CHAPITRE PREMIER
Comment CharleSj roi de France, envoya en ambassade devers le duc de Bourgongne, le cardinal de Constance et aultres gens de son conseil; de la proposition que le cardinal feit, et comment le duc luy repondit de luy mesme.
En ce temps le Yingtieme jour de décembre 1456, en ladite ville de Bruxelles, arriva ung amiNissadeur, envoyé de par Charles, roy de France, devers le duc de Bourgongne : estoit chef de ladite ambassade, le cardinal de Constance, et aultres gens de la court du Roy ; et le lendemain vingt-unième Jour dudit mois, eut ladite ambassade audience publiquement ; là proposa ledit cardinal ce dont il estoit chargé devant le duc : sa proposition dura deulx heures ou plus ; entre aultres choses, il dit qu'il y avoit deux choses, pourquoy le roy de France n'estoit pas du duc bien content, et luy en déplaisoit ; la première estoit, que le duc avoit sesduit son aisné fils, nommé Loys, daulphin de Vianne, de venir vers luy, lequel il soustenoit en ses pays contre le gré et la volonté du Roy, quoique le Roy plusieurs fois l'eut requis de le lui renvoyer : la seconde chose estoit que le duc avoit print trefves avec les Anglois ; ce que faire ne devolt par l'accord et traicté qu'ils avoient ensemble ; qu'il souffroit les Anglois de Calais passer par ses pays, et aller en France, rober et prendre prisonniers les gens de France et des pays du Roy; et que sytost qu'ils estoient rentrés au pays du duc, ils estoient aussy assurés que s'ils fussent en Angleterre; il dit encroires, que le Roy luy avoit commandé de bailler les choses dessusdites par escript, et par articles, lesquelles il présenta au duc, qui de lui mesme, et sans prendre conseil prestement respondit; qu'à l'égard de monsieur Loys aisné, fils du Roy, lequel s'estoit restrait devers lui, il n'en estoit pas ainsy que le Roy lui mandoit , ny que le cardinal avoit dict; car il n'a voit point sesduit et enhorté ledit monsieur Loys de venir devers luy ; mais y estoit venu à garand et saulveté pour le doubte du roy son père ; lequel monsieur Loys il avoit reçu pour l'honneur du Roy, et l'avoit soustenu de ses biens au mieulx qu'il avoit peu, et non pas tant qu'il voudroit bien, et appartiendroit audit monsieur Loys; qu'il voulloit bien que chacun sceut , que tant
qu'il plairoit audit monsieur Loys, se tenir en ses pays, il ne luy fauldroit pas ; que tant qu'il auroit ung denier, il en aurolt la moîté ; qu'il ne luy deffendoit pas de retourner devers son père le Roy ; ains estoit prest toute fois qu'il plairoit audit monsieur Loys, de le faire conduire jusques au Roy son père par son fils, le comte de Charolois, ou luy mesme sy besoin estoit. Que par ainsy apparoissoit clairement, que ce n'estoit point par luy que ledit monsieur Loys ne retournoit vers son père le Roy ; comme aussy ne le contraindroit pas d'y aller s'il ne vouloît ; dit encoires le duc pour respondre au second point que au regard des Anglois qui couroient par ses pays, et par le pays de France, ce n'estoit pas par luy, et n'en pouvoit mais, et que chacun pouvoit sçavoir comment il faisolt garder les frontières d'entour Calais ; et encoires de nouveau depuis ung an avoit bien refforcé les garnisons, et que mesme lesdits Anglois couroient par ses pays, et y faisoient beaucoup de maulx, et si n'en pouvoient avoir aultre choses sinon, quant on les pouvoit prendre, il les faisoit pendre ou exécuter par justice.
OCO