‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 144 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comme à la requeste du sieur de Beauffort, Antoine SacquespéCy et ceulx qui estoient prisonniers comme Vauldois ^ on envoya les Vicaires de Vevesque devers le duc de Bourgongne; afin que ledit duc assemblât tauts les plus grands clercqs quHl polvroit trouver, afin d'avoir conseil, et de déterminer ce qu'on f croit desdits prisonniers ; et avecq ce, on envoya quérir plusieurs clercqs aulx dépens desdits prisonniers , lesquels vindrent à Arras,

Le seigneur de Beauffort aiaut esté aussi prins , À sa requeste et à celle des aultres prisonniers furent envoyez quérir en la ville d'AÎniens, roatstre Martin Malingre , licencié es loix , officiai d'Amiens; l'inquisiteur de la foy de Tournay, et plusieurs notables clercqs; desquels ne vindrent que ledit Martin , et ledit inquisiteur de Tournay; les aultres 8*exemptoient, lesungs par viellesse, les aultres aiiltrement; dequoy aulcuns disoient , qu'ils n'y vouloient point venir , qu'oncques on n'avoit veu en ce pays tels cas advenus , et que la matière estoit pressante et bien mauvaise; car nuHe personne hors de la ville d'Arras , ne croyoit que cela fut vray ; je ne sçay si ce Ait pour cette cause ou non : il n'y vint que les deux dessusnommez : c'est pourquoy les vicaires de l'évesque, et les aultres, à la requeste et aulx dépens des prisonniers , allèrent devers le duc de Bourgongne pour avoir conseil de ce qu'ils avoient à faire en ladite matière de

vaulderie , et des prisonniers : eolx toh» i Bruxelles , quand que le duc 8Ç(itpoQrquoy,d6 sirant de tout son cœur la iby chre8tieime«)astenir et garder, il envoya en la ville de LoaTain, où il y a université renommée , quérir les plus grands clercqs quy y fussent , et leur coounaiidi de venir à Bruxelles : après ce, il manda toute les clercqs notables et exprés du pays qui y vindrent en grand nombre , ausquels les procès dudit seigneur de Beauffort, et aultres ftircnt mo» trez. Les procès veus par lesditsclereqs^dece qu'ils oonvenoient et de leurs opinions je n'ai (n rien sçavoir : car comme on disoit, ils ne forent pas bien unis enssamble : les uns disoient que la vaulderie n'estoit point réelle , et que supposé qu'il y put avoir aucune réalité par la permission divine, aussy pouvolt-il y avoir beaoeoup d'illusion , et qu'ils en faisoient pas tout ce qu'ils cuidoient faire : aulcuns aussy soustenoient que c'étoit chose réelle, et quIlsaHoieut en ladite vaulderie en corps et en ame; et que dés qu'ung homme s'adonne à l'ennemy d*enfer, Dieu permet que l'ennemy ayt sur lay cette puissance , de le porter en vaulderie et ailleurs: après que lesdits vicaires se fbrent conseillez sj prindrent congié du duc , lequel doc envon avec eulx pour estre présent à interrogerles prisonniers. Toison d'or, son premier hérauit en qui il avoit parfaite fiance et crédmce : il envoya donc Toison' d'or pour estre mieulx adverti de la vérité; parce qu'on luy avoit rapporté qu'aulcuns de la ville de Paris et d'afflems en France , disoient qu'ils faisoient preindre en ses pays les riches hommes , afûn d'avmr lents biens et leurs terres, dont trés-troublé il estoit; mais pour ce aussy ne voulloit-ii pas laisser à soustenir la foy, sy le cas le requeroit: ainsv retournèrent lesdits vicaires et leur compagnie, et ledit Toison d'or aveoque eux, et revindrent en la ville d'Arras , le quatorzième jour da mois d'aoust, en la même année.

Combien que je ne puisse sçavoir quel conseil on leur bailla à Bruxelles , toute fois alx revenus, on ne prins plus nulle personne pour ledit cas de vaulderie; ftarent lesdits prisonniers plus doulcement traitez que pardevant lis nV voient estez ; et ne feirent lesdits vicaires de IV vesque , depuis leur revenue , jnsques à la my mois de septembre que quatre procès , c'est à sçavoir, le procès du sieur de Beauffort , de J^ ban Tacquet , de Pierotin du Cariœul , et de Huguet Obry , dit Patrenoste , et fut fait le procès dudit Huguet, nonobstant qu!il n'custoo^ ques rien confessé, quoique ce Ht^^uet eut «ne fois rompu prison , et eschappé , mais il fct reprins : lesquels procès faits après qu'ils ouyrenl

MCMOIBES DV DU CLBBCQ.

ropinion deâ clercqs estant à Arras , et aultres ey*dessas nommés ; de rechief ils renvoyèrent les procès à Bruielles , devers ledit duc , pour avoir encoires Topinion des clercqs.

Et porta lesdits procès roaistre Mathieu Duha* mel , avec luy messire Guillaume de Bery, lieutenant du bailly d'Amiens ; ainsy s'en retourna avecque eulx Toison d'or, que le duc y avoît envoyé : eulx venus à Bruxelles le duc feist visiter lesdits procès.

OCO CHAPITRE VI.

Comment ceulx quy avaient porté les procès des prisonniers pour le feit de vaulderie , repindrent, et comment le seigneur de Beau/fort fut preschié publicquement ; et Jehan Tacquet, Pierrotin du Cariceul, et Huguet Emery furent mitres et preschié z aussy publicquement^ et de leur condempnation.

Le douzième jour d'octobre 14G0, revindrent en la cité d*Arras , de devers le duc de Bourgongne, messire Guillaume de Bery, lieutenant du bailly d'Amiens , et maistre Mathieu Duhamel , secrétaire de Tevesque d'Arras, qui avoient porté les procès de quatre prisonniers pour le fait de vaulderie ; revint aussy avec eulx maistre Andrien GoUin , président de la chambre du conseil du duc , laquelle chambre se tenoit à Ypre ; et eulx de retour furent de rechief interrogez les prisonniers , en la présence du président : ce fait les vicaires rassemblèrent encoires touts les clercqs de la ville et de la cité d'Arras, oii estoient entre aultres lesdits président, Teves^ que de Selymbrie et de Barut, le doyen d'Arras, «t son frère : les opinions prises, les vicaires de l'évesque , le vingt-deuxième Jour dudit mois d'octobre , rendirent la sentence des quatre procès : car combien qu'on assemblât les clercqs , et qu'ils dissent leurs opinions, sy rendoit la sentence des vicaires, et ne le Jugeoient point les clercqs.

Icelluy vingt-deuxième jour du mois d'octobre au dessusdit an 1460 , en la maison episcopalle de Tevesque d'Arras , publiquement , furent mis sur ung hault hourt fait ex prés, messire CoUart , dit Payen , seigneur de Beauffort , chevalier, Jehan Tacquet, Pierrotin du Carioeul, et Huguet Aubry; et là fut mis sur les tètes de Jehan Tacquet, Pierrotin du Carrioeul , et Huguet, une mistre, en laquelle estoit peinte l'image du Diable , de telle façon qu'ils l'avoient adoré; nonol>stant que ledit Huguet n'eut rien confessé , il fut mistré ; et y estoit peint en telle

façon qu'on avoit desposé contre luy : par Tiuquisiteur de la foy de Gambray, Jacobin , ils furent preschiez publiquement; et dit, ledit inquisiteur , que le sieur de Beauffort, chevalier , qui estoit présent , avoit oonsenty au vouUoir de méchantes femmes, lesquelles avoient esté arses comme Yauldoises , comme cy-dessus est dit, et par leur enhort avoit prins un bastonchier , et oingt ledit bastonchier et ses mains d'ung oignement qu'on luy avoit bailUé ; et puis mis ledit baston entre ses jambes , qu'incontinent luy estant en la ville d'Arras , en sa maison , fut porté par l'ennemy d'enfer , la première fois au bois de Mofflaine, à une lieue prés d*Arras, en la vaulderie où il y avoit plusieurs hommes et femmes. Là qu'il avoit fait hommage au Diable d'en-, fer, qui y estoit et présidoit en forme de singe ; et qu'il baisa au diable la patte. Toutes ces choses dites par l'inquisiteur, il demanda au chevalier de Beauffort s'il n'estoit point alnsy qu'il avoit dit : iceluy chevalier respondit hault et clair qu'oui , en requérant miséricorde; lors dit ledit inquisiteur publiquement au peuple, qu'on ne se donnât point de merveille , si ledit sieur de Beauffort n'estoit mistré, et s'il nel'avoit point e^té , parce que ledit seigneur de Beauffort avoit confessé d'avoir esté en la vaulderie, sans géhenne ou torture , ny oncques depuis s'estoit rappelle.

Après ce , adressa l'Inquisiteur ces paroUes a Jehan Tacquet , et dit publiquement que ledit Tacquet avoit été en vaulderie par dix fois ou plus : il lui demanda s'il n*estoit pas vray; lequel Jehan Tacquet respondit oui, en requérant miséricorde.

Après ce, il s'adressa à Pierrotin, dit Garioeul , et dit que ledit Pierrotin avoit esté en ladite vaulderie tant de fois que sans nombre , et qu'il avoit fait hommage à l'ennemy d'enfer , et luy avoit donné son ame.

Pierrotin , nonobstant trois mois devant qu'il avoit esté prisonnier, avoit confessé les choses dessus dites, respondit publiquement qu'il n'en estoit rien, et que ce qu'il en avoit confessé avoit esté par force de géhenne et de torture. Toute fols l'avoit ledit Pierrotin escript de sa propre main. Il nyoit tout, et eult dit moult des choses sy on l'euist laissé parler.

Après ce , l'inquisiteur dit à Huguet Aubry, qu'il avoit esté accusé dudit crisme de vaulderis par noeuf tesmoings , dont trois lui avoient dit en sa présence, et que quelque torture qu*on luy sceut faire, il n'avoit oncques riens voulu confesser , que s'il le voulloit on luy feroit grâce; il demanda audit Huguet s'il n'estoit pas vray ; Huguet respondit qu'il ne sçavoit ce que

MEMOTBES DE DU CLEBCQ.

c*estdlt , et qu'oncques n'y avolt esté; iceluy Huguet , comme on disoit , avoit esté mis à la géhenne et torture. On l'y avoit mis quinze fois , et mesmement deulx fois en un jour , encoires luy fit on plus ; car quant on vit qu'il ne «voQlloit rien confesser toucliant la vaulderie, on le mena en ung fort chastel assez prés d'Arras , qu'on appelle Bellemotte ; et là fut interrogé , après qu'on luy eut monstre le bourel , pour l'exécuter à la -mort , et que sll ne voulîoit prestement confesser son fait, il seroit au«sy tost exécuté : disent aulcuns qu'il eut les yeux bandés comme sy on le deult descapiter; mais oncques pour tout il ne confessa d'avoir esté en ladite vaulderie, et disoit qu'il ne sçavoit ce que c'estoit, et qu'on le faisoit mourir à tort. Quand rinquisiteùr ouyt qu'il ne voulloit rien confesser , il luy dit publicquement qu'il avoit rompu prison , et qu'il s'estoit eschappé de nuit avec ung prestre qui estoit prisonnier pour larcin , parquoy il s'estoit rendu coupable du fait; mais qu'il avoit esté reprins ; lors se jetta Huguet à genouix disant que le prestre l'eust occis s'il ne s'en fut allé avecq luy, et luy avoit prié mercy : toutte fois pour ce qu'il eschappa fut-il preschiez et mistré, car les clercqs disoient, que puisqu'il avoit rompu prison, il debvoit estre attainct du cas : toutes les choses dites et remonstrées publicquement par l'inquisiteur , il feit fin de son preschement.

Après ce , incontinent devant le peuple , messire Pierre le Broussart, inquisiteur de la foy en la ville et cité d'Arras , et messire Mahieu Duhamel, secrétaire de Tevesque d'Arras, c'est assavoir ledit inquisiteur, en latin , et ledit messire Mahieu, en françois, rendirent les sentences chacune l'une après l'autre.

1*' La sentence dudit sieur de Beauffort, par laquelle il fut déclaré hérétique, apostat et ydolatre ; lequel publicquement en battit sa coulpe, en requérant miséricorde de l'Eglise, et par ladite sentence fut condempné à estre battu publiquement de vergins, comme ce fût sur les épaules tout vestu par l'inquisiteur ; et fut condempné à tenir prison fermée l'espace de sept ans, &i tel lieu que l)on sembieroit à l'evesque.

Item , fut condempné d'envoyer mettre an troncque des pardons de la vltle de Malines en Brabant , lequel troncque estoit oi*donné pour les auhnosnes de ceulx qui vooloient donner pecune pour aller sur les Turcqs ennemys de la foy , la somme de six cents livres , monnoie d'Artois, qui valloient six cents escus d'or, les soixante-dix pesant un marc de huit onces.

/tant y pour ies frais de ^inquisition chrestienne la somme de six cents livres monnoie dite.

Item , cent et cinquante livres, numnoie dite, à la fabrique de Nostre-Dame d'Arras.

Item y cent livres monnoie dite, povr fiiire une croix de pierres à Haulte»-Fontaines, an lieu auquel il avolt promis faire service au diable, afin qu'il fut mémoire de ce.

Item y cent livres à l'église de la Trinité, esfauxbourgs d'Arras.

Item y cent livres monnoie dite, à l'égiise do Carmes, es-fauxbourgs d'Arras.

Item y cent livres aulx Jacobins, esrfanxbourgs d'Arras , et cent livres aulx Frères Mineurs, toute monnoie dite.

Itemy aux Filles Dieu, et aulx hospitaulx des ville et cité d'Arras , à chacun dix livres monnoie dite.

Et la punition de prison réservée à la volunté de l'evesque.

Après laquelle sentence dudit sieur de Beiaffort , rendirent la sentence dudit Jehan Tacquet, bourgeois et eschevin d'Arras, par laquellf sentence ils dèclaroient ledict Jehan Tacqurt hérétique , apostat et ydolâtre , et, le condempoerent par manière de pénitence à estre îw^blicqa^ ment battu de verges, comme le sieur de Beauffort l'avoit esté , et le battit prestement ledft inquisiteur , comme le sieur de Beauffort. Lequel Jehan Tacquet requeroit publicquement la miséricorde de l'Eglise. -

Item y fut condempné à tenir prison fermée l'espace de dix ans, tousjours réservant la longueur de la prison à la volunté de revcaqne.

Itemy k payer au dessusdit troncque de Malines , pour employer à soustenir la^te fo} chrestienne, mil livres monnoie dite.

Item y pour soustenir les frais de ladite inquisition, deulx cents livres.

Item y cent livres monnoie dite , en l'égii» de Saint-Jehan en Rouville , dont 11 estoit paroissien. . ,

Item y cent livres pour faire une croix oe pierres aulx bois de Mofflaines, en la place «iil avoit donné son ame au diable.

Après ce, ils rendirent la sentence de PiffWtin du Carioeul, par laquelle il fût déclaré béwtique , apostat , homicide et ydoWtrc ; et wam ayant esté aoltrcfcls reprins sur la foy, ^ ^ voyant en luy aulcun signe de rcpentance, oofflme membre pourry il fut délivré à la j«s^«^*^

Après ce, ils rendirent la sentence de Hagw Aubry; et combien que ledit Huguet nwfii rien confessé, toutefois, selon l'opinion de pn^ sieurs clercqs il estoit atteint du cas, poaw qu'il avoit rompu prison. Quand on rend» » sentence , il estoit à genoulx et plouroil ena sant qu'il s'attendoit à la sentence des ficaiw»*

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