‹ Les mémoires de M. Goron, ancien chef de la SûretéChapitre 12 sur 28 · UN NOUVEAU DRAME · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU DRAME

I « Hier, dans l'aprés-midi, M. Taylor, chef j delà Sûreté, s'est présenté chez M. Bessac, ' directeur du Château-d'Eau.

Après avoir d^cUuè ses noms et qualité, l'habile policier s'est exprimé en ces termes;

— Monsieur le Directeur, mes fonctions me laissant de nombreux loisirs, j'ai cru bon de les consacrer à la composition d'un drame qui fera, sans nul doute, la fortune de votre théâtre.

— Je ne demande pas mieux, répondit poliment M. Bessac.

— Naturellement, j'ai choisi un sujotquei mieux que personne, j'étais à même detrlK ter avec toute l'exactitude qu'exige le théâtre moderne.

— Vous avez bien fait.

— 'Mon drame a pour titre : VHistoïre d'Wi Crime,

— Parfait.

— Je crois inutile de vous le lire et il ffl* suffira, je pense, de vous indiquer le nomiJflS tableaux pour que vous le receviez avec 6»" thou3i;isme.

— A quelle époque se passe votre action'

— De nos jours, sous M. Gragnoti.

— Tant mieux, les costumes ne couleront pas cher.

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|i Je V0U9 dis que c'est du bon DaLuralisme.

fQtez plulôl...

El M. Taylor. dépliant un manuscrit, ae U & lire :

Bmier acte. — Le crime se commet.

uxième acte. — La police recherche l'as-

oisième acte. — L'assassin resie introU'

littrième acte. — L^ police cherche lou-

quième acte. — L'assassin échappe dé- [ttâmenf.

Taylor replia son rouleau et ajouta avec lurire de triomphe ; Hein, est-ce assez vécu ? »

i bien, cette légende était injuste comme lue toutes les légendes. M. Taylor n'éifeut-éLre pas le chef de la Sûreté idéal ; iêté sans doute un meilleur juge d'ins- Ion, car il lui manquait celle aciivlté !gue, sans laquelle la chasse aux malfaileat impossible, et aussi ce goût du pit' que, cet instinct artistique, passez-moi

le mot, qui fait qu'un homme de police ne vît plus avant d'avoir ilécouvert la solulioQ du problème qu'il doit résoudre. Mais c'était un esprit précis, ayant une foule de connaissances très utiles, et s'il n'y mettait pas d'emballement, il dirigeait avec sagacité les recbercbes de ses agents.

La vérité, c'est qu'il avait la guigne.

n lui était tombé à la fols un si grand nombre de crimes dans le même mois qu'il lui était impossible de les instruire tous avec la même ardeur, et qu'il n'avait pas sous la main des agents capables assez nombreux pour suivre toutes les pistes.

Il y a des périodes de guigne et de veine.

M. Maeé avait eu à la Sûreté un règne très brillant; M. Kuhn, qui lui succéda, était le plus actif, le plus résolu des policiers, et ses hommes disaient : a II lui manque un bras, mais il n'est pas manchot ». — Il n'avait pas été moins heureux.

La période de maiechaoce était venue avec M.Tayior qui avait un grand défaut, celuid'ôtw un sceptique, et de ne croire à rien, ni aux dénonciations, ni aux lettres anonymes, ni au

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hasard. SausdouLe, il faut avoir pour les lettres nonymes et pour leurs auteurs le .mépris qui buresl dû, et je n'ai jamais reçu une délation ■e ce genre sans être dégoûté de sa Ucheté ; mais un policier doit avoir pour [iriucipe que loul est possible en matière cnuiiiielle ; il ne

I doit rien négliger. Je me souviens qu'un jour . Taylor avait reçu une lettre anonyme ainsi

['tODçue : " Monsieur, si vous voulez trouver une bande de voleurs, rendez-vous rue Buutebrie, à l'hôtel X... : vous y trouverez, dans

»s chambres des sieurs Un Tel et Un Tel, >ux valises remplies d'argenterie et debi- UX. a — Si nous y allions, demandai-je ?

— A quoi bon ? fit M. Taylor, haussai] t les épaules. Une simple fumisterie pour faire courir la police. Envoyons simplement un agent. Ce 3er<i très suffisant.

Néanmoins, j'insistai vivement, mû par celte sorte de pressentiment, d'instinct, de flair, si ifOus voulez, qui avertit le policier qu'il .est ur une piste. M. Taylor, qui était très courttis, pour me faire plaisir consentit à prendre me voilure et à venir avec moi. Non seule-

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ment uoua trouvâmes Ifs deux valises, mais toute une bande, dite la handede Niort, doiki 18 ou 20 affiliés Turent coiuiamués au bagne

EnSn, comment dirai-je cela ? M. Taylc était trop rigoriste, trop puritain, pour un dl^ lier dont l'unique oljectif est l'arreslalion de, criminels, et dans lequel les audaces son indii^pensables. Et puis, il c'avait pas ea cette chance qui m'arriva plus tard, quand jene pouvais mettre la main sûr un assassia^ la chance de le voir venir tranquillement aâ constituer prisonnier aux bureaux de la Sûreté ! ' •

Je dois aussi très sincèrement déclarer qu'LJ y avait encore une autre raison pour que le* « fours » de M. Taylor, comme on disait alûFS ■ acquissent une importance extrême. Très eifct lier dans ses idées, estimant que les renseignements donnés aux journaux peuvent ÔU< nuisibles aux affaires criminelles, il refusai, systématiquement de recevoir les journalisleai Ceux-ci n'avaient pas tardé à tirer de ïtl une vengeance dont la portée était indisCd table.

U. Taylor, qui avait eu comme commissai*

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