BONS BOURGEOIS
On tire les rois chez les Beautrouillard. Des bons bourgeois cossus de Grenelle. Chez eux tout respire l'aisance et le goût de la majorité des petites gens passablement riches de naissance. La salle à manger est une pièce sombre à poêle blanc en faïence, avec dressoir « Louis XIV, » chaises idem, suspension en porcelaine à monture de nickel, natures mortes au rabais et le portrait d'ancêtre acheté il y a déjà plusieurs années rueDrouotàla laineuse vacation Chose.
Deux glaces se font face des deux cotés de la table.
Celle-ci est au complet. Le père, une magnifique calotte de drap d'or un peu de côté sur sa tète chauve et blanche, barbe de magnat polonais et des yeux matois. La mère, digne femme trop bonne. Un gendre un peu émêché, un autre gendre trèssérieuxeesoir. 11 ne Test pas toujours
Les deux lilles, deux boulottes, qui bafouillent.
Plus une vieille demoiselle de la campagne, parente du gendre qui est sérieux ce soir. Elle vient là pour la première fois de sa très longue vie.
Le dîner est lini. Le cale pris. Oui a été roi? Heine? Qu'importe, hélas!
Car voici qu'on parle littérature, oui ! — et Ton ne s'entend pas.
C'est dommage. C'était si beau, madame, si rare, mossieu, ce ménage patriarcal, cette calotte d'or, ce père de famille tout blanc qui tutoie l'un de ses gendres, celui qui est un peu émèché (l'autre gendre s'est toujours montré réfractaire à ces tendresses), c'était si beau, si rare, ce grand spectacle-là !
C'est précisément entre le gendre qui est un peu émèché et le superbe beau-père qu'a éclaté la discussion.
Celle-ci tourne à l'aigre. Des mots s'échangent, des allusions à la vie privée s'échappent ; de pots aux roses et de « cadavres » il en sera bientôt question, je le crains.
Cette période même est dépassée, la parole est à la vaisselle maintenant. Vous, gendre qui
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êtes un peu émêché, vous avez tort d'ainsi jeter les assiettes, les verres et jusqu'à des carafes à la tète du père de votre moitié qui rit là-bas sous sa serviette. Et vous, gendre qui êtes si sérieux ce soir, remuez-vous donc un peu, et vous sa femme, au lieu de lui serrer la patte sous la table, intervenez donc un peu, prenez pitié de maman qui crie depuis un quart d'heure au secours avec la persévérance d'un train en détresse.
— Prends garde à biplace au moins! dit le doux beau-père.
— Tiens, vieux... fourneau!
— Clic !
— Tiens, birbe infect ! ...
— Clac !
Cette fois la suspension a péri. L'obscurité sévit dans la salle à manger, quat re ou cinq chaises Louis X 1 Y suivent dans les airs la trace de toute la vaisselle et l'impie sort en ricanant, faut voir!
Des bougies sont apportées : dégâts indescriptibles. Le beau-père pantèle sur une chaise Louis XIV cassée. Les deux tilles et Madame aident la bonne à nettoyer, ramasser...
MÉMOIRES D'UN VKLF 4
(j2 mémoires d'un veuf
La parente de la campagne reste d'ailleurs impassible. Le gendre qui est sérieux ce soir sourit imperceptiblement, mauvais cœur, va!
— Mademoiselle, dit Madame à la parente de la campagne, agréez toutes nos excuses. Gela n'arrive jamais.