‹ Les mémoires de deux jeunes mariéesChapitre 31 sur 40 · DELIGNY, DUMONTEL · texte numérisé non relu

DELIGNY, DUMONTEL

DELIGNY, entrant j à part. Elle n'est pas venue au pavillon !

DUMONTEL. C'est lui! de l'adresse.

DELIGNY. Ah ! tu es encore là ?

DUMONTEL. Oui, mon ami, je t'attendais... j'ai à te parler sérieusement.

DELIGNY, à part. Sérieusement!... se douterait-il?...

DUMONTEL. Il se peut que tu quittes bientôt notre ville... et j'ai voulu avant te faire mes excuses...

DELIGNY. Tes excuses?

DUMONTEL. Mes excuses bien sincères, et celles de ma femme.

DELIGNY. Et celles de ta femme... mais à quel sujet?

DUMONTEL. A proposfjela petite plaisanterie...

DELIGNY. La plaisanterie. ..

DUMONTEL. La petite mystification... pardonne-moi le mot...

' DELIGNY. Mais enfin, quelle mystification?

DUMONTEL. En province, mon cher, on est tellement inoccupé... et puis, vous autres Parisiens, vous avez tant de fois ri à nos dépens... que nous avons voulu rire un peu aux tiens. .. tu es un peu avantageux, un peu fat!...

DELIGNY. Mais enfin!...

DUMONTEL. Et uous sommcsconvenus, ma femme et moi, de te tourner la tête, de te rendre amoureux.

DELIGNY. Amoureux!

DUMONTEL. Amoureux... d'elle... bien entendu !

DELIGNY. Use pourrait !... c'était un complot !

DUMONTEL. Justement!... un complot contre le repos de ton cœur î. .. et comme je me prêtais à la circonstance... Hein?... te souviens-tu commej'insistais pour vous faire aller sans moi à la pêche?

DELIGNY. Comment ! cette partie de pêche, c'était. . .

DUMONTEL. C'était un complot... et hier, hier, mon profond sommei] à l'heure où nous devions nous promener tous les trois. . .

DELIGNY. Encore un...

DUMONTEL. Encore un complot !

DELIGNY. Allons donc! cela ne se peut pas!

DUMONTEL. Et Ics parties de piquet... ces parties que tu perdais toujours, en te moquant de moi... Allons, avoue que tu te moquais de moi, que tu me trouvais bien bête.

DELIGNY. Eh bien, oui, je l'avoue...

mais...

DUMONTEL. Merci !.. . Eh bien, c'est moi qui riais à tes dépens, en empochant ton enjeu... car ma femme me racontait tous les petits progrès que tu croyais faire dans son cœur, toutes vos conversations, toutes tes déclarations!

DELIGNY. Comment! j'aurais été joué de la sorte ! non ! c'est impossible !

DUMONTEL. Je te jure, mon ami...

DELIGNY. C'est impossible, te dis-je !

DUMONTEL. L'amour-propre de monsieur se révolte, il refuse de croire à l'évidence.

DELIGNY. Oui, je refuse!... car l'évidence... l'évidence, la voilà!

Il montre les mémoires.

DUMONTEL. Qu'esl-ce que c'est que ça ?

DELIGNY. Peu de chose, ça ne te regarde pas!

DUMONTEL. Mais, si fait! je reconnais les mém oircs de ma femme !

DELIGNY. Ah ! lu sais donc?...

DUMONTEL. Certainement!

DELIGNY. Eh bien, oui!... oui, ses mémoires!... et si tu crois encore qu'elle m'ait pris pour dupe, je vais t'en ,irc quelques passages.

DUMONTEL. IMcrci! je les connais.

DELIGNY. Si! si! je serais bien aise de te convaincre... Ecoute un peu.

DUMONTEL. Soit (lonc!.. . {Tirant les mémoires de sa poche.) Soit'... mais, tu m'entendras à ton tour !

DELIGNY, lisant. « Mémoires d'une jeune mariée. »

DUMONTEL, lisant. «Mémoires d'une jeune mariée. »

DELIGNY. Hein ?

DUMONTEL. Va toujours!

DELIGNY. Que lis-tu là?

DUMONTEL. Et toi?

DELIGNY. Tu le sais bien, les mémoiresdc ta femme.

DUMONTEL. Eh bien, moi, je lis les mémoires de la tienne.

DELIGNY. D'Amélie!.... elle écrit aussi ses... Ah ça, elles ont donc toutes la rage des mémoires!

DUMONTEL. Il paraît que c'est à la mode.

DELIGNY. Mais comment se trouvent-ils entre tes mains?

DUMONTEL. Tu le sauras plus tard; continuons... ça commence très-tendrement

DELIGNY. Parbleu! c'est bien naturel., il n'en est pas de même ici!

DUMONTEL. Bou ! bou ! je connais mon affaire, moi ; passons à la page huit.

DELIGNY. J'y consens, mais nous reviendrons sur les premières.

DUMONTEL. Y sommes-nous?

DELIGNY. Page huit, m'y voici! {Il lit.) « Ce jeune homme est vraiment très-aimable!... » {Parlé.) Très-aimable!...

DUMONTEL, impatienté. Passons à la page neuf.

DELIGNY. Du tout! du tout!... {Lisant.) « Quand je suis auprès de lui, j'oublie jus- » qu'à la solitude qui m'environne... »

DUMONTEL, lisatit. « Plains-moi, chère » amie, car mon mari est un monstre! »

DELIGNY. Ah ! bah !

DUMONTEL. « Un moustre ! un trompeur!

un infidèle! etc., etc. »

DELIGNY. Comment ! il y a...

DUMONTEL. Il y a beaucoup d'et cœtera.

{Lisant.) « Je viens de découvrir, dans une » petite cassette, plus de cinquante lettres » de femmes. »

DELIGNY

MAGASIN THÉÂTRAL

Ali ! mon Dieu î maladroit que

je SUIS . , , ,

DUMONTEL, Usant. « J'étais dans les larplus violent déses-

mes poir.

en proie au

Pauvre petite !.

elle m'aiaie

DELIG^Y.

tant!...

DUMONTEL. Oui; attends un peu!... (Lisant.) 0 Au plus violent désespoir, quand » j'ai reçu la visite de mon cousin Emile... »

DELIGNY. Son cousin!

DUMONTEL, Usant. « Il cherche à me con- « soler... Pauvre Emile ! comme il m'aimait » lui!... Sa douleur me touche, m'atten- » drit... et si mon mari ne revient pas » bientôt... ah! plains-moi, chère amie! »

DELIOY.

Air : Ami du vin, de la gloire et des belles. Qu'ai-je entendu?

DCMONTEL.

Ce cousin qui débute Est un rival à redouter pour toi.

DELIGNT.

Il a raison , sans perdre une minute.

Je ^ais partir par le premier convoi 1 Pour échapper au sort qu'on me destine, Grâce aux wagons, j'irai comme l'éclair!

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