‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 143 sur 157 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comment maisire Anthoine Sacguespée^ bourgeois et eschevin de la viUe d'Arras y Jehan Josset^ aussi eschevin y etHenriet de Royville , et aultres furent prins comme accusés d'estre Vauldois; et comment Martin CoPniUe^ recepveur du duc de BourgongnCy

è desaydesy et Willeaume le FebvrSy eschevin de ladite ville y et Hotin LoySy sergeanty s^enjuirenipourdoupte d*estre prins pour ce cas ; et de la grande perplexité y en quoy ceulx de la ville estaient ^ et des preschemens que les vicaires f cirent preschiery et de ceulx quy fufent commis à interroguer les prisonniers prins comme Vauldois.

Le seizième jour de juillet audit an 14G0 , en la ville d^Arras, sur le sûir, fut prius comme accusé d'estre Vauldois ^ par messire Bauldin , sieur de Noyelles, chevalier et gouverneur de Féronne , maistre Anthoine Sacquespée , bourgeois et eschevin de la ville d'Arras , ung des plus Fiches bourgeois et grand rentier en héritage de ladite ville; lequel gouverneur de Péronne après qu'il Teut prins , le bailla au lieutenant d'Arras , et c'estoit le soir entre huict et neuf; le lieutenant le mena par la porte de Saint- Micquiel , et le boutta es-prisons de Tévesque , où les aultres estoient.

Le lendemain furent aussy prins pour ledit cas , Jehan Josset , eschevin d*Arras , et Henriet de Royville, sergeant de ladite ville , et furent menez comme les aultres es-prisons de révesque.

Et cestuy propre jour partirent de la ville, de pœur d'estre prins pour ledit cas, Martin Cornille , recepveur , et Willeaume le Febvre , tres-riche bourgeois es eschevin de la ville^ lesquels, comme on dit, eussent esté prins et menez avecq les aultres s'ils ne s'en fussent partis » et dépaysés : combien que le comte d'Estampes les feist quérir, sy ne les peult on trouver , et furent poursuivis josques ù Paris ; or emporta ledit Martin, grand thréspr, comme on disoit: ce Martin tenoit moult grand estât , et encoires plus sa femme : il estoit de petit lien , et avoit esté en ses jeunes jours |Mirmentier , c'est-àdire, couturier de robbes et pauvre compagnon.

Avant que ledit maistre Anthoine fut prins, plusieurs de ses parens et admis , car il estoit de grand lygnage en la ville, luy avoient asse2 lie fois dit , et fait prier instamment , qu'il se volsist absenter un espace de temps de la ville ;

qu'il estoit accusé d avoir esté eu vaulderie : ù chacune fois il leur répondit qu'il n'en estoit coulpable , et que s'il estoit à mil lieues loing , et qu'il sceut en estrc accusé, il reviendcoit pour s'excusier , et qu'il aimeroit mieulx mourir et perdre ce qu'il avoit vaillant , que de s'absenter pour ce cas.

Or pour vous déclarer ceulx quy furent commis à l'effet d'interroger iesdits prisonniers , avec les vicaires de l'église et de l'évesque cydessus nommé , oe fut l'inquisiteur ^ l'évesque de Barut suffragaut , maistre Jacques Dubois , doyen d'Arras , maistre Jehan Boulengier, docteur en théologie, Philippes sieur de Saveuses, chevalier qui estoit grand seigneur, et moult affecté dé faire justice , et ardoir touts ceulx quy estoient prins et accusez Vauldois, et estoit ledit seigneur de Saveuses commis par le comte d'Estampes , avec le sieur Crievecœnr , bailly d'Amiens, Guillaume de Bery , lieutenant dudit bailly, et maistre Jehan Forme, secrétaire du comte ; après y estoit l'inquisiteur de la foy. Jacobin, demeurant à Tournay; maistre Gilles Flameng , advocat à Beauquesne , maistre Mathieu Paille , aussi advocat audit Beauquesne ; et encoires et avecq iceulx , envoya le duc de Bourgongne, l'évesque de Selymbrie, Jacobin, docteur en théologie , âgié de quatre-vingt ans ou environ , et ledit messire Baudin , sieur de Noyelles , chevalier gouverneur de Péronne ; car jusques alors pour visiter les procès de ceulx quy avoient esté condaropnés et exécutés , n'y avoit eu aultres que lesdicts vicaires, l'évesque de Barut, le doyen et les aultres clercqs de Saint- Vaast d'Arras, Carmes , Jacobins , Gordeliers,.Nostre-Dame , tant chanoines qu'aultres.

Et le vittgt-septieme jour dudit mois de juillet fut prins pour ledit cas Jacotiri d'Athies, fiJs d'un bfiurgeois d*Àrras , lequel se tenoit avecq ledit Martin Cornille , et estoit parent de sa femme, et il fut mené en la prison de l'évesque.

En ce temps les ville et cité d'Arras et pour certain touts ceulx quy y demouroient furent sy scandalysés par tout le royaulme de France et ailleurs d'estre Vauldois, qu'à peine voulloit on loger les mardiands et aultres de la ville, et mesme les marchands en perdirent leur crédence ; et voulolent , ceulx à quy ils debvoieni, estre payés, de peur qu*ils ne fussent prins conune Vauldois, parquoy ils euissent leurs biens confisqués.

Et certes en ce tems il n'y avoit sy notable bomme es-ville et cité d'Arras , Ae sy bon chrestien qui bonnement endura pour quelque bosoi-

MEMOIRES DK Dt CLEACQ.

gne qa^il euîst, tant fut néeessaire, d'aller hors la ville, de peur d'estre panis comme Vauldois ; et il n'y avoit ni sy bon , ni sy loyal, que s'il fut allé au loing pour i*espace de quinze jours ou plus , que le menu peuple n'euist dit , qu'il s'en fut allé dé pœur d'estre prins comme Vauldois , et euist on dit publiquement qu'il Testoit : comme les vicaires de Tévesque furent advertis de la grande crainte et mauvaise renommée , que ceulx de la ville d'Arras avoient par tout le pays , ils feirent bien preschier pu* bliquement que nul ne murmurât contre eulx, et que nuls n'èuissent pule porar d'estre accusés sans cause; car ils n'en faisoient point prendre comme Vauldois, quy ne fussent accusez de huit ou dix témoins , lesquels avoient esté en ladite vaulderie, et les y avoient veus; mais depuis fut sceu qu*aulcuns n'avoient esté accusez que d*ung ou de deulx ou de trois pour le plus.

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