‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 66 sur 157 · I. G. D. M., T. III · texte numérisé non relu

I. G. D. M., T. III

Win, messire Simon de Lalain, Inouïs signeur de Gruthuse, et autres, levèrent la noblesse de Flandres. Le signeur de la Yère et le signeur de Breda levoyent les Holandois, et Zeelandois : et ainsi se levoit i'armee, et se faisoit l'assemblée des gens-d'armes , de toutes parts : et le duc et ceux de son hostel se prèparoyent , chacun qui mieux mieux. Au regard de monsieur Charles de Bourgongne, comte de Charolois, il travailla toute celle quaresme : et l'avoit on envoyé faire honneur de sa personne , à messire David de Bourgongne, son frère naturel (lequel fut lors sacré evesque de l'eveschè de Terouenne) et de là Ait renvoyé à Bergues sur la mer, et jusques en Zeelande, pour l'accord d'aucun aide, faicte au duc son père : et certes ne luy ne la plus-part de ses jeunes serviteurs ne furent pas prests du premier Jour : et ne sçavoyent guéres qu'il faloit pour le faict de la guerre (qui leur estoit nouvelle chose), et disoit on que le bon duc et la duchesse (pource qu'ils voyoyent l'orgueil des Gandois , et la bataille preste) et a s plusieurs sages et doubtifs des pals (qui les en prioyent et conseilloyent) eussent bien voulu que , sous ombre de soy apprester, et mettre eu tel estât qu'il appartenoit, le comte fust demouré à Brucelles, jusques à ce que la bataille eustestè passée. Mais ledict comte (à qui le cueur croissoit aveques les Jours ) fit faire ses apprests à toutes diligences : et jura par sainct George (qui fût son plus-grand serment ) qu'il iroit plustost en son pourpoint, qu'il n'acompaignast son signeur et père , à soy venger de ses rebelles sugets : et ainsi s'apresta le comte de Charolois^ ses gens, et ceux de la maison du duc.

Le duc , voyant les Gandois obstinés de plus en plus fort en leur orgueil , envoya le signeur de Temant , acompaigné des nobles hommes qu'il peut assembler en la court, et selon qu'il les trouva premiers prests , en la vile d'Allost : et y mena environ cinquante gentils hommes , et deux cens, que varlets-de-guerre, qu'archers : et trouva ledict signeur de Temant ies bourgeois, et les habitans de ladicte vile, bons, et délibérés à garder et deffendre leur vile, contre les Gandois, et à maintenir la querelle de leur prince et signeur : et les reJgla le noble chevalier à eux départir par connestables , et par dizaines , pour prendre les deffenses des murailles, ainsi qu'elles furent ordonnées et baillées par luy, et par les commis de ladicte vile : et fit garder les portes , et les clefs , par les gens de la ôourt du duc, qu'il avoit amenés aveques luy : et d'autre part envoya le duc , à Audenarde y messire Simon de Lalain , signeur de Montigni

UGHOIRES D OLIVIEH DE Ll liARCHE.

et le signeur des Cornets (1): qui estoyent aimés et congnus en Audenarde : et , pour asseurer plus le peuple , y menèrent ieenx deux signeurs leurs femmes, et leurs mesnages, et envoyèrent, de leur charge , bien soixante lances , et trois cens archers , qu'à pié , qu'à cheval : et certes tout le peuple, et tous les bourgeois, d'anciéneté ont esté bons et loyaux pour leur comte et signeur, comme pius4-plain se peut veoir, à lire par toutes les croniques, par-avant escrites. Moult-Joyeux furent ceux d'Audenarde , quand ils virent que le duc leur envoyoit tels deux notables personnages , pour les aider et deffeudre contre les ennemis. Si se pourveurent d'armes et d'artilleries , et de tant que mestier leur estoit , sans y rien épargner, ne regretter.

Or, lairrons à parler du duc , et de son appareil : et reviendrons aux Gandois , et à ce qu'ils firent : et peut on légèrement entendre que ce peuple , émeu et déreiglé , estoit parmy Gand en merveilleux nombre , armés et embattonnés : et , quand ils se trouvoyent en un marché dix ou douze mille assemblés, il leur sembloit qu'en tout le monde l'on ne trouveroit pas encores autant de gens, ne n'acomptoyent à puissance d'autre : et parloyent et murmuroyent tous ensemble : et crloyent, disans pourquoy on ne les employoit contre le duc de Bourgongne : et tant brairent et crièrent , qu'un nommé Lievin Bonne (qui est autant à dire en françois, Lievin Fève), du mestier des maçons, emprît de les conduire et mener devant Audenarde : et aporta , en une besace, de grandes clefs : et leur lit à croire, et entendre, que c'estoyept les clefs des portes de ladicte vile d'Audenarde. Si Ait créé Houlman (2) sur eux , et obéi , comme si ce fust leur signeur naturel : et le quatorzième jour d'avril , Tan 52 , après Pasques , vindrent les Gandois devant Audenarde , à si grand nombre , qu'il sembloit que tout le monde ftist là assemblé : et marchèrent en tresbelle ordonnance : et menoyent grand charroy de vivres , et d'artillerie.

Quand messire Simon de Lalain sceut leur venue, il fit armer tous ceux de la vile, et monter .à cheval les hommes-d'armes qu'il avoit amenés : et luy-mesme passa le pont de l'Escaud, et la porte , avec deux cens archers-à-piè., et ce tjà'W avolt de gens-à^heval : et se fèrit sur les premiers , qui venoyent sans grand ordre : et en prit , tua, et navra plusieurs, avant que les Gandolâ se fussent rasseurés : mais ils fadsoyent

(1) Lisez I/Bteometi.

(Sn Lisez Hoofr-man , qal veut dire capitaine,

(3) SoMaU annéi de piques.

marcher une compaignie de picquenaires [3), et d'archers : où ils pouvoyént estre quatre ou cioq mille hommes : qui se tenoyent serrés et en ordre. Si marchèrent roidement , contre ledict messire Symon : et rembarrèrent iay et ses gens-de-cheval : et les soustindrent les archers, qui estoyent à pié : et du long de la douve do fossé tiroyent fort et souvent : et si-bien fot U saillie dudict messire Symon conduite, qu'il retrait tous ses gens sans perte , ^t fit fermer la porte de celuy costé. Car à la vérité il ^eit sigrand peuple venir à rencontre de la vile , rt en tel ordre, qu'il jugea légèrement, qu'il aoroit le siège : et certes les Gandois furent bien trente mille testes armées : qui tous cuidoyeut que Lievin van Bonne, leur houlman et conducteur, leur deust ouvrir les portes de la vile, et qoï) eust les clefs , comme il leur avoit dit : mais ils trouvèrent autre détourbier, qu'ils ne pensoyeot. Car ledict messire Symon et le signeur des Cornets pourveurent les murailles, les toun,et créneaux, de tout ce qui pouvoit estre nécessaire, pour soustenir et attendre siège et assaut : et certes les bourgeois et les habitans d'Audenarde furent tous reconfortés , et résolus d'attendre ce, qui pouvoit avenir, et de tenir loyalement , et de grand courage , le parti de leur prince : dont ils lurent moult à louer.

Celle nuict se logèrent les Gandois deraot Audenarde : et menoyent grand cry éi. grandes huées, en raenaoeant fort la vile et les habitans: et leur sembloit que grand tort leur estoit ftiet, que prestement on ne leur livroit la vile, à faire leur plaisir : et le l'endemain Ils firent un pont sur l'Escaud, entre ladicte vile et le vilagede Hainue (4) (qui sied au plus^Mres dudict Audenarde), et par ce pont passèrent bien quinze mille oombatans, et alèrent assiéger la porte, par où l'on va à l'isle et à Toumay. Si trouvèrent ladicte porte bien pourveûe d'artlUerie, de pouldre , et d'arbalestes : parquoy ils ne peurent mettre leur siège , si-pres de ladicte porte, qu1ls eussent bien voulu : et ainsi se logèrent )o Gandois devant Audenarde: et mirent leur siège deçà et de là : et par deux ponts, qu'ils fatiA sur l'Escaud, au lieu dessusdict, iIspouYonot secourir et aider les uns les autres : et secloi* rent et fortifièrent , de chacun costé , de fosés et de palis : et sembloit, à veoir leur cooteoanc^i que jamais ne se deussent lever, pour cfaoïe qui leur avinst, qu'ils n'eussent la vile à lair bon -plaisir : et ne fait pas à demander si v»'

(A) Lisez £s^0, village sitaéà une deml-Heoe d'Oùdenarde , sur le chemin de Gand. L.

MBMOIBBS d'OLIYIEB BB LA MAfiCUfi«

Sire Simon de Lalain travailloit pour la seureté de sa garnison et de son honneur : et, pour pourveoir à l'assaut de cestuy orgueilleux peuple , il fit crier que toutes femmes apportassent pierres et cailloux sur les murs : et, pour exemple, fit venir une dame, sa femme, et sœur germaine du signeur des Cornets, et plusieurs nobles femmes , ses parentes , et autres : et tout ce jour portèrent hottes et paniers , les unes sur leur dos, et autres sur leurs testes : et toutes autres femmes , bourgeoises et marchandes , et autres, y aoouroyent : et devez sçavoir que moult-bien furent, et en peu de temps, les murailles et les deffenses garnies , et estofees de ce , qu'il y faioit. Or lairrons nous un peu le siège d*Audenarde : et retournerons au duc, et à son armée : et deviserons comment il départit sadicte armée aux deux costès de la rivière de TEseaud, et ce qu'il en avint.

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