle... Ce serait de l'ingratitude... et ce n'est pas moi qui te conseillerai une mauvaise action !...

Reste donc aujourd'hui... demain... toute la semaine, si cela t'est agréable... Et même, la main sur la conscience, là... s'il te déplaisait trop de me rejoindre, de devenir un comédien comme moi... ne te gêne pas poui'..=

— Non ! non I... cela ne me déplaît pas, mon père, je vous le jure !

Ec j'ajoutai avec un sourire que j'essayai de rendre joyeux :

— Souvent... en lisant Racine ou Corneille, il m'est arrive d'envier le sort de ceux qui représentent, sur les théaties, ces personnages dont les grandb sentiments et le noble langage me charmaient.

— Tu as pensé cela, petit ! Vrai !.,. Mais alors... tu as l'étoffe d'uu artiste... tu as la vocation!... Bravo!.,. Je ne te garantis pas, cependant que tu joueras tout de suite Bojazet ou le Od à Viilefranche ! La tragédie n'amuse guère en province... mais nous tâcherons de te donner, dans le drame, un emploi qui te rapproche du genre que t'i affectionnes. .. sois tranquille !... Et, avant cinq ans, je e le répète, on t'appellera à Paris... dans un grand théâtre... avec de superbes appointements!

J'ouvrais la bouche pour «iire à mon p^re : « Mais, pourquoi donc ne vous y appelle-t-on pas alors, vous, à Paris, avec de superbes appointements, sur un grand théâtre? » La crainte de le froisser me retint.

— Sur ce, fit-il, en passant son bras sous le mien, allons payer ce que je dois... et en route... car tu m'escorteras bien un bout de chemin?

— Oh ! sans doute ! Mais...

— Quoi?

— Vraiment, mon père, vous vous en retournez ainsi, sansdireuû mot à mon oncle., sans lui serrer la main!... Si vous saviez comme il est bon 1 Cela va bien l'affliger, j'en suis sûr, d'apprendre que vous n'avez pas voulu le voir. . .

Mon père avait détourné la tête ; un violent combat se livrait en lui.

— Non! reprit-il. Non! c'est pe+it... c'est mesquin... c'est bête... j'en conviens... mais c'est justement parce que ton oncle est la meilleure pâte des hommes que je redoute de me trouver en face de lui, moi qui nie suis si mal comporté à son égard !... Non !... je ne le verrai pas... Nonl... je ne saurais le voir... Seulement... tu lui diras... tu lui diras... que je ferai... que nous ferons tout à nous deux pour acquit er notre detle de reconnaissance... Tu lui diras que j'ai eu peur de lui, c'est vrai .. mais que je ne l'en aime pas moins pour cela .. ei que je ne l'en remercie pas moins, du fond du cœur, de m'avoir élevé et instruit nn grand et beau garçon comme toi !.. .

Allons ! viens. — Satanée omelette, va ! Si tu as quelque influence sur le maître de ce bouchon, Aristide, tu S'è'Vrâ'îs't)ié'fl1'Th'^Mt?^^l'uô pis prodiguer ain.>i ce poivre!... J^ ri'âi pU(^'''*è'"i)8hc!iëI'He'ài'ensefeé¥it*'l!n«i6î^ qne je ne mue baS'tfe ^èîf f ?«-'«J'«<'^ ■•■'"-"•'!' nm^-^^ ,^i^,i, ...,i.r^

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A' tobitTé rontfe ffè' Vëi^eMdMV'ttô'ftlb'hiî'qtii dohtià iS

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— Je ne veux pas te voler les quelque*" TiétiréS ^'o'îî't^

re: le à consacrer àton.vieil oncle, fit-il ;' fj'-.ifton.s-rrous

donc.'!N^ô'ûMiepàs'qû'éyriitft(ïû«S''î et â biea^ô* !4« cuu-

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—'a bientôt! répétai-je. . ^, ■"■'""^ '"M* *'^ i«*Taof>

Nous nous embrassâmes ènèdrfe. .l' ètf i\ S'^ign^'^Tif-

nàâitè:yh^lk ^m'ikiteé&ov dfe^îdlil"uh ye«t#%ifi«;^*ilï ja

LES MEMOillEi: D UN CABOTIN

l'entendis me crier une dernière fois: «A bientôt! » Puis il dis,jc(rui derrière un accident de terrain...

Je voulus alors reprendre le chemin de liMcy-les-Bois, mais les jamÎJGS me manquaient; tout tourn'iit autour de moi. Les idées se lieuriaient confuses dans ma tête. Tant que mon père avait été à mes côtés, soutenu par sa présence même, je m'étais senti de la force; seul, il me semblait (luc je vtnais de faire un rêve... un rêve où le mauvais l'emportait sur le bon. Quel désordre, en effet, en moinsd une heuie, dans réd?fice de ma vie! Avant d'avoir vu mou père, le monde, pour moi, c'était ce petit villa^'e (;ù s'ôcoulaiout paisiblement mes jours. A présent, parce qu'il avait plu à un homme de venir me dire, après dix- !iouf ans d'abandon, d'oubli : « Je suis ton père, ton devoir e^t de me suivre, » il me fallait tout d'un coup me lancer dans une existence inconnue... incertaine... il me fallait adresser uti adieu... éternel peut-être, à ceux que j'aimais ! Non ! non ! cela n'était pas possible ! J'avais eu tort de prendre envers mon père rengagement de le rejoii.dre et de devenir un comédien comme lui ! Mon père m'avait dit que j'éjtais h la charge de Jacques Chambrun... .Mais qu'en savait-il? Pourquoi ae pas croire que le digne curé, possesseur de quelque fortune, avait l'intention d'en consacrer une partie à l'établissement de celui qu'il avait toujours traité comme son lUslEt Juliette .. ma Juliette! — Ah ! c'était à présent que je comprenais combien je l'aimais ! — Qu'allais je devenir loin d'elle ? Que deviendrait-elle loin de moi? Me séparer de Juliette, ne plus la voir, ne plus lui parler, ne plus l'entendre chaque jour ! Mais j'en mourrais, et elle en mourrait aussi, elle !...

J'étais allé, en chancelant, tomber sur le rebord d'un fossé; combien de temps restai-je à cette place, je l'ignore. Une voix m'arracha à mon anéantissement.

— Eh ! Risiide, disait cette voix, derrière moi, qu'estce que tu fais donc là ? Est-ce que tu es malade ?

Je me retournai vivement ; c'était Claude Gaiguette, le cantonnier, qui venait de m'interpeller. Claude Gaignette qui m'avait aperçu de loin, assis justement près d'un tas de pierres qu'il se disposait à casser pour l'entretien de sa route.

— Tu es malade, Ristide? répéta-t-il en me regardant avec intérêt.

— Non, répondis-je, un paa de fatigue seulement...

— De la fatigue! .. C'est pas la fatigue qui te rend blanc comme un linge!... Et tes yeux qui sont tout gonflés ! ... Allons ! je vois ce que c'est. Tu pensais encore à notre pauvre Julien, pas vrai ?... Oh! je sais bien (jue tu l'aimais joiimentl Mais, que veux-tu? Quand ou est pauvre, n'j a point à se débattre contre le sort! Julien est soldat!... C'est qu'il devait être soldat!... Faut en prendre son parti !.. . Et je ne m'en en vas pas moins casser mes pierres comme d'habitude... Chacun son fardeau sur cette tfrre, et à la grâce de Dieu, comme dit c't'autrel Pourvu qu'on le porte honnêtement, ce fardeau, personne n'a le droit de vous mépriser ! 11 n'y a que les faignanto qu'on méprise I

Aux accents de Claude Gaignette, je m'étais relevé. Certes, en tormulaut ainsi devant moi les principes de sa grosse philosophie, le bonhomme était loin de supposer qu'il avait été si bien inspiré. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas achevé que je m'écriais :

— Vous avez raison, père ! Chacun son fardeau sur cette terre, et lâche et vil celui qui se refuse à le porter I Au revoir!

Je n)ai chais d'un pas rapide, et, tout en marchant, je dressais mentalement mon plan de conduite. Irrésolu et douteux quelques moments auparavant, j'avais le cœur et 'esprit fermes et lucides maintenant.

Après tout, qui m'obligeait à renoncer à un bpnheur rêvé ? J'allais partir... dès le lendemain... — ],e p^^s Wt était le mieux, — mais je reviendrais ;,^ej[i,,q,^^nd,j(^, Reviendrais... riche, bien riche... — car je ypujai^ etj:'e riche un jour, je serais riche.,, —■ q,tji >Ç(i'empêch^rait de réaliser de chères espérances I j, , ,, .

Jacques Ch^n^brWï„f,'ap^;^j;i,t,^£^l>s,dftptç,4i? fl^op,éta.td* surexcitation, car il me dit gaiement, eu me voyant, ^B^Hl^C

dans sa chambre et m'approcher du bureau oiTtl tl^ vaillait: j RF.rnf.^

— Qu'as-tu donc, mon amilTeflyeux brillent -OTiinmé des escarhoucles ! Aurais-tu déotavert quelque m«nçid"<©f dans les bois? '►iidv e,i»

— J'ai découvert mieux que oela, mon oncle. dA -

— Bah ! -,'.r|,,i"->'»

— Oui. j'ai découvert que je ne vous avais <çmi,mmé jusqu'ici autant que vous le méritez, et je vien».\4ûus!(ief mander de me pardonner ma faute. /i,,/ r. I

En prononçant ces mots, je m'étais agenouiJl^dpv^Bt mon oncle. n .i/.

— Que signifie cela? s'écria-t-il. Es-tu fou, Ji\riir*t»de,î. Il voulait me relever, mais, lui serrant douQftn4*at.l#fl

mains : y/m h -.•.rt»

— Laissez-moi ainsi, repris-je, je vous en suj^glfeltt me semble que je suis mieux à cette place poun vo*^ dire... tout ce que j'ai à vous dire... pour É»tLendv«./. tout ce que vous avez à me répondre. , , -,;j|,-.,;r,

Jacques Chambrun me considérait avec un;ét<ww*eBi^^>jt où perçait une nuance d'inquiétude. .1; '>.(n:ir|

— Soit ! fit-il, reste donc ainsi, puisqu'il t,ç pi^yienf, mon ami, et parle... je t'écoute... et je t^ vpççndvi^y Mais, cependant, lu m'avoueras qu'il faut qii'il^3^sgi,t passé quelque chose d'extraordinaire à L^çy^-léfj^QJi^ pour que tu juges à propos de me traiter de |^,^(^ri^Çp,tç^^t d'un coup, comme un saint !... ,i, .r,i,[ ^,i,tr. «

J'avais posé mes coudes sur les genoux cje pqoq 9ftfi|^ mes yeux étaient fixés sur ses yeux, ,. , ■■•.;■ n'n

— Vous ne vous trompez pas, mon onclep réi'|^/j;i^-j[^; il s'est passé aujourd'hui, à Litcy-les-Bois, ç|Hç.((jti^,cl}j^^ d'extraordinaire... qui nous intéresse tous.d^ii^.i,.,,,;,,,^

-Ah!... .,'....•. 01 .-

Je crus sentir le corps du vieillard s ^git^çp p^us un frisson. — Il avait deviné une partie de Ift.^énj^^j^.^^^^j^

— Ah ! répéta-t-il, tu as vu... u';n^W t^n ir an

— J'ai vu mon père. „,, ^^.^\.„h -ranq

— Et où est-il? -«P.ornâ«'.fiaa«i

— Il est reparti. ki .. i Ait»:) —

— Comment!... sans être venu ici? ,,,,r} ,,<^f -/-rin.r ef»

— Il n'a pas osé. ,„.,„..tj ^ ",-,,' f Oh ! ne l'accusez pas ! Ce n'est point ui;^ §Mtiççiçp,t,0 jOÇ-

gueil, mais d'humilité, au contraire, flLV^| f^^jre^tf nu au moment d'accourir près de vous. ,,, , .-.., ,. ■,-,[,., ^,,,,11

Jacques Chambrun secoua mélancoligûp^erit là i|^ie.ill avait peine à admettre qu'il pût en qçï^tpr si fc^ a*"iTu homme de dire à un autre : « Vous avez eu soin ^ô,ii^^n fils... de mon fils que j'ai abandonn4,,Jjfînd9.^t.^^x-neuf ans ; je vous remercie. » ,,,'^,' ,]^.,,.,

— D'ailleurs, repris-je, lisant sa pensée ^^j ^l^ traits du vieux prêtre, et désireux de rendre cette pensée plus indulgente, mon père est moins coupable "qu il voû's la paraît sans doute, mon oncle. Il a é'te bi^n *nj.airi?i?i^ëlÈc depuis qu'il ne vous a vu... , / -=>ij.'-->i

*^ «r ,1 o ■ ■ ■• \ i ■•;( >lln(. -^

— Malheureux? i-T-if.. » . - t

— Oui, ma mère est morte... il y a ouîniÉé aa'à'.f*.""'

— Et ma sœur ? , ..

— Votre soeur?

— Oui, la mère de ta mère, madainé,'Bnga\idm?"""P

— Morte aussi. ^^, •.;"'^; ' ' ^ :' "'; ^ "'"t

Un soupir s'échappa des lôvrel (Ià"J'achii4'4'Ch:ànibWÎI.;

une larme mouilla sa^|^uj{!ê^e. ' '

■^<^'is

charge. , , ,, , .

JacauesCharabrUn;%i\slalë^,èjp&iilëà. ••'•""'•''''î '"" - A nià chafjoe'i Ouï lùrà' tfît'céVâ, à ton'pérBv<iti'^'la i'g a tna' char";è'^l.'.' Me s'iiï^-Je' jymàfà"{)Taiht-à' tt^-

^iai àoùne?

Et toi-méinej," iiiponds, Aristide ; 'ai-je jâyiai^''^u l'air de te feproclier.. . le peu que i'ài' (àît'pbiiï^ to^ ?""' " — ï:»,^"ul..; Non, non, Gh«P<Jn6îé': vous n^^^àè^fei

SI

jamais plaint... vous ne m'avez jamais rien reproché!... Mais ce n'est pas un motif, purce que vous êtes tout ce ^u'il y a de bon au monde,pour que j'abuse éternellement <ie votre bonté...

— Ah!... Et ton père atrouvé un moyen, lui, pour t'empécher... d'abuser plus longtemps de ma bonté? C'est (3e moyen qu'il est venu t'apporter... eu ayant soin de ne point m'en faire part au préalable I...

La voix de Jacques Charabrun tremblait; il y avait de la colère etdela douleur dans son regai'd.

— Mon L ncle, repris-je, profondément touché de son émotion, soyez oalnie, je vous en prie ! Ce ne saurait être dans le dessein de vous aflliger que mon père a pensé me tirer d'une inaction où, vous en conviendrez, je ne pouvais passer ma vie. Admettons qu'il eût continué de... m'oublier... comme par le passé, queserais-je devenu? Voyons? Quels étaient vos projets sur moi? Dites?

Jacques Chambrun m'avait pris la tête dans ses main^; il me considérait avec une expression de tendresse inexprimable.

— Mes projets !répliqua-t-il. Eh! mon l)ieu! cher âls, il est vrai, jusqu'à ce jour, je n'ai jamais songé... bien sérieusement... à. ce que je pouvais faire, plus turd, de toi. Que veux-tu? C'est une faute, sans doute... mais, tout occupé que j'étais de t'aimer, je ne voyais pas que tu n'étais plus un enfant, mais un homme, et que par conséquent, il me fallait te traiter en homme. Cependant... quelquefois... depuis quelque temps, — je ne te mens pas, mon ami, — j'avais rêvé pour toi un établit^sement... oui, oui, un établissement qui me paraissait convenir en tous points à tes goûts simples, à ton caractère paisible et doux.

— Et cet établissement ?

-—Eh bien !... je commence à être un peu bien vieux... bien cassé, i .j'ai besoin de repos. . . Je pensais. . .je croyais. . . qu'il ne te serait pas désagréable de me remplacer ici... pour diriger ce petit troupeau de braves coeurs qu'on a confiés à mes soins.

— Curé !... moi I... Vous vouliez que je devinsse curé deLucy-les-Bois, mon oncle! Il serait possible I...

J'avais prononcé ces paroles avec une surprise mêlée âe tert'èûr qui frappa le vieillard.

— Eh bien I oui, tel était mon désir, répliqua-t-il. Et pourquoi pas? Qu'est-ce qui t'empêcherait d'entrer dans les ordres, mon ami?

' — Mais... mais... vous n'avez donc, pas deviné, mon oncle?

— Deviné, quoi?

— Mais j'aime. . . j'aime de toutes mes forces ! ' — Tu aimes?

— Eh! sans doute... j'aime... et je veux épouser un jour celle que j'aime ! Juliette I... la fille adoptive de Catherine Dodet.

— Juliette! Tu aimes Juliette !... Tu veux l'épouser!... Jacques Chambrun demeura une seconde comme abasourdi par cette révélation inattendue.

— Mon oncle, mon cher oncle, repris-je vivement, inquiet de l'effet que ^'avais produit, pardonnez-moi !... Si j'avais su votre désir, j'aurais lutté, j'aurais essayé du moins de lutter contre un sentiment que vous blâmez peut-être. Mai^ vous paraissiez vous-même trouver si naturelles mes relationsavec Juliette !... Cependant, jusqu'à ce jour, je vous l'atteste, je n'avais pas encore pensé que ce fût de l'^iniour que j'éprouvasse pour elle... C'est au 'moment delàquitter que j'ai senti combien je l'aimais...! . — Mon oncle, mon cher oncle... ne vous fâchez pas!... Je

', serais un mauvais curé, voyez-vous, et je serai, au contraire, un si bqp fnaji... si vous le permeitez,.. quand je reviendrai... dans quatre ou cinq ans... après avoir fait ma fortune!... Juliette m'attendra... oh! elle m'attendra I. •• Je pe j,iji ^ai encore parlé de rien... mais elle m'aime aussi... elle n'en épousera pas un autre que moi, j'en suis ceriain! Quatre ou cihq ans sont bien vite passés... et puis, je me donnerai ta,Qi de mal, qu'il faudra bien que je

,^.p^ryi^ni\p,l ,,J^t njoft, pè^e m'a assuré qu'avec .(l,u courage et de la persévérance j'arriverais trôs-v'iiê^r*'

Jacques Charabrm avait recouvré ses esprits; il dressa l'oreille à mes derniers mots.

— Ton père t'a assuré... répéta-t-il. Et quelle est donc la profession qu'il te propose?

— Mais la sienne, mon oncle.

— La sienne!

— Sans doute. Je vais le rejoindre à Villefranche, près de Lyon... où il est directeur d'un théâtre. Je serai comédien... comédien, comme lui.

Mon oncle se taisait de nouveau ; sa tête s'était inclinée sur sa poitrine, et, à travers les cils de ses veux, à demi fermés, je voyais poindre deux larmes... deux précieuses larmes... deux purs diamants sortis de son cœur.

J'allais parler encore... chercher à m'excuser... car je comprenais bien la cause de ces larmes...

Mais, du geste, il m'imposa silence.

— Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu! murmurat-il. Vous m'aviez donné un fils... vous me le retirez... Que votre volonté soit faite !...

Et étendant ses mains tremblantes au-dessus de moi :

— Ton père et ton cœur ont parlé, Aristide, dit-il, va donc rejoindre ton père... obéis à ton cœur... et... dans la profession que tu as choisie, pauvre enfant ! puisses-tu trouver la fortune et le bonheur que tu as rêvé.s, et revenir bientôt ici épouser celle que ta aimes; c'est mon vœu le plus cher.

La manière dont Jacques Chambrun avait prononcé ces mots : « la profession que tu as choisie, pauure enfant ! » avait un caractère de tristesse tellement douloureuse, que, malgré moi, en me relevant pour me précipiter dans les bras du vieux prêtre, après sa bénédiction, je m'é ;riai :

— Mon oncle ! mon oncle... mais si la profession de comédien vous semblait indigne, pourtant... il faut le dire... je prendrais tout autre métier plutôt que de vous déplaire !

Jacques Chambrun m'embrassa.

— 11 y a d'honnêtes gens partout, répliqua-t-il.

— Mais...

— Mais ton pèie e-T' uom'^urui!... ;-ui- donc comédien aussi... puisqu'il le veut, mou ami. Seulement...

— Seulement?

Mon oncle sourit comme s'il eût répondu à une pensée consolante.

— Non ! dit-il, il n'y a pas cela à craindre. Tu aimes... tu reviendras!...

— Oh !... je reviendrais pour vous seul, mon oncle!

— Je te crois, mon ami. Mais moi... je ne pourrai pas t'attendre peut-être... tandis qu'elle...

— Oh!...

— Allons! Quand pars-tu?

— Demain !

— Demain... C'est "nien. Kt juuettc connaît-elle déjà...

— Ce départ? Non.

— Va donc le lui apprendre, bel amoureux... Pendant ce temps, je dirai à Nanette de nous faire un joli petit dîner... le dîner des adieux... et, au dessert, nous boirons une fine bouteille à tes triomphes futurs, monsieur le Lekain, le Talma en herbe!...

Le récit de mon entrevue avec Juliette sera bref. Aussi bien, que dirais-je à ce sujet, que le lecteur n'ait déjà deviné.

Juliette pleura en apprenant que je partais.

Elle ou /rit de grands yeux en apprenant que j'allais jouer la comédie.

Jouer la comédie I Qu'était-ce que ce métier-là?

— Un métier des plus nobles, lui répliquai-je. en m'inspirantdes paroles de mon père. Un métier où, lors ju'on a du talent, on acquiert en même temps de la fortune et de la gloire.

-- Et comment acquiert-on du talent?

— En travaillant. •!■ i ■ > >,

— El tu brois (^e tu pourras devenir ùri trtYi'i ftcimé-

TFS Ml',\rOinF.S D'T'N nATîOTTN

Le grand roi riposte par an coup de pied (Page 27.)

— Je penserai h toi... je me dirai : a C'est pour elle que je veux arriver. . , » et j'arriverai.

— Et quand reviendras-tu?

— Oh! d'abord... je reviendrai te conter mes succès... dès que j'en aurai... puis... fixe toi-même l'époque à laquelle tu veux te marier?

Juliette sourit en rougissant.

— J'ai quinze ans... Est-ce trop tôt de se marier à vingt ans?

— Non ! Ce n'est pas trop tôt. Alors... tu me donnes cinq ans?

— Oui.

— Et tu m'attendras?

— Oui.

•— Tu me le jures?

— Je te le jure I...

— Sur quoi ?...

— Oh ! le vilain !... Eh bien ! je te le jure... sur ma vie, là... et sur la tienne !...

Pulchérie entrait au moment où, à la suite de son serment, je prenais un chaste baiser sur la joue fraîche et veloutée de ma fiancée.

— Hein ! Quoi? dit la servante.

— Il part ! dit naïvement Juliette.

— Comment ! il part M. Ristide ? Et où va-t-il?

— Il va être comédien... Il ne reviendra que dans cinq ans. Il peut bien m'embrasser une petite fois en me disant adieu ! Qu'en penses-tu, ma bonne?

Pulchérie me contemplait, tout ébahie.

— C'est vrai, ce que dit là mamzelle Juliette, monsieur Ristide? fit-elle. Vous quittez le village?

^ Oui, Pulchérie ; il le fetrt;'jequitteLttcy-les-Boîs... dès demain. - "- ' ' >'

— Et vpus espérez rejv^enir un jpur? , .,j^, . ..,

Pulchérie demeura un instant pensive, puis, me tendant la main :

— Eh bien ! vous avez raison, Ristide, dit-elle. Vous êtes trop savant pour rester, les bras croisés, dans un village... ^t nous nous étonnions même, quelquefois, madame Catherine et moi, que votre oncle ne s'occupât point davantage de vous. Vous aimez Juliette... Juliette vous aune... Oh! nous avions bien vu ça aussi, madame et moi!... Mais vous êtes trop jeunes encore tous deux pour vous marier maintenant... allez donc gagner un peu d'argent, vous faire une position... et à votre retour...

— Nous nous marierons, n'est-ce pas, Pulchérie? nous écriâmes-nous en même temps, Juliette et moi. Rien ne nous en empêcherai

— Et qu'est-ce qui vous en empêcherait donc, du moment que je... que madame Catherine ne demandera pas mieux?

D'ailleurs, vous n'avez pas tro,) de concurrents à craindre à Lucj-les- Bois, Ristide, Ils sont une douzaine de garçons ici... sans le sou... et tous plus laids les uns que les autres... On ne vous volera pas votre future en votre absence, ne vous inquiétez point !

Je poussai un soupir et, me penchant à l'oreille de Pulchérie :

— C'est égal, murmurai-je, je compte sur toi pour veiller sur mon bien, n'est-pas, ma bonne?

La grosse servante sourit.

— C'est convenu. Que me donnerez-vouspour ma peine?

— Tout ce que tu voudras!...

— Eh bien I... quand vous serez le mari de Juliette, vous me prendrez à votre service?... Est-ce convenu?

— Oh ! de ^rand cœur ! 'o .

— 11 suffit. On veillera sur votre trésor. Soyez sans

crainte. ' ''

Et nous échangeâmes, Pulchérie et moi, une rude poignée de main en maaière^e r£»tiâcation d,u pact^ quegocj^ venions de passer. ..\î>Mi>n«5«imul*i«

LES iMiiMOlUES D'UN CABOTIN

XIII. — j'arrive a villepranche et j'y cherche longtemps CE QUE j'ai sous LES YEUX.

Je quittai Liicj-les-Bois, le lendemain matin, dès le lever du soleil...

J'avais devant moi soixante belles lieues à faire de mon pied lé^er et, dans ma poche, cent beaux francs que mon oncle m'avait remis la veille, en m'adresabnt ses derniers adieux.

L'avouerai-je? le temps était si clair, l'air si léger, le nouveau a tant d'attraits pour une tète de dix-neuf ans, qr.e, tout amoureux que j'étais, je m'en allai presque content,

A dix-neuf ans, aussi, on a de bonnes jambes; je fis, sans me g-éner, mes soixante lieues en huit jours.

Ce fut uu dimanche soir que je franchis les murs de la petite ville de Villefranche où je devais retrouver mon pore à la tète d'une troupe dramatique.

Le dimanche est jour de spectacle en province. Mon père m'avait appris cela, avec bien d'autres choses encore, dans le courant de notre entretien sur la route de Vcrmenton, et j'avais conçu le projet d'ailer tout droit au théâtre, d'j prendre une place pour mon argent, et d'assi^ter incognito à la représentation.

Je m"étais dit que, devant me faire comédien pour le reste de mes jours, c'était bien le moins que je fusse public une fois pendant deux heures.

Mon premier soin, en enti^ant dans la ville, fut de m'enquérir de l'emplacement du théâtre.

— Suivez la grand'rue, me dit-on, et vous le trouverez au milieu de la place.

Au milieu d'une place, cela s'annonçait bien ; quand il y a quelque chose au milieu d'une place, c'est un monument.

Je suivis donc la grand'rue, m'apprétant à admirer.

Je parvins à la place où je ne vis rien qu'une de ces grandes baraques couvertes en toile, comme il s'en établit aux fêtes du village.

— Bon, fis-je en moi-même, on s'est trompé,, j'ai demandé le théâtre, et on m'envoie aux saltimbanques. Renseignons nous.

Un homme à cheveux gris, au dos courbé, passait,

— Monsieur, lui demandai-je, seriez-vous assez bon pour me dire où se trouve le théâtre de cette ville?

— Méchant gamin, riposta le passant, attends donc que tu aies de la barbe pour te moquer des gens !

Et ce passant passa.

J'étais resté stupéfait.

Avais-je été impoli sans le vouloir? Un marchand, non loin de là, prenait le frais sur le "seuil de sa boutique.

J'allai à lui; je retirai mon chapeau.

— Monsieur, dis-je, n'y aurait-il pas d'indiscrétion à vous demander le chemin qu'il faut prendre pour aller au théâtre?

— Si vous êtes aveugle, achetez un caniche, répondit le marchand.

Et il me ferma la porte au nez.

— On n'est pas complaisant dans ce pays-ci, pensai-je. Adressons-nous à ces saltimbanques; je parie qu'ils me feront meilleur accueil.

Je m'avançai vers la baraque. Sur le devant, il y avait des tréteaux et une plate-torme, à laquelle on arrivait par un escalier de planches tremblantes. Je grimpai; une vieille femme était assise à l'entrée.

si+u.ppeinjéres ou secondes? dit-elle.

— Madame, je désirerais seulement vous prier de m'indiffnèr bù èe trouve le théâtre. Est-ce loin d'ici? '

La^'Vieiil'ô se redressra comme «ncrin suriune' pelle rouge. ' M,-.. , i . I ■ , ' ,

w— Ahl tu veux faire poser m€ana»av toH'CWà-<Helîe. Astu fini, grande asperge ! r- ■ > .

— Hélas, madame, ropris-je, en quoi vous ai-^jo ofTeneéeï d'ui pensé qu« vo«8 fiainiez oel'H en votre qualité de Ballimbanque... tiMma-i *K u<i...ii.-. ;

— Saltim... saltim... saltimbanque 1 Ah ! canaille! Ah ! gredin ! Sauve-toi, polisson, o^ije vais chercher M. Rosabelle!...

— M. Rosabelle, vous le connaissez?

— Si je le connais, imbécile! Si je connais mon directeur!

En entendant ces mots, j'avais dégringolé l'escalier et je m'étais enfui, et, maintenant, consterné, je regardais de loin la baraf^ue en me disant :

— Eh quoi ! c'est là! Moi qui m'attendais à un palais, à un temple. Après ça, peut-être le théâtre a-t-il été brûlé récemment. Voyons toujours l'affiche.

La vieille était rentrée dans sa niche. Je me rapprochai, en le contournant un peu, — par prudence, — de ce que j'étais bien forcé d'accepter pour un théâtre, et je lus, suspendue à un poteau au-dessous d'un maigre quinquet, l'affiche dont je donne ci-contre le spécimen :

vsi^i.e: eîs: viil.i.ei;ï'r^j«cue.

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