‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 149 sur 157 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment Charles , roy de France^ septiesme de ce nom, à Meung, prés de Bourges en Berry, alla de vie à trespas.

L'an de grâce 1461 le vingt-deuxième Jour de juillet au chasteau de Mcung, à quatre lieues de Bourges en Berry, Charles roy de France septième de ce nom closit son dernier jour, et mourut environ l'âge de cinquante-huit ans, et avoit régné trente-neuf ans.

Et prestement que ledit roy Charles fut mort, Charles d'Anjou, comte du Mayne, oncle de monseigneur Loys, aisné flls dudit roy Charles , envoya signifier la mort dudit roy Charles à monseigneur Loys ; lequel se tenoit à Genappe en Brabant; et vindrent trois messagers vers

ledit monseigneur Loys qui crevèrent trois chevaulx : et sceut la mort de son père le vingtdeuxième jour du mois de juillet. Dès que monseigneur Loys sçut que son père estoit mort, il envoya hastivement dire ces nouvelles à Philippe duc de Bourgongne, lequel duc estoit lors en sa ville de Hesdin en Arthois ; ils assignèrent jour ensemble pour se trouver à Avesnes en Hay nault , et aller de-là à Reims. Comme le duc doubtoit qu'aulcun empeschement ne fût fait pour sacrer et couronner ledit monseigneur Loys, il escripvit À touts les nobles de ses pays, qu'ils se meissent sus en armes, et le plus de gens qu'ils pourroient et fussent prés Saint-Quentin en Vermandois au septième d'aoust en suivant ; après lesquelles lettres reçues des nobles par touts les pays dudit duc, ils se meirent sus en armes en plus grand nombre de gens qu'oncques n'avoient fait, et le plus richement qu'ils purent.

Icelluy monseigneur Loys, considérant la grande armée que le duc de Bourgongne faisoit, laquelle estoit sy grande que la pluspart des pays par où les gens d'armes eussent passé, eussent esté tout pillés et mangé , il feit prier le duc de se depporter de faire sy grande armée ; à laquelle requeste et prière ledit duc obéyt ; et manda à touts ceulx de ses pays , qu'ils s'en retournassent en leurs maisons , sans robbcr ny faire dommage , sous paine de la hart ; mais bien demanda aulx grands seigneurs et capitaines de ses pays que s'ils voulloient venir avecque.luy à Reims et à Paris au sacre du roy Loys, avecque eulx leur estât quotidien en armes, ils fussent les bien-venus; lesquels seigneurs et capitaines au moings la pluspart y allèrent en armes moult noblement habillés, et le plus richement qu'ils purent; sy feirent ils bien quatre mil combattants ou davantage. Ondisoitquesy touts ceulx qui s'estoient monstés , y fussent allez , ils eussent esté bien cent mil hommes; ne sçay, ce qui en est; mais je sçay, que plusieurs gentilhommes et gens de guerre avoient mis grands frais à monter eulx et leurs compagnons , à quoy faire ils perdirent assez , car sy ung cheval avoit cousté cinquante escus, ils n'en trouvoient que la moitié, aulcune fois moing , de quoy ils estoient moult courroucés , tant pour leur dite perte , qu'aiissy comme je crois qu'il y avoit plusieurs quy desiroient d'y aller pour piller et robber.

MEMOlAfS DE DV CLEACQ.

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