MEMOIRES DE DU CLEACQ
par laquelle il fat oondempné à estre mis en charte qu'on appelle le bonnely l'espace de vingt ans au pain et à l'eau.
Le bruit commun eouroit que pourtant Hur^ guet avoit esté serviteur de l'evesque d'Arras, et depuis de Martin €k>rnille, qu'il avoit tousjours esté conseillé et aidé par les vicaires dudit evesque, et que iceulx vicaires mettoient paine, tant qu'ils pouvoient , d'annuler et estaindre le fait de vaulderie ; ne sçay sy ce estoit vray, qu'à Paris, Amiens, Tournay quy sont grosses villes, on avoit prins plusieurs hommes et femmes comme Vauldois , ausquels on n'avoit rien fait, ains les avoit-on laissé aller sans aulcune punition; de tout ce , je m!attends à ce quy en est, et n'en veult personne charger.
Mais toutefois aulcuns clercqs maintenoient, que par-tout estoient tant de Vauldois , et qu'il y en avoit de sy grands, en l'Eglise , à'ia court des princes et ailleurs, que c'estoit merveille.
On disoit aussy que antechrist le faulx et desloyal estoit né, que de bref il devoit régner; et que touts les Vauldois estoient de sa partie. Dieu par sa grâce voeuille en garder touts loyaulx chrestiens , et que de nostre temps ce n'advienne.
Après lesquelles sentences rendues, et chacun ou en partie despartis , les eschevins de la ville d'Arras vindrent requérir comme leur bourgeois ledit Pierrotin du Garrioeul , lequel en payant les despens par luy faits en ladite prison, leur fut rendu celuy Jour environ , quatre heures après dtner.
OCO CHAPITRE VU.
Comment Charles, comte de CharolioiSfftls de Philippes , duc de Bourgongne , se vint plaindre audit duo de Bourgongne , son père y du seigneur de Croy, principal goU" vemeur dudit due.
En ce temps , Charles comte de Cliarollois, accompagné du comte d'Estampes et aultres sei^ gneurs de sou sang, arriva à Bruxelles, et vint devant le duc de Bourgongne , son père ; ledit Charles et tout* son train estoient vestus de Uancq; en cet estât, il alla saluer son père.
Ung Jour se trouva ledit Charles avecq le duc son père, auquel Charles pria qulceliuy voulsit iay donner audience, pour luy dire ce qui Iqy gisoit sur le cœur. Le duc y consentit : lors ledit Charles dit à maistre Gérard Vauris, natif de Bourgongne, qui estoit son principal consellier , de dire ee dont il l'avoit chargé : maistre Gé-
rard Vauris commença biéntosià parler devant le duo ; il remonstra les deffaulx, crimes et dé^ licts fûts par le sieur de Croy, quy estoit présent ; car sans la présence dudit sieur de Croy, le comte de CharroUois ne les eut voullu dire.
Sytost que le duc ouyt qu'on accusoit le seigneur de Croy de plusieurs choses quy touchoient grandement à Thonneur dudit sieur de Croy, le duc dit au maistre de Vaurfs qu'il se gardât bien de parler contre vérité; à ces paroi les dites par le duc , maistre Gérard eut si grande poeur que le cœur luy faillit', et quand le cœur luy fust revenu, il s'excusa audit Charles de plus parler; car il s'apperçut bien que le duc Qe troubloit.
Ce Vauris estoit renommé d'estre très notable clercq, et beau parleur : et se donnèrent de merveilles les adsistants de la pœur qu'il eut : le comte de Charollois se Jetta prestement à genoulx devant son père , et reprint la parolle pour ledit maistre de Vauris ; et moult luuiltement et en beau langage, commença à assigner devant le duc son père, et devant le seigneur de Croy et aultres, plusieurs faultes et crimes qu'il disoit que le seigneur de Croy avoit commis et perpétrés.
Le duc Philippes coupp^ la parolle à son fils, et luy dit que plus il n'ep vouUoit ouir parler , et qu'il se gardât bien , que plus il en parlât , ny vinst devers Iqy pour telles çhosesi II commanda audit seigneur de Croy, qu'il fit tant disvers son fils, qu'icelluy fiit content, et combien qu'après le département dudit duc , le seigneur de Croy feit soq devoir de prier merci audit comte de Charollois. Fors que quant luy sieur de Croy auroit fait réparation du mal qu'il avoit fait, il auroit autant regard au bienfait, que au mal fait ; n'en pût ledit seigneur de Croy avoir responce, et demoura sur ce point.
A prés toutes ces choses, partist ledit seignaur comte de Charollois pour aller au QuesQOir de* vers sa femme, son père et luy, tres-content, et le convoya ledit seigneur de Croy Jusques hors des portes de Bruxelles, mal9 oncques ne put ledit seigneur de Croy avoir aultre response d'icelluy Charles ; et ainsi s'en revint devers i» duc , et 4iemoura en tel ertat de gouverA^ment que devant.
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