‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 131 sur 157 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des grands subsides et aides que le duc de Bourgongne demanda au pays d*Àrthois, et ailleurs en ses pays, pour aller gueroyer les Turcs; et de plusieurs incidens.

Après que le duc Philippe de Bourgongne eut esté reçu, festoyé et honoré en la ville d'Arras, ledit duc assembla et manda les trois estats de la comté d'Arthois , ausquels trois estats il requist, que affin de résister aulx ennemis de la foy qu'ils voulsissent faire aide de six vingt mil couronnes d'or, les soixante-dix pesant huit onces, qui est le marc de Troie; de laquelle aide qu'il requist, lesdits trois estats furent moult esbahis , car la comté d'Arthois , en domaine, ne vaut au comte d'Arthois que quatorze mil francs; toutes fois, tant par crainte que par amour, on lui accorda et promit payer cinquante-six mil francs, moyennant qu'il ne leveroit point ledit argent, jusques à ce qu'il partit , et son armée avec luy, pour aller sur les Turcs; et aussi le duc de soy-mesme le promit : après cela le duc s'en alla en Flandres, Brabant, Hayuault, et dans ses pays, où il requit aussi moult grandes et grosses aides pour faire ledit voyage ; lesquelles en partie on lui accorda tant par crainte que par amour.

£n cet an 1455, madamoiselle de Yillecler (1), estoit très-bien en la grâce du Roy , et comme on disoit en faisoit le Roy ce qui lui plaisoit ; une Jeune ûlle d'un escuyer, nommé Anthoine de Rebreuves , demouroit en la cité d'Arras ; on la nommoit Blanche : cette fille avec la dame de Jeuly estoit allée à la cour du Roy; or Blanche estoit bien la plus belle fille que on eut peu avoir , ne regardée ; icelle damoiselle de Villecler sytost qu'elle viticelle fille, pria moult de l'avoir avec elle , mais la dame de Jeuly luy respondit qu'elle la rameneroit ou renvoiroit à son père , et que sans le oongié de son père , ne

(1) MadamedeVillequiers, nièce d* Agnès, qal lai avait succédé dans la faveur de Charles VU. Après la mort de ce prince , elle fût maîtresse de François n , duc de Bretagne.

(2) Cet empoisonnement d* Agnès Sorel n'est rien

l'auroit pas , et aussi la ramena; mais assez-tôt après , par le gré et consentement de son père ^ du sieur de Saucourt , oncle d'ioelle Blanche , et du sieur de Jeuly , Jacques de Rebreuves , frère d'icelle Blanche , tres-bel escuyer , agie de vingt-sept ans ou environ, mena sa dite soenr Blanche , agiée de dix-huit ans , à la cour du Roy , demourer avec icelle damoiselle de Villecler ; et fut ledit Jacques retenu escuyer tranchant d'icelle damoiselle ; et , pour vray icelle damoiselle tenoit grand estât, et plus grand que la royne de France ; et le vouloit ainsy le Roy. La damoiselle de Yillecler estoit moolt belle , et estoit mariée : elle estoit niepce d'une damoiselle qu'on appelloit la belle Agnès, laquelle avoit esté totalement en la grâce du Roy ; et dit-on qu'icelle Agnès mourut par poison (2), moult jeune , après laquelle icelle damoiaelle de Yillecler gouverna le Roy pareillement oq plus que ne fait avoit sa tante. Elle avoit toos- Jours trois ou quatre filles ou damolselles , les plus belles qu'elle pouvoit trouver, et qui soivoient le Roy par tout aux dépens du Roy ; nonobstant toutes ces choses , et que le p««^ frère, oncle , et le sieur de Jeuly ftissent avertis de tout ce que j'ay dit^ ils y envoierent Blanche, laquelle au partir de l'hostel de son père , en la cité d'Arras plouroit fort, et me fàt asseuré qu'elle disoit qu'elle afaneroit mieux demourer avec son père, et menger du pain et boire de l'eau ; toute fois elle y alla ; son père Yj avoit envoyée par chioeté , afin qu'elle ne luy constat rien , ni son fils , nonobstant qu'il fut trés-riche homme, ayant de beaux héritaiges; et assez tôt aprÀ , que icelle damoiselle Blanche ott esté un peu de tems avec ladite damoiselle de Yillecler , la renommée publia qu'elle estoit aussv très-bien en la compagnie du Roy , et pareillement que la damoiselle de Yillecler.

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