‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 81 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comment le duc Charles de Bourfwgiu se saisit de la duché de Gueldres etdeeeUeét Lorraine aussi.

Trois ou quatre ans devant les choses dessosdictes, le jeune duc de Gueldres, avoit pris son père, le duc Arnoul, et l'avoit mis en prison, loy imposant certains cas assez deshonnestes : dont le duc Charles de Bourgongne ne se conteotoit point du jeune duc Adolf : et avint qve le jeune duc vint voir monsieur de Bourgongne : qui ^^ fit prendre et arrester, pour le contraindre àloj rendre sou père le duc Arnoul. Ce quifiitfiii<< par traitté de temps : mais le duc Adolf fut toojours détenu prisonnier du duc de BouigtmgDe.

Au temps dessusdict , le roy de France elk duc de Bourgongne prirent en haine IxNUSt comte Sainct-Pol , connestable de France: et, pour conclusion, tant se continua cestebaiœ, qu'ils le firent mourir publiquement De <^^

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mort Je ne quier guéres parler : car Je ne l*appreoye , ne oontredy , et en laisse faire aux nobles princes dessusdicts : qui en ordonnèrent à leur plaisir» Et en cedit temps le due de Bourgongne tint sa feste de la Toison en la vile de Valentlennes : et y Ait le slgneur de Crouy : duquel le duc de Boorgongne s'estolt nouvellement contenté : et vaut bien à ramentevolr que ceux de Crouy avoyent un neveu ^ nommé messlre Jdian de Rubempré : lequel ftit si-bon et sl-eordial parent, qu'il fit la paix de tous ses parens envers le duc : dont 11 eut grand honneur, et bonne renommée.

Celle feste de la Toison d'or Ait moult-belle et somptueuse : car quant aux manteaux des confiréres (qui n'estoyent que d'escarlatte), le duc Charles les fit faire de velours cramoisy : et estolt monlM>elle chose à voyr^ tant les chevaliers comme leurs pareures : et ainsi flit celle feste moult-notablement célébrée : et là furent chevaliers de l'ordre le slgneur de Clecy, le signear d'Imbercourt, comte de Maigne, le comte de Clmay, ledict messire Jehan de Rubempré, niessire Anglebet de Nassau , comte de Vienne, et plusieurs autres, dont Je n'ay point de souvenance : et , ce Jour, messire Jehan de Luxembourg tint une Jouste, contre tous-venans : et fut merveilleusement pompeux et acoropaigné , de sa personne : et gaigna ce jour le pnx messire Jehan Baolin , aisné fils du slgneur d'Emeries : et, au partir d'icelle feste, le duc tira son armée au pals de Gueidres : et conquesta tout le pals, sans grande résistance : réservée la vile de Vannelock (i) qui soustlnt ne sçay quants Jours le siège : mais en fin ils se rendirent, comme les autres :* et ainsi Ait le duc de Bourgongne duc de Gueidres : et fit passer ses gens le Rin, pour aler conquérir la comté de Zutphem. Ce qui Ait légèrement falct : et les gougeas de l'hostel du duc aloyent tous les Jours voir les dames à Devantel : qui sont femmes moult-gracieuses, et qui prennent plaisir à festeyer estrangers. Le duc laissa à Zutphem messire Baudoin de Launoy, slgneur de Molembais, le Veau de Bousanton , et plusieurs autres bons gens-d'armes : et puis repassa la rivière du Rin : et prit son chemin contre Bourgongne.

Le duc passa par Ferette , et vint en Bourgongne : et à Salnct-^nigne de Digeon luy Ait, par l'abbé , mis au doigt un riche anneau , en Tespousant du duché de Bourgongne , ainsi que c'est rancienne coustume : et s'en retourna le duc en son hostel : auquel il tint estât de duc , et ses principaux officiers aveques Idy : comme le

chancelier, le premier chambellan, le mareschal, et le grand maistre-d'hostel : et estolt belle chose de voir iceux en leur triomphe : et, après avoir demeuré à Digeon huict ou dix jours , le duc ordonna ses affaires, étala faire un tour par la CQmté de Bourgongne, et visiter et aorer le corps de monsieur sainct Claude (qui est un noble reliquaire) et s'en revint par Lyon le Saunier (où il trouva le prince d'Orange , qui le festeya grandement) et de là retourna à Digeon : et n'y arresta guéres : mais disposa de s'en retourner en Flandres : et s'arrestatà Luxembourg, pour aviser sur ses besongnes.

En ce temps Henry , comte de Vistember<;, vint passer près du duc , ses gens tous vestus de Jaune : et fut le duc averti que c'estoit contre luy, si l'envoya prendre, et amener prisonnier : et en sa prison promit au duc de luy rendre le ehasteau de Montbeliart et fusmes envoyés monsieur du Fay et moy , pour avoir la place : mais le comte Henry ne pouvolt fournir à sa promesse : car la coustume de Montbeliart est telle, que plus-tots verroyent lessoudoyers couper la teste à leur slgneur que de rendre une telle place : mais la gardent jusques au dernier des signeurs , qui demeure en vie : et ainsi nous en revinsmes, sans rien faire.

En ce temps mourut le duc Nicolas: fils et seul héritier de monsieur Jehan de Calabre : et, au regard du duc, il vouloit bien dissimuler le temps aveques le duc Nicolas : mais au duc Régnier , fils du comte De Vaudemont ( à qui Théritage venoit) il ne se pou voit acorder ne dissimuler : et, quand le duc Nicolas fut trépassé, le duc de Bourgongne entra au paSs, ù main forte : et se fit duc de Lorraine, sous la querelle que les Lorrains l'avoyent abandonné devant Noz , à son grand besding : et si-bien exploita , qu'il chacea le duc Régnier hors du pa!s, et gaigna tout le pals de Lorraine en peu de temps : et se tint Nancy : qui assez tost parlementa : et fut rendue par appointement; et ainsi en une saison, ou bien près, il se fit duc de Gueidres et de Lorraine : et establi messire Jehan de Rubempré pour gouverneur de Lorraine : et y laissa bonne garnison , et principalement d'Anglois : et de là s'en ala en Bourgongne : et est vray que grans languages estoy ent tenus du Jeune duc de Savoye , et de madame Marie , fille du duc de Bourgongne.

1) Lisci Venloo.

UBIlOia£S D^OLlVIBfi D& LA MAACfifi.

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