CHAPITRE IX
De la venue de la femme du comte de Nevers à Lille devers Philippe , duc de Bourgongne , et de la /este que on luy fist : et d*aultres choses.
Le quinzième jour d'apust audit an 1458 , Philippe duc de Bourgongne , estant en la ville de Lille, Charles comte de Charolois, Charles comte de Nevers, Adolf de Cleves, et plusieurs aultres princes et seigneurs montèrent à cheval , et allèrent à rencontre de la femme de Charles comte de Nevers , laquelle estoit fille du sieur d'Albret en Auvergne , et venoit veoir le duc : ils la rencontrèrent environ à une lieue prés de la ville, et Tamenoit Jean comte d'Estampes frère du comte de Nevers : l'honneur que le duc fit à ladite dame , les esbatemens, belles compaignies, et mystères que ceulx de la ville firent à l'entrée de ladite dame, seroit chose longue à raoompter, sy m*en tairay; mais elle venue en ladite ville, elle vint à l'hostel dudit comte d'Estampes , et dessendit le duc de son cheval pour se mettre prés de la haquenée , sur quoy elle estoit : puis il la mena en sa chambre , et durant toute la nuit on Joua Jeux de personnages devant son hostel ; le lendemain , messire Philippe de Lalaing , chevalier , fit une jouste de sept courses de lances contre tous venans; et le samedy ce fut Adolf de Cleves; dimanche, Charles, fils dudit duc Antoine, bastard de Bourgongne, son frère; en nombre de vingt , ils tournoirent contre vingt aultres , desquels estoient messire Philippes Pot , Philippe de Bourbon, le bastard de Brabant, Adolf de Cleves, et plusieurs aultres grand seigneurs; ainsy fut ladite dame festiée dix Jours durant , et le onzième jour elle partit de ladite ville pour aller à Aigle-Monstier , où estoit la comtesse d'Estampes, sa belle sœur ; la renvoia le duc et ledit Adolf avec luy, luy sixième, chacun ayant
sa lance devers luy ; à un quart de lieue près ladite ville, vindrentà l'enoontre desdites dames, Charles , comte de Charolois fils dudit due, eux sixiesme: lesquels demandèrent à Adolf quy il estoit , et où il raenoit ces danies : celui-cy leur répondit qu'il ne leur chaulsit, et qu'ils les laissassent passer leur chemin. Lors ledit Charles, comte de Charolois, luy et ses gens, et ledit Adolf pareillement, rompirent chacun lean lances, puis saisirent leurs espées, lesquelles estoient rabattues , et toumans comme en ung tournois, ils se battirent tant et si bien que chacun en fût esbahy et réjouy ; ensuite , ils estèrent leurs heaulmes, vindrent aux dames, et les mirent en un bel hostel assez prés dudit pont qui appartenoit au fils de monsieur Betreroy, Jadis maître de la chambre des comptes dudit duc , auquel lieu le comte de Charolois avoit fait appointer ung moult riche menger; et après menger , chantèrent et dansèrent ; et après , les dames remontèrent à cheval ; là print congié le duc des dames, et s'en retourna à Lille, et les dames et ledit comte de Nevers , et le comte d'Estampes à Aigle-Monstier.
Environ ce temps, le vingt-sixième d'aoust environ, Willaume de Chelers, et sept compagnons prindrent en plain champ une jeune Glle, laquelle amassoit avesne avec sa mère et sa sœur ; ils battirent la mère et la sœur tellement, que la mère fut en péril de mort : ils emmené rent ladite fille, et trois jours après, vindrent à la feste audit Chelers avec la fille, laquelle disoit que c'étoit de son bon gré qu'ils l'avoient emmenée : combien que les amis de la fille s'en allassent plaindre au sieur de Grienoour, qui estoit à Arras devers le duc, il ne s'en bougea.
A vérité dire, en ce temps on faisoit si peu de justice ; pourquoy on faisoit tant d'occisions et de larcins sans nombre ; et n'y avoit pas homme de peu, laboureur, marchand ni aultres quy osassent aller par les champs, sans porter ung espieu, hache ou aultre baston, à cause des mauvais garçons : il sembloit que ciiacun fut homme de guerre ; et quant les mauvais du pays avoient desroi>é aulcuns de nuit, on disoit que c'estoit ceulx de la garnison de Calais ; et tout ce, se foisoit par faulte de justice.
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