‹ Les mémoires de deux jeunes mariéesChapitre 30 sur 40 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

DUMONTEL , seul

Comment ! il ne veut plus s'en aller à présent, il veut rester ici!... Mais que s'estil donc passé, grand Dieu!... Et moi qui comptais sur ma justification, sur la délicatesse de ce procédé qui Mais, bah!

qui sait, depuis une demi-heure, quelles idées ont passé dans la tête de ma femme ! .. . qui le sait?... Eh! parbleu, ses mémoires... depuis que je l'ai quittée elle a dû y ajouter quelques hgnes... Je suis seul... eh! vite!... {Il ouvre le secrétaire et prend les mémoires d'Amélie. Lisant.) « Mémoires d'une jeune «mariée. » [Parlé.) C'est bien cela... quand je pense à ce qu'elle dit de moi au commencement de ce journal, il me prend des envies de le déchirer! [Lisant.) « Que je suis «heureuse!...» [Parlé.) Hein!... [Lisant.) «Que je suis heureuse!... » [Parlé.) Ça doit être une erreur!... [Lisant.) « Mon » mari est le plus spirituel, le plus aimable, » le plus beau des hommes!... » [Parlé.) Qui ça, moi?... Ah ça, qu'est-ce que je lis donc là?... c'est cependant bien l'écriture... Eh! non, c'est de l'anglaise droite, et celle de ma femme est... (// regarde à la fin.) Signé : « Amélie. » Encore une qui écrit ses mémoires. [Lisant.) ((Amélie, femme Deli- » gny. )) [Parlé.) C'est la femme de son frère. [Lisant.) « Ernest vient de me quitter... » {Parlé.) Ernest!... mais c'est son nom. .. . c'est parfaitement son nom, à lui! [Lisaiit.) « Ernest vient de me quitter pour aller au » palais... » [Parlé.) Au palais!... il n'y a plus le moindre doute ! c'était sa femme !"... Ah ! je comprends son embarras, ses erreurs à propos des noms de ses frères!... Ah! tu caches ton mariage, mon gaillard!... c'est assez bon à savoir. Continuons, continuons ! (Lisant.) « Pour aller au palais... et je pro- » fite de son absence pour penser encore à » lui, pour te dire combien je l'aime, com- ))bien j'en suis aimée! » [Parlé.) Ce n'est pas ma femme qui écrirait de ces choses-là!. . .

Voyons un peu plus loin. [Lisant.) « Dix- » huitième journée : Plains-moi, chère amie, » mon mari est un monstre, un infidèle !..,»' (Parlé.) Ah bah! [Lisant.) « Je viens de » découvrir, dans une petite cassette, plus » de cinquante lettres de femmes. . . » [Parlé.) Tiens! tiens! tiens ! (/.t^-an^.) «j'étais dans » les larmes, en proie au plus violent déses- » poir, quand j'ai reçu la visite de mon cou- » sin Emile... Il cherche à me consoler... » Pauvre Emile! comme il m'aimait, lui!... » sa douleur me touche, m'attendrit... et si » mon mari n'arrive bientôt... ah! plains- » moi, chère amie!... » [Parlé, riant.) Ah ! ah! ah !. .. et lui aussi !.. . lui aussi !

Air de l'Apothicaire.

Plains-moi, dit-elle ; en vérité, C'est le mari qu'il faudrait plaindre ! Voilà, pour sa tranquillité.

Un petit cousin fort à craindre 1

Riant.

Ah 1 c'est charmant 1

S' arrêtant.

Tu ris, sans cœur!...

Oui, car en semblable matière, Rien ne console d'un malheur Comme le malheur d'un confrère.

Et d'ailleurs voilà plus qu'il n'en faut pour le renvoyer à Paris! [Il met les mémoires dans sa poche.) Ah! c'est une jolie invention que les mémoires!... Mettons-le en fuite aujourd'hui même... Mais un instant!... je ne veux pas qu'il emporte la pensée qu'il a pu plaire à ma femme ; c'est bien assez que j'en aie la certitude, moi.... Profitons des pages que j'ai parcourues ce matin, et persuadons à Deligny que c'est de concert avec moi que ma femme a fait la coquette... du moins l'honneur conjugal sera sauvé... c'est toujours quelque chose.

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