‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 142 sur 157 · MEMOIRES DE DU CLEBGQ · texte numérisé non relu

MEMOIRES DE DU CLEBGQ

oseroit nommer pour double que les oreilles innocentes ne fussent averties de sy villaines choses : et sy dit encoifeâ ledit inquisiteur, qu*eb leur assemblée le diable les preschoit /et leur defTendoit d'aller à i*eglise, d'ouyr messe, prendre de Teau bénite ; et que s'ils éh prenoient, pour monsti-ef qu'ils furent Chrestiens, ils ditolebt, fHB déplaise nostrs maitre; qu'ils nailoient point à confesse, et qu'ils avoient tenu leur dite assemblée au bois de MofflaineSy^s»^ prés d'Arras, et ailleurs ; et ausdites hautes fontaines avoient esté à pieds et en plein Jour Bj^ve» dîner.

Toutes ces choses dites et remonstrées par l'inquisiteur, il leur demanda s'il estoit ainsy. Touts l'ung après l'aultre, respondirent que ouy, et mesme ledit abbé, et touts le confessèrent publiquement ; après laquelle confession fût leur sentence rendue en françois et en latin : c'est à sçavoir tous remis es^mains de Justice laïque, comme pourys et non dignes d'estre avec les membres de sainte Eglise, et touts leurs héritaiges confisqués au Seigneur, et leurs biens meubles à l'evesque, ladite Demiselle fut rendue à la loy de la ville de Douay, quy pour la ravoir et pour cette cause estoit là venue : ledit abbé fut rendu aulx prevost etiéehevins de ta cité ; et ies quatre femmes, et ledit Jehan le Fcbvre à la 4oy d'Arras: lesquelles femmes furent prestement menées en la halle de la ville d'Arras, et tesquèll^ femmes et ledit Jehan le Febvre Airent condampnés par lesditâ échevins àestre ards, et leurs oorps ramenez en pouidre ; sytost que lesdites femmes ouyrent leur sentence, comme i^mmes désespérées, commencèrent à crier et à dire à maistre Gilles Flameng, advocat quy estoit présent, et quy tousjours avoit adsisté A les interrogu^r, tant par torture comme aultrement, tels mots : « Ha ftiulx, thralstre, desloyal, « tu nous as déeeptés ; tu nous disois que nous n oonfessimes ce qu'on nous dfsoit, et qu'on nous >> iairoit aller, et que nous n'auriesmes atiltres « pénitences que d'aller en pèlerinage, six lieues » Hmg, ou dix ou douce : tu sais, méchant, que •I tu nous bs tfahys; «et là publiquement disoient, iju^^qwes n'avoient esl^ à ladite vaulderle, et i|ue ce qu'elles en avoient confessé avoit esté par futtt de ^henne et de torture, et par lea blandlSBéments et promesses dudit maiftre Gilles, ^ aultres qfiy l«s avoi«nt interrogutées, et moult d'aultnn «hosts elles dteoient : mais ce ne leur valoitrfcens, oaf èUes furent baillées esmains des iMwrreiuls et prestement menées à la jm^ce d« la tille d'Aitas, «t là leurs eôrps anis, et rame«nez en pouidre ; et en les menant mourir , et Jusques à ce qu'elles rendirent l'âm^, sants en

rappeler, disoient publioquement qu'oooques n'avolent esté à ladite vaulderie, et que ee qu'elles en avoient confessé avoit esté par géhenne et torture, et pour <^ qu'on leur faisait entendra, que si elles ne les confessolent on les arderoit ^ et depuis leur sentence rendue Jivques à la mort, elles feirept toutes les manières qu'on l>on clirestien doibt faire en se confessant , en recommandant leurs âmes à Dieu , priant an peuple qu'on priât Dieu pour elles, et requérant à ceulx et celles quy les CMinoissoient, qu'on feit dire des messes pour elles. Elles moamrent en cet état, disant qu'onoques n'avoient esté eu ladite vaulderie, et qu'elles ne sçavolent ce que c'estoit ; lesquelles parolles et manières qu'elles tenoient, meurent le peuple en grande pensée et murmure : sy disoient aulcuns que c^estolt à tort qu'on les faisoit mourir ; les aultres disoient , que le diable leur avoit commandé d'ainsy dire, et qu'ils se rappel lassent afin qu'ils fussent dampnés, desquelles choses Je m'en attens à IMcu; toutefois ladite Demiselle fut menée à Douav, et de par les échevins de la ville, condampnée à estre arse, et fut arse; laquelle aussi dit qii*on la faisoit mourir à tort, et dit toutes les parolles et tint toutes les manières que les aultres avoient tenues jusques à la mort.

Ledit Ablié de peu de sens, fut aussy condamné par les échevins de la cité, le jour que sa sentence fut rendue, à estre ars, et fut le premier exécuté à la Justice de Tévesque ; loelluy abbé dit aussy toutes les parolles, et tint toatcs les manières que les aultres avoient fiiites, et encoires plus disoit qu'on le faisoit mourir à tort^ et les dernières parolles qu'i^ dit estant lyé à Testracque, pour ardoir, furent telles ai latin, Jésus amtem transiens per medimm iUorum ibaî; icelkiy abbé estoit de l'âge de soixante ou soixante-dix ans et estoit peintre : il estoit bien venu en plusieurs lieulx, parce qull estoit réthoricien et faisoit chants et ballades : il ies disoit devant les gens, et par espécial avoît lieft plusieurs beaux dictiers et ballades à rhotmeor de la glorieuse Vierge Marie : aussi plusieQrs gens l'avoient bien cher : mais à chacune fois, qu'il lisoit ou disoit aulcuns diotiers ou ballades, à l'honneur de Dieu, de Nostre-Dame, oq de quelque saint ou sainte ; quand II avoit tout dit en la fin, il ostoit sont cappel ou capperos^ et disoit ne ééplaise à mon mmistre, eomne aulcuns ceMffioient ; pour moi, je ne sçaj ee qu'il en est

<XX

MÉUOIBES 1>£ DL CLEBCQ.

Page 1