MONOMANE
MOXOMAXE
La mise en scène toute nouvelle de plusieurs funérailles récentes avait frappé son esprit. Les dispositions mêmes d'un décor imprévu, les essais vers des effets non encore usités, tels que chars de fleurs, catafalques en plein vent, exposition de nuit avec torches et fanfares sous un monument de l'Etat (je crois, à moins qu'il ne soit de la Ville) enfin la foule immense accourue, recueillie ou non, à ces fêtes de la Gamarde. tout cela reluisait, s'édifiait, sentait bon la violette et la rose, défilant en musique dans sa coupole qui rêvait parfois être celle du Panthéon.
Il avait vu les obsèques du Tribun, presque touchantes de jeunesse foudroyée et aussi d'improvisation artistique décidément réussie. 11 avait vu les derniers honneurs rendus au Poète (même il y avait été débarrassé de sa montre par
un mangeur de saucisson qui vendait des emblèmes, et de son porte-monnaie par une adorable petite curieuse au faux-cul sans pair).
Ces honneurs lui avaient paru étranges à vrai dire, et la présence là de gymnastes en costume et d'orphéonistes ficelé* des dimanches ne lui revenait pas trop. Mais ces couronnes ! Mais le corbillard des pauvres et la touchante idée de l'entourer d'un bataillon scolaire, quelle tramontane çà faisait perdre au pauvre homme, quelles campagnes il en battait, quel poing sur ce dynamomètre !
Le corbillard des pauvres lui suggérait bien des divagations. A le considérer comme pur et simple parmi tant de somptuosités, il disait, interprète de son client, ce véhicule orgueilleux : «Ah! ah! tas d'imbéciles, tourbe de badauds?, vous avez blagué mes antithèses de mon vivant ; eh bien, voilà ma dernière et c'est la bonne, pleurez et erudimhii. »Et c'est qu'en effet beaucoup de larmes furent répandues ce jour-là, au milieu môme de la rigolade générale. Tel l'acte pour mouchoirs à un théâtre de mélodrame. « O peuple, ajoutait la voiture hautaine, peuple absurde qui m'as fichu des balles heureusement