‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 120 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Comment la ville de Bordeaulx fut mise et rendue en la main du rog de France y et de Ventrée gue feirent les gens du Roy en ladite ville de Bordeaulx,

Apres que les commis à faire le traitié de Bordeaulx, eurent besoingné avec ceulx dudit lieu, ils retournèrent vers le comte de Dunois , lieutenant générai du roy de France, le chancelier de France et aultres du conseil , et leur monstrerent l'appointementtant d'un costé que d'autre mis par escript dont ils furent fort joieulx ; et fut la chose déclarée l'espace de huit Jours ; après le dimanche à eulx octroyé par ledit lieutenant, auquel jour ne comparut aulcuns secours, et néanmoins contre les promesses faietes par ceulx de Bordeaulx, eux coniians tousjours d avoir secours , requirent Jour de bataille , lequel Jour leur fut octroie au quatorzième Jour de juin, auquel Jour ils furent attendus à la bataille, jusques au soleil couchant ; et à cette heure ceulx de Bordeaulx voyant avoir faulte de secours , feirent faire cry par un hérault , lequel cryoit secours de ceulx d'Angleterre pour ceulx de Bordeaulx , auquel cry ne fut aulcunement répondu : parquoy partirent de là icelles parties , et s'en allèrent loger sans aultres choses faire, pour cette heure ; et le lendemain, le chancelier et le thrésorier de France avec plusieurs aultres retournèrent par^devers ceulx de Bordeaulx, lesquels appointèrent que le merci*edy en suivant, ils seroient touts prests de rendre la ville et bailler les clefs des chasteaulx , havr^ , ports et barrières de la ville, et foire les serments d'estre bons et loyaulx subjects du roy de France. Fut ordonné le thrésorier de Franœ , pour les grandes diligences qu'il avoit faites à poursieulte

du duché de Guyennes, maire de la cité de Bordeaulx ; et pareillement fut aussi or.d9nné connestable dudit lieu Joachim de Rohault. Au mercredi ensuivant , qui estoit prins pour rendre la ville , furent préparés les sieurs de Bordeaulx et ceulx du pays pour plus honorablement recepvoir le comte de Dunois , comme lieutenant du roy de France , et la seigneurie estant avec lui : ce jour ils prindrcnt la possession de ladite cité, et entrèrent les premiers par ordonnance d'icellui lieutenant , messire Thybault de Valpergue, baillyf de Lyon, et messire Jehan Bureau , thrésorier de France et maire d'icelle ville, auxquels furent baillées les clefs de touts les lieux forts estants en cette ville ; et a l'entrée ne furent point les archiers, à la requeste de ceulx de Bordeaulx , mais furent envoyés loger autour de Libourne ; icelle entrée de Bordeaulx commença à soleil levant \ là estoient les sieurs de Lesparre, de Môntferrant, et plusieurs autres nobles et notables sieurs du pays; tous les gens d'église estoient revestus de cappes,rarchevesque print un missel, et feit jurer et promettre au lieutenant et aulx aultres , que le Roy les maintiendroit en leurs franchises et privilèges anciens; et pareillement le lieutenant feit jurer l'archevesque , le sieur de Lesparre , et les aultres, qu'ils seraient à toujours bons et loyaulx subjects jdu roy de France, ce qu'ils accordèrent touts d'une voix , les mains tendues en hault. Bu serment fut exempté le ^ captai de Buch , qui pour lors estoit chevalier ^ de la Jartière de l'ordre du roy d'Angleterre. Après le serment faict et la messe chantée, chacun se retira en son hostel pour disner ; mais ne demoura guère après disner , qu'il ne fut grand rumeur en la ville, par un des gens du Roy, lequel après le cry faict solemnellement à son de trompe qu^ nul ne prinst sur son hoste, ni ailleurs aulcune chose, sans payer, ce transgressa du commandement ; il qui fut prins par les gens du Roi et comdampné à estre pendu, conune 11 le fut; laquelle chose plut moult à ceulx de Bordeaulx et du pays ; au surplus le lieutenant du Roy feit faire un gibet tout neuf pour pendre cincq compagnons de l'ost du lieutenant, lesquels en faveur de Guillaume de Flany avoient navré à mort messire Pierre de Louvain , chevalier au service du Roy, et l'avoient espié par plusieurs Journées pour le tuer ; et disoit-on que ce faisoieht faire messires Charles, Hector et Raoul de Flany chevaliers et frères dudict Guillaunae de Flany capitaine de compagnie, lequel Guillaume certains temps aupai*avant avoit esté meurdry par son barbier qui lui avoit coppé ja gorge à la requeste de la femme dudit messire Guillaume, et

UBUOIAES DE DU CLIfiCQ.

après qu'il lai eut coppé la gorge eu une place entre Noyon et Gompiegne où il se' tenoit comniunément, icelle dame print un coussin, et lui meit sur le visaige et l'étouffa : assez-tôt après icelluy messire Pierre de Louvain vint au cbasteau , et emmena la femme de Guillaume, laquelle tôt après il espousa. Icelui Guillaume en son temps avoit esté tousjours tenant la partie du Roy, vaillant homme de guerre, mais le plus thirant et faisant plus de thirannies et horribles crismes qu'on peut faire , comme prendre filles malgré touts ceulx qui en vouloient parler, les violer, faire mourir gens sans pitié, et tes rouer ; entre les aultres il avoit fait mourir le père de sa femme, et combien qu'il fut vieulx et de soixante ans, fort gros, et sa femme, belle et Jeusne de vingt à vingt-quatre ans , sy avoit-il tousjours des aultres neufves filles qu'il maintenoit en adultère, et avec ce menaçoit souvent sa femme , qui paraventure fut cause de sa mort; touteCfois h cause que sa mort fut villaine et deshonneste, il en desplaisoit à ses frères, et pourchassoient ce qu'ils pouvoient par Justice que sa femme fût harse : mais oncques n'en peulrent avoir raison à leur volunté; Us avoient esté six frères, dont trois avoient toiy'ours tenu la partie du Roy, et les aultres trois la partie du duc de "Bourgongne. Ceulx qui tindrcut la partie du Roy, furent ledit Guillaume , messire Charles chevalier, et un aultre qui mourut au siège de tlSompiegne d'un traict , estant à une fenestre ; toute-fois iceulx cinq compagnons furent pendus , et ainsi fût par iceluy lieutenant fait justice, dont ceulx de ladite ville et cité furent fort joyeulx. Car du temps qu'ils estoient es mains des Ânglois, il n'y avoit que voies de falcts. En icelle ville de Bordeaulx séjourna icelluy lieutenant par l'espace de dix jours ou environ pour y mettre police et gouvernement, et tellement que les gens de guerre s'y gouvernoieilt gratieusement, et que pendant ce temps, nulle extorsion ne fut faicte à aulcuns de la ville : par la manière dessusdite , fût conquise la duché de Guyennes excepté la ville de Rayonne, à laquelle conqueste faire se portèrent vailiament touts les sieurs dessus nommés , et tous ceulx qui furent en leur armée, laquelle armée fut estimée à vingt mille combatans. Le comte de Glermont demoura capitaine de ladite ville de Bordeaulx, et son lieutenant Olivier de Coetivy, qui avoit la charge des gens d'armes, son firere Prègent de Coetivy, fût en son temps admirai de France.

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