‹ Les Mémoires d'un VeufChapitre 14 sur 33 · MAL'ARIA · texte numérisé non relu

MAL'ARIA

Etes-vous comme moi? — Je déteste les gens qui ne sont pas frileux. Tout en les admirant à genoux, je me sens antipathique à une foule de peintres et de statuaires justement illustres. Les personnes douées de rires violents et de voix énormes me sont antipathiques. En un mot la santé me déplaît.

J'entends par sauté, non cet équilibre merveilleux de l'Ame et du corps qui fait les héros de Sophocle, les statues antiques et [la morale chrétienne, mais l'horrible rougeur des joues, la joie intempestive, l'épouvantable épaisseur du teint, les mains à fossettes, les pieds larges, et ces chairs grasses dont notre époque me semble abonder plus qu'il n'est séant.

Pour les mêmes motifs j'abhorre la poésie prétendue bien portante. Vous voyez cela d'ici : de belles lilles, de beaux garçons, de belles s

âmes, le tout l'un dans l'autre : mens sa.ua... et puis, comme décor, les bois verts, les prés verts, le ciel bleu, le soleil (for et les blés blonds... J'abhorre aussi cela. Etes-votis comme moi ?

Si non, éloignez-vous.

Si oui, parlez-moi d'une après-midi de septembre, chaude et triste, épandant sa jaune mélancolie sur l'apathie fauve d'un paysage languissant de maturité. Parmi ce cadre laissez-moi évoquer la marche lente, recueillie, impériale, d'une convalescente qui a cessé d'être jeune depuis très peu d'années. Ses forces à peine revenues lui permettent néanmoins une courte promenadedans le parc: elle a une robe blanche, de grands yeux gris comme le ciel et cernés comme l'horizon, mais immensément pensifs et surchargés de passion intense.

Cependantelle va, la frêle charmeresse, emportant mon faible cœur et ma pensée évidemment complice dans les plis de son long peignoir, à travers l'odeur des fruits mûrs et des fleurs mourantes.

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