DELIGNY, DUMONTEL, MATHILDE
DUMONTEL , entrant vivement. Ah ! ma correspondance est terminée.
DELIGNY. Déjà !
DUMONTEL. Voilà comme je suis, j'expédie les affaires avec une promptitude. ..(i^art.) Je n'ai pas pu écrire une ligne. [Haut.) Mais qu'avez-vous donc , vous , surtout , chère amie?...
MATHILDE. Je n'ai rien, monsieur.
DELIGNY. Nous causious... je parlais à madame du procès en séparation que je viens plaider ici.
DUMONTEL , à part. Comme c'est adroit !
* Deligny, Mathilde.
(Haut.) Ah! bah! vous causiez procédure... ça devait être amusant.
MATHILDE. Oui, monsieur... votre ami est le défenseur de l'épouse , et , puisque vous voilà, je voudrais savoir si vous pensez comme nous que sa cause soit la meilleure.
Dvno^TEL, à part. Où veut-elle en venir?.. (Haut.) Soit, je serai le président. {Il va prendre une chaise et s'assied au milieu du théâtre.) Je résumerai les débats... parlez défenseur, la séance est ouverte.. . vous disiez donc. . .
DELIGNY. Je disais à madame.. .
MATHILDE , s'assayant. Pardon , je désire expliquer moi-même. ..
DUMONTEL. Parlez, madame... (iZ>e%wy.) Mon ami, le président te retire la parole.
MATHILDE. Si VOUS avicz épousé, me disait monsieur, un homme beaucoup plus âgé que vous...
DUMONTEL. Fort bien. {A part.) Allusion à notre mariage !
MATHILDE. Que VOUS l'cussiez épousé sans amour...
DUMONTEL. Ah! ah! sans amour ?... du tout, du tout?...
MATHILDE. Du tOUt, du tOUt !
DELIGNY. Diable! qu'est-ce qu'elle dit donc là?
DUMONTEL. C'est à merveille!... continuez.
MATHILDE. Et qu'après deux ou trois mois d'une union... pénible d'abord, supportable ensuite, et qui peut-être à la longue eût pu vous devenir chère...
DUMONTEL. A la longue... très à la longue... c'est toujours quelque chose. ..
MATHILDE. Si VOUS eussiez appris , disait encore monsieur... que votre époux, indifférent chez lui , portait ailleurs une tendresse que vous n'auriez pas su lui inspirer.
DUMONTEL. Ah ! ah ! voilà qui devient grave... mais il faudrait être bien sûr qu'une pareille accusation. . .
DELIGNY , à part. Où allons-nous , mon Dieu! où allons-nous?
MATHILDE. Cette accusation est prouvée.
DUMONTEL. Prouvéel... Qui ose dire?. ..
Ils se lèvent.
DELIGNY. Prouvée dans la cause que j'ai à défendre.
MATHILDE. Toute la ville n'est-elle pas initiée à une histoire scandaleuse ?
DUMONTEL. Une histoire scandaleuse ?
DELIGNY. Permettez. .. je n'ai pas dit.
MATHILDE. A une histoire de duel, enfin !
DUMONTEL. De duel ! ( A part. ) Est-ce
qu'il aurait appris à ma femme mais ce
serait charmant !
DELIGNY. 3Iidi et demi... pardon, mille
pardons, on m'attend à l'audience... j'ai bien l'honneur...
DUMONTEL, V arrêtant. Un instant, donc!.. Vous disiez, madame.. .
MATHILDE. Que le mari .s'est battu, battu pour une femme... et maintenant, monsieur le président, que pensez-vous de la cause de ce mari ?
DUMONTEL. Qu'elle est détestable et mille fois perdue !
DELIGNY, à part. Ah! bahl il se condamne lui-même !
MATHILDE. En vérité, vous croyez...
DUMONTEL. A moins de circonstances particulières.. . à moins que l'accusé ne trouve une justification éclatante dans le motif même de ce duel.
MATHILDE. Mais c'est impossible !
DELIGNY. On ne peut plus impossible !
DUMONTEL. Sans doute, car il lui faudrait une preuve irrécusable de son innocence;par exemple, une lettre de son adversaire qui reconnût ses torts , et prouvât que l'homme qui se battait la veille de son mariage pour la réputation d'une femme défendait son propre honneur.
MATHILDE. Comment?
DUMONTEL. Puisque cette femme qu'on attaquait allait porter son nom, puisqu'il devait le lendemain la conduire à l'autel.
DELIGNY. Ah! bah! ce serait pour...
MATHILDE. Eh! quoi! monsieur, ce duel., .
DUMONTEL , présentant une lettre. Voici justement le document en question.... c'est une lettre semblable qu'il faudrait à l'accusé, à ta partie adverse.
Mathilde la prend et la parcourt.
DELIGNY, embarrassé. Oui... à ma partie adverse... [A part.) Diable!
MATHILDE. Oui , cu effet , tout cela est vrai, bien vrai... Ah ! monsieur !... et vous ne m'avez jamais dit...
DUMONTEL. Allons donc! attrister encore les premiers jours d'un mariage qui ne vous promettait déjà que trop peu de bonheur ! j'ai mieux aimé vous cacher cette blessure , et souffrir en silence.
MATHILDE, à part. Comme je le jugeais mal!
DELIGNY, à part. Où diable ai- je été parler de ce maudit duel !
DUMONTEL. Et, sur ce, la cause étant entendue , le président met l'accusation au néant, et renvoie les parties dos à dos.. .Mais il est une heure passée , on attend Deligny ; partons, cher ami, je vais t'accompagner.
DELIGNY. Oui , oui, partons !* Madame , j'ai bien l'honneur...
DUMONTEL , à part. Je ne suis pas fâché
* Deligny, Mathilde, Dumontel.
MAGASIN THÉÂTRAL
de la laisser un peu seule, et de voir ensuite ce qu'elle aura ajouté h ses chers petits mémoires.
MATHiLDE. 3Iais uîon ami...* DUMOKTEL. Je reviens dans un instant.
ENSEMBLE
Air :
(A part.) Pour la protéger quanti j'ai risqué ma vie , Mon sort fut digne d'envie ; Combien je bénis sa perfidie 1 Ce beau jour Me rend son amour !
MATHILDE, ci part.
Eh ! quoi I c'est pour moi qu'il a risqué sa vie ! Mon sort est digne d'envie !
Et je le taxais de perfidie 1 Ah ! ce jour Lui rend mon amour !
DELiGNY, à part.
Eh ! quoi ! pour sa femme il a risqué sa vie? L'accuser de perfidie, J'étais l'écho d'une calomnie...
A mon tour, Je perds son amour l
Me voilà battu !
J'ai perdu La première manche!
DCMONTEi., à part.
Il est confondu !
DELIGNY, à part.
Je viendrai prendre ma revanche.
MATHILDE, àpart.
Ah ! pour mon mari Je n'avais jamais ressenti Tant d'amour qu'aujourd'hui 1 DUMOKTEL, àpart.
Chers mémoires, merci !
ENSEMBLE
Pour la protéger, etc.
BIATHILDE.
Eh 1 quoi ! c'est pour moi, etc.
DELIGNY
Eh ! quoi ! pour sa femme, etc.
Ils sortent.
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