‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 119 sur 157 · CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIll

Des grâces que le roy de France rendit a nostre Seigneur, et ordonna à chacum an y en la mémoire de la victoire que Dieu lui avoit envoyée , faire processions générales par tout son royaulme, qui se feraient le gutttorsième jour d'aousty et de ^ordonnance des gens d'armes et de leurs habillements.

Quant le roy fut retourné à Tours y il rendit grâce à Dieu de sa noble conquesté et victoire , et par délibération de son conseil, il commanda de célébrer processions générales par tout son royaulme,lc quatorzième jour d'aoust, en suivant et delà en avant par chacun an : de ce il envoya lettres patentes aux prélats partout son royaulme, requérant de ce faire. Par ce que cidessus est assez parlé des assemblées des gens d'armes que les princes et seigneurs tenoient et avoient, et comment l'un avoit deulx cents lances, l'autre trois cens, et ainsi plus oa moins, il est bon de faire entendre ce qu*on appelloit une lance , et quelle suite elle avoit; il est vrai que par l'ordonnance que le Roy avoit mise en son royaulme, laquelle montoit d'ordinaire sans les seigneurs , princes seigneurs , fieffés et arrierûcffés qui doivent servir , il avoit dix sept cens lances. Ceulx qui estoient de cette ordmoanee de dix sept cens lances de mois en mois , soit que le Roy eut guerre ou non, les gens do plat pays , et des bonnes villes les payoient par une taille que icelui roy avoit mise, laquelle on appe loit la taille des gens d'armes; et avoit chaciin homme d'armes quinze francs monnoie royalle, pour ses trois chevaulx, assavoir, pour loi, son page et un ginsarmier ou censtillier; et chacun archier, pour lui et son cheval sept franes et demy le mois : durant la conquesté de Normandie touts les gens d'armes du roy de France^ et qui estoient en son service , fut-ce d'icelle ordonnance ou non, furent touts paies de leurs gaiges de mois en mois ; et n'y avoit sy hardy qui osasi prendre durant ladite guerre ou conquesté de Normandie, prisonnier, ny rançonner cheval ni aultres bestes quelle qu'elle fut, vivre en aucon lieu sans payer , fors seulement sur Icenix Anglois , et gens tenant ce party. Geaix-là poolvoient-ils bien prendre licitement : touts eeuix pareillement qui gouvernoient l'artlUerie estoient payés de jour en jour, en laquelle y av<Ht le plus grand nombre de grosses iMHnliardes , gros canons, serpentines, crapaulx-deaalx, eonl-

(2) Guerrier qui portait une ^tMirm«, ouharkei rieui trancha n«.

MEMOIRES DK lill CLEnCQ.

leuvrines, le tout bien garni de pouidre, manteaulx et aultres clioses pour approcher et prendre villes et chateaulx , et moult grande foison de charois pour les mener , et des manouvriers pour les gouverner ; estoient commis à Tartillerie messire Jelian Bureau , et son frère qui en faisoient moult bien le debvoir, et à la vérité dire durant cette conqueste de Normandie le plus de villes et dechasteaulx eussent été prins d'assault, et par force d*armes; mais quand les places estoient approchées ^^ prestes à assaillir, le roy de France Charles en avoit pitié, et voullolt qu'on les priut par composition , pour obvier à Teffuslon de sang humain et à la destruction du pays et des peuples.

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