‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 134 sur 157 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Comment le comte de Saint-Pau! vint devers Philippe y duc de Bourgongne y pour cuider avoir la main levée de sa terre éTEnghien; et comment le duc en la présence dudit comte , luy fist proposer plusieurs crimes par luifaicts , et de la response dudit amU^ et d'aultres choses.

Comme en Tan précédent 56 , Pbili|)pe duc de Bourgongne eut fait mettre en sa maiola terre d'Enghien, appartenant au comte de Saint- Paul , laquelle terre est hors du royauime de France , jaçoit ix)urtant que le comte avoit plusieurs grandes terres et seigneuries enelavées es pays du duc qu'il tenoit du royauime; or le duc n'avoit touchié que à la terre d'Ëoghieo; le comte désirant d'avoir main levée de sa dite terre , ou sçavoir pourquoy le duc Tavoil mi» eu sa main , et en recevoir les prouffits, il o^" voya prier et requérir au duc qu'il luy pl€"^ luy bailler ung saulf-eonduit, afin qu^il ^ venir vers luy , et sçavoir pourquoy il a^'^ prins sa terre ; lequel saulf -conduit, le duc ne voulut bailler ni envoyer de prime face, sy kdit comte ne se déciaroit son ennemy , mais s'il le faisoit que très -volontiers le luy envoyroit; à quoy fut respondu par le comte qu" ne se déciaroit point son ennemy , mais son

MEMOIRES DB Dt CLEBCQ.

humble subjet, et que pour doute de son ire, il n'oseroit venir devers luy sans saulf-conduit ; à la par fin, le duc luy en envoya ung; et des que le cooUte l'eut , il vint accompagné du sieur de Dossemon , du sieur de Jeuly , du sieur de Hapelaincourt et auitres chevaliers, jusques au nombre de vingt-quatre ou plus, avec deuxadvocats de parlement, auitres gens de conseil, et escuyers, jusques au nombre de deux cents chevaux. Environ le 15 septembre il arriva en la \ille de Bruxelles, où estoit le duc : le 16 dudit mois, il se rendit en son hostel à Bruxelles; et là , devant tous ceux qui y dévoient estre , fut dit et remonstré au comte , par le conseil du duc (le duc présent ) , comme il estoit bien tenu à luy , puisque tous les biens quUi avoit , venoient la plus part ou de luy ou de ses prédécesseurs ; car par les prédécesseurs dudit duc, avoit esté envoyé quérir le père du comte avec ses deux frères au pays de Luxembourg , lesquels on avoit rapporté petits enfans en hottes : depuis par le moyen dudit duc avoit eu soubs luy et ailleurs les seigneuries que chacun scavoit; c'est à sçavoir son père nommé Pierre de Luxembourg, le comté de Saint- Paul , la seigneurie d'Enghien , et auitres grandes terres; son oncle, messire Jehan de Luxembourg, le comté de Lignes , et plusieurs auitres grandes terres , et sy le avoit fait capitaine de la comté d'Artois , et son second oncle cardinal de Rouen ; que s'il avoit mis sa terre d'Enghien en sa main, c'estoit pour certains homicides occultz et auitres crimes, que le comte avoit faits ou fait faire , lesquelles choses on luy déduisit : dura cette déclaration bien l'espace de trois heures; on luy ajouta qu'il n'estoit point venu vers le duc comme son subjet et vassal ; ainsy estoit arrivé l'espée au poing , accompagné comme cy-dessus est dit , et avec saulf-conduit ; le comte respondit que au regard du saufoonduit , il ne Favoit pas prins comme ennemy du duc , que s'il n^ut craint que luy , il le sentoit sy sage et sy prudent , que par-tout il iroit h sa volunté; mais certaines gens en sa cour Fenflammoient devers luy , et ne l'aimoient pas : pourquoy doutant l'Ire de son prince , il n'eut paru sans saulf-conduit; il requist au surplus au duc de parler à luy en particulier , pour s'excuser des crimes qu'on luy imputoit. Sa demande luy fut accordée : toutefois quelque excusation qu'il fit , tant par sa bouche que par la bouche de M. Jean de Poupecourt (1), advocat en parlement , la main du duc ne fut pas levée de sa terre d'Enghien, et partit le comte sans rien

(1) Popincourt.

faire ; la cause prindpale entre plusieurs auitres , pourquoy on présumoit que le duc n'estoit pas content du comte , estoit que le comte aiant plusieurs enfants tant fils comme filles, avoit donné en mariage au fils aisné du sieur de Croy une de ses filles , laquelle avoit esté dix ans en la main dudit sieur de Croy , parce que la fille estoit trop jeune , et le fils du seigneur de Croy aussi : mais en iceluy temps furent assez agiés. Pourquoy le sieur de Croy avoit fait les nopces de son fils et de ladite fille , à Noël Tan précédent, et les avoit fait couchier ensemble ; or les nopces s'estoient faites contre la volunté du comte : il n'y avoit point esté ; ains y avoit envoyé son fils aisné secrettement accompagné de gens de guerre pour ramener en son hostel sa fille , mais le sieur de Croy en fut adverti à temps : s'en retourna donc le fils du sieur de Croy sans rien faire. Et fut consommé ledit mariage ; après cela le sieur de Croy voulut que le comte payât le mariage de sa fille, ce que le comte refusa : toutefois touchant toutes ces choses ne fut rien dit par le duc quand il déclara au comte les causes qui l'avoient mu à prendre ses terres.

ocx>

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