I. C. D. M. , T. III
tlton des rangs, et Tint on an banquet : qai ftit tel, que cy après ensuit.
Celuy dimanche ftat le banquet moult-bien fourni de grands plats, et de grandes suites • mais sur les tables n'y eut aucun entremets • et quand on ftit assis, sur le hourd, où se mons' troyent les travaux d'Hercules, fut la courtine retirée : et pour le neufléme travail d'Hercules fut veu Hercules armé d'une peau de Lyon à tout son targon et sa massue. Ledict Hercules chaceoit devant soy plu«ieurs beufs, et les mena jusques devant une montaigne, où lesdicts beufs tindrent manière de pasturer : et Hercules fit semblant de soy endormir : et tantost après par Ut hors de la montaigne le grand larron, nommé Cacus, à tout grandes cordes : et luy voyant qu'Hercules dormoit, tira tous lesdicts beufs l'un après l'autre, dedans sa caverne • et tan ' tost après, ledict Hercules se réveilla, et recardi au tour de luy, et ne vit nuls de ses beufs • car le larron ne luy avoit laissé qu'un petit "veau seulement : et ne sçavoit quel chemin lesdicts beufs avoyent tiré : pource que le fort larron Cacus par sa grande force les avoit traînés en sa caverne, à reculon. SI chacea Hercules au long de la montaigne le veau : qui tenoit man ère de braire : et Hercules, monstrant semblant d avoir ouy respondre lesdits beufs en la montaigne, monta amont, et aracha une «rosse pierre pour regarder dedans la caverne • et illec vit Cacus et ses beuft. Si getta audict Cacus de grosses pierres : et Cacus luy gettoit feu et flamme au visage : mais enfin Cacus fat contramt saillir hors de sa caverne, à tout une gran.de hache : et Hercules luy courut sus moultflérement : et fut la bataille mouit-grande d'entre eux deux : mais en la fin fut Cacus abatu et occis par Hercules : et atant ftit la courtine retirée, et le rollet mis dehors, disant.
Hercules endormi, Cacus , le fort larron Se» iMufs luy déroba , traînant à reculon'
ïi'fl/rf.'*"l* T ""'" '"") ''«*<"' '" «"«niplon. Et fit de luy Justice, sans mercy ne ranson
Empereurs, roys. et duc», princes en général
Faites comme Hercules , le Iresespeclal
Soyez prompu en Justice, et à chacun égal
Oestraisex les tyrans, dont II ne vient que mal •
Et TOUS souTienne bien de ce ver» principal
Justice fait aimer et douter le vassal.
Assez tost après sonnèrent les trompettes, et ftat la courtine retirée : et là furent veus plusieura paîsans, les uns coupans bois, et les autres iabourans la terre : et tout à coup survint sur eux un sanglier, merveilleusement grand Lesdicts paîsans s'enfuirent : mais le sanelier en porta un à terre : et le foulla merveilleusement : et les fuyans rencontrèrent Hercules,
lUÉMOIBES d'olivier DB LA MARCHE.
armé de toutes ariues, à tout son targon, et un grand espieu sur son col : et tindrent manière de monstrer à Hercules lediet sanglier. Hercules ïjla celle part : et le sanglier prestement luy courut sus, de merveilleuse force : dont il avint (|u'à celuy abprdcr lediet sanglier porta jus le targon d'Hercules : et Hercules se deffendoit de son espieu : et fut moult longue la bataille : mais en Au Tocclt Hercules : et iîit la courtine retirée, et mis hors le rollet, contenant.
Hercules le trespreai, qui 4e son temps n'eut pcr , Trouva en Arcadie un merveilleux sanglier. Les hommes destruisolt : chacun faisoH trembler. Mais le vaillanl l'occtt. pour le peuple sauver. Faites comme Hercules . princes de haut paragc. SI vous sçavez fiux us en yostre baronnage. N'en voz sugets régir, chacun se monstre sage De les bien tost destruire, pour echever dommage. Car certes le sanglier, merveilleux et sauvage, Ne fait pas tant à craindre, que le mauvais usage.
Le dixième travail d*Hercules monstre, Jouèrent les trompettes pour la tiefce fois d'iceluy jour : et là fut veu Hercules^ soy proumenant par un désert, à tout son escu et sa grosse massue : et des deux costés 4uy couriirent sus plusieurs sagittaires : qui tiroyent flèches de tous costés, tellement qu'Hercules fut long espace, qu'il ne faisoit autre chose que soy couvrir de son escu, à rencontre du trait : mais, en fin de compte, Hercules prit sa massue à deux mains, et ferit, à dextre et à senestre, sur les sagittaires, tellement qu'en peii d'heures les déconfit et mit en fuitte : et les rateindqit à force de courir, et les occioit : et, la déconfiture faicte, fut la courtine retirée, et mis le roilet, dont la teneur s'ensuit.
Hercules es déserts trouva les sagittaires , Qui de leurs fortes floches luy firent mains contraires: Mais tous les déconfit , par monceaux et par paires : Et ceux , qui échapérent, priva de leurs repaires. Les grans flèches agues, qui Hercules bâtirent. Furent les faulses langues, qui contre luy médirent. Les grans valeurs de luy les bourdes contredirent : Et fit lant par vertu , qu'en le blasmant mentirent : Et n'eut pas tanl à faire à tous ceux qui nasqulrent. Qu'à combatre parolles : mais d'elles se velnquirent.
Or fut passé l'onzième travail d'Hercules : et tantost après ressonnérent les trompettes, et furent les courtines retirées : et là furent veu un navire, auquel avoit deux mariniers : dont l'un teuoit le gouvernail, et l'autre tiroit à deux avirons : et estoit chargé ce navire de deux bornes, ou coulomnes, en manière de marbre, de moultgrande grandeur et grosseur : et au milieu dudict navire estoit Hercules, vestu d'une robe longue de drap d'or, ses cheveux blancs^ et longue barbe : et avoit une couronne d'or en sa teste : et monstra à ses marlniei*s le païs où il
vouloit aler : et, quand iï fut un peu avanl, il fit arrester son navire : et prit une de ces coq* lomnes sur son col, par apparence de grand ùiii et de grande pesanteur : la planta dedans la mer : et puis fit tirer plus avant son navire : et replanta, par pareille façon, l'antre coQlomne: et, en graciant Dieu de son oeuvre, iîit la courtine retirée : et furent par ces trois joara idods* très les douze travaux d'Hercules, comme dift est : et pour ce douzième et dernier travail fot remis le roilet dehors : qui disoit ainsi.
Hercules en son temps . où tant de renom a, Entre ses grans prouesses douie fols traralUa : Dont le dernier fut tel, que les bornes planta En la grand mer d'Espaligne : dont sa gloire momi Or, TOUS tous , qui lisez ceste signiflance, MetteE borne à voz Met» : si monstrerez pnuinm. Faites comme Hercules en vostre desiranee. Abomez vos désirs en mondaine espérance. Car le Jour est prescrlpt (et faut que l'on y peose). Que passer ne pouvons , pour or ne pourcberancr.
Et pour celuy jour n'y eut autre chose, qoi a ramentevoir face : fors que les tables ûireot ostees, et après commencèrent les dances.
Le lundy , neufiéme Jour de ceste feste, Ait ie disner richement et solennellement faict, comme devant : et tantost après l'on se tira sur le rangs, pour veoir clorre le pas, tant de lajooste, que du tournoy : et, combien que monsleor le bastard de Bourgongne, entrepreneur en ceste partie, et garde de TÂrbre-d'or, eust estéblece (comme dict est dessus) tellement que lors, ne grand temps après, ne se pouvoit soustenir sur sa jambe, toutesfois il se fit aporter en une littière, couverte de drap d'or cramoisy : et ks chevaux, qui portoyent la littlère, estoyeot enharnachès de mesme, à gros boulions d'argent dorés. Il estoit dedans sa Uttiére, vestu dW moult-riche robe d*orfaverie. Ses archers marchoyent autour de sa littière, et seschefaliers et gentils-hommes autour de luy, et eertail entra dedans la lice, selon le cas, d-pompeusement, et par si bel ordre, qu'il ne sembloitpas estre un bastard de Bourgongne, mais héritif^ d*une des plus-grandes signeuries du monde. En ceste ordonnance se fit amener jusque» à on hourd, qu'il avoit fait faire à ce propos, an boot de la lice : sur lequel hourd fut sa Uttiére posée, et fut soudainement close et baillée, teliemeot qu'il fut hors du danger de toute presse de chevaux. Tantost après arriva le roy-d'armesde la Toison d'or, acompaigné de deux chevaliers de Tordre : c'estasçavoir de monsieur de Creqiii,c<
de monsieur de la Gruthuse. Lediet Toison^ '^ avoit sa cotte-d'armes vestue : et portoit en sa main dextre le blason desarmesdenoDsieorle duc de Bourgongne : lequel blas(Hi fut atack
UlillOlBES 0*OUVl£fl DB LA UABCHB.
à rArbre-d*or, au dessus de tous les autres. Ne demoura guérés après, que mondict signeur le duc arriva sur les rangs.
Il avoit devant luy forées trompettes et he* raux, et grand nombre de chevaliers et nobieshommes, de grand maison, tous vestus de paletots d'oifaverie, harnaché chacun à sa plaisance trearichement li estoit armé de toutes armes, le heaume en la teste, Tescu au col (lequel escu estoit tout couvert de florins de Rin, branlans), et se<9t sur un cheval, couvert de velours cramoisy, brodé dWaverie, À manière de ftisils. Il avoit après luy neuf pages, sur neuf chevaux couverts : le premier de velours cendré, la couverte toute batue de grans fùeillages d'or élevé, moult-riche. La seconde fiit de drap d'or, noir : la tierce, de drap d'or cramoisy : la quatrième, de drap d'or violet : la dnqiéme, toute couverte d'orfaverie d'or moult-riche : ih sixième, d'un drap d'or vermeil, toute chargée de fusils d'or, aTcques cailloux et estincelles de feu élevés, moult-riche. La septième tat d'orfaverie blanche. La huitième fût d'orfaverie dorée : et la neuâéme d'orfaverie meslee, blanche et dorée. Apres iceux neuf pages venoit un pallefirenier, monté sur un cheval couvert de velours, brodé des lettres de mondict signeur : et menoit un cheval en main, chargé d'orfaverie d'or branlant, moult-riche. Les pages et le varlet avoyent pourpoints de velours noir, et^ dessus, mantelines de velours, toutes couvertes d'orfaverie à fusils : et avoyent sur leurs testes carmignoles de velours bleu, aveqiies plumes d'austruches blanches.
En tel estât fit mondict signeur de Bourgongne son tour en la lice, en la conduite du géant et du nain : et, quand il eut pris son rang, les trompettes, qui estoyent sur la porte du chevalier à l'Arbre-d'or, commencèrent à sonner : et tantost saillit hors de ladicte porte un grand pavillon de drap de damas, blanc et violet : et, à cequej'entendy , ainsi que le chevalier à l'Arbred'or avoit ouvert son pas par un pavillon jaune, ainsi pareillement vouloit qu'il fut clos par un autre pavillon. Apres cestoy pavillon marchoy ent les pages de mondict signeur le bastard, vestus d'orfaverie, sur chevaux couverts de plusieurs riches housseures, en quoy il avoit couru en celuy pas : et après, plusieurs gentils-hommes, couverts de mesme : et, à la vérité, il avoit beau couvrir chevaux : car à celle heure il avoit déployé vingt quatre, que couverture, que hamois d'orfaverie et de campanes. Quand le pavillon eut fait son tour, autour des lices, on ouvrit le pavillon : et là fut veu monsieur Adolf de Cléves, signeur de Ravastain : qui pour celle fois
garda le pas contra monsieur de Bourgon^ne. Son cheval fut couvert de la vingt quatrième couverte d'orftiverie, à grandes lettres, à la devise de monsieur le bastard, entrepreneur. Il avoit l'escu verd, tel qu'il avoit esté porté à la garde du pas : et^ quand ils eurent les lances sur les cuisses, le nain laissa courre le sablon, et sonna sa trompe : et à pres^t commencèrent les chevaliers à courre : et pour abréger, celle demie heure fat durement bien courue et atteinte par iesdicts deux princes : et y eut plusieurs dures atteintes, et lances rompues : qui ne sont point mises en compte : pource que l'on garda tousjoors le droit de la mesure, telle qu'elle devéit estre : mais, pour lances deûeroent et franchement rompues, monsieur de Bourgongne rompit huit lances, et monsieur de Ravastain en rompit onze : parquoy il gaigna la verge d'or. Les courses faictes, ils touchèrent ensemble : et en ce point fut le pas, pour la Jouste, achevée : et à tant se fit monsieur de Bourgongne dehèaomer. Monsieur de Bourgongne, sa jouste achevée, se dehéauma : et tandis les roysd'armes et heraux se tirèrent devers les Juges, pour sçavoir à qui le prix devolt estre donné : lesquels juges les renvoyèrent aux dames, pomen ordonner à leur bon plaisir : mais les dames les renvoyèrent aux juges : et s'en raportérent à l'ordonnance des chapitres.
Si fut regardé, par les livres et escriptures des roys-d'armes et heraux, qui plus avoit rompu de lances en la demie heure : et i^t trouvé que s'avoit esté monsieur d'Arguel : lequel avoit rompu treize lances. Si fut par Arbre-d'or acompaigné d'autres officiers-d'armes, à grand bruit et à grans sons de trompettes et de clairons, amené le prix sur les rangs pour le délivrer. Lequel prix estoit un destrier, couvert d'une couverture de satin noir, figuré : et par les figures estoit brodée d'orfaverie blanche, housseç , et branlant : et dessus le destrier avoit deux paniers : esquels estoit le hamois de jouste , tout complet, de mondict signeur le bastard : et^ à la vérité, ledict harnois estoit l'un des beaux hamois de jouste, qu'on peust voir : et ainsi ledict Arbre-d'or mena son prix au tour de la lice : et puis vint trou v|r mondict signeur d'Arguel, et luy présenta le prix de-par les dames et depar les juges^ pour avoir le plus rompu de lances à ce noble pas : et ainsi fut le prix présenté, et ' le pas achevé, quant à la jouste.
Incontinent après, les manouvriers, à ce ordonnés, abatirent la toile et la loge des juges : et firent la place la plus-unie qu'on peut faire : et tentost furent envoyés les vingteinq blasons des chevaliers et nobles - hommes , qui devoyeot
Sis
MEHOIBES DOLIVIEB D£ LA HABGHB.
fournir le tournoy à rencontre du chevalier à TArbre-d'or et ses compaignons : et furent mis et attachés à l*Arbre-d*or semblabiement, comment les autres. Toutes choses achevées, arrivèrent lesdiots vingt-cinq nobles hommes : dont messire Charles de Ghallon, comte de Joingny, cousin germain de monsieur le prince d'Orange, estoit le chef. Il avoit son cheval richement couvei*t de velours et brodures, à sa devise : et après luy un page, chevauchant un cheval, couvert de velours, myparti de bleu et de violet, tout chargé de grosses campanes blanches et dorées : et après luy venoyent les autres : c'estasçavoir messire Philippe de Commines, dom Petre, messire Jaques d'Ëmeries, monsieur de Mousures, messire Anthoine de Trappesonde, messire Hu-* ges de Torcy, monsieur de Lens, Dru de Humiéres, Robinet de Mannevile , Hervé Garlot, Hierosme de Gambray , Anthoine bastard d'Auxi , George bastard d'Auxi, Jehan Haufort, Tun des fils Talebot, le fils messire Jehan Auvart, tous trois Anglols, Charles d'Aplainoourt , Piètre Meteney, Pierre de Salins, et Jehan le Tourneur, Frederik le Palatin , Anthoine Dusy , et Anthoine Doiselet , tous richement couverts , ou harnachés, les uns de soye , les autres de brodure, ou d'orfaverie. Ils estoyent armés et eraplumés, comme en tel cas appartient : et portoit chacun d'eux une espee rabatue , en sa main : lesquelles espees furent présentées aux juges , pour sçavoir si elles estoyent rabatues et coupées «n pointe, comme il appartenoiV.
Apres la présentation du comte de Joingny et de ses compaignons sus-nommés , fiit la porte de l'Arbre-d'or ouverte, à grans sons de trompettes et clairons : et de là saillirent les princes, chevaliers, et nobles -hommes, qui avoycnt jonsté à rencontre du chevalier à rArbre-d'or,et couru à iceluy pas, et dont les noms sont enregistrés cy-dessus, en la forme de leur venue. Lesquels princes, chevaliers, et nobles-hommes, acompaignoyent le chevalier à TArbre-d'or, et, en lieu de luy, celuy qu'il avoit commis en sa place : et furent tous leurs chevaux couverts à la pareure dudict chevalier, et semblable de luy : qui estoyent* toutes couvertes de velours violet, brodées à l'Arbre -d'or : et par ceste dernière couverte du chevalier à TArbre-d'or, trouverez en son pas avoir dépleyé vingt-cinq couvertes et pareures : dont celle dernière fut de moindre prix. Ainsi partirent les dessusdicts de la porte à TArbre-d'or, et se mirent en bataille au long de la lice, selon qu'ils venoyent : et le dernier, qui entra, fut monsieur de Bourgongne, habillé comme les autres : et, après qu'il eut veu la forme de sa bataille, il reprit
son rang et sa place : et furent leurs espees envoyées présenter, comme les autres aux juges : qui après les leur renvoyèrent, et à chascun une lance, garnie comme il appartenoit : et, quand ils eurent tous leurs lances sur les cuisses, il est à croire que la place estoit richement parce de cinquante personnages tels , et ainsi armés et montés qu'ils estoyent : et, inoontinent que la trompette eut sonné , couchèrent leurs lances, d'une part et d'autre : et à celle ren* contre eut mainte atteinte de lances, et naûntes rompues , et plusieurs chevaux portés par terre, et de tels y eut affolés et bleoés, pour à tousjours.
Apres la course des lances passée , ils mirent la main aux espees : et commença le tournoy d'une part et d'autre : lequel tournoy fiit fera et battu si lon^ement , et par telle vigueur , qu'on ne les pouvoit départir : et convint que mondict signeur de Bourgongne ( qui iceluT jour avoit tournoyé et jousté, et qui à la vérité s'estoit grandement porté à toutes les deux fois) se desarroast de la teste, pour estre congnu : et vint l'espee au poing, pour départir la meslee (qui recommençoit puis de l'un des bouts, pais de l'autre ) et à les depai*tir n'épargna ne cousin, n'Anglois, ne Bourgongnon, qu'il ne les fist par malstrise départir : et, ledlet tournoy rompu , se mirent en bataille , les uns devant les autres : et par requeste combatirent par plusieurs fois un à un, deux à deux, et trois à trois : mais toutesfois mondict signeur tousjours les départoit : et ainsi fut ce pas achevé, tant de la jouste, comme du tournoy : et à tant reconduirent mondict signeur en son hostel : qni chevaucha le dernier d'eux tous : et alors le suivit sa pareure : qui fut telle, qu'il avoit dix pages après luy, ses dix chevaux couverts de velours cramoisy, tous pareils, et un cheval, qu'on menoit en main, tout de mesroe, et toutes les couvertures chargées de campanes d'or, à moult grand nombre. Le cheval que ehevaucfaoit le varlet qui menoit le destrier en main, estoit couvert de velours et de brodure d'autre sorte. Les pages estoyent vestus de velours cramoisy, chacun ayant une grande echarpe d'or au col : et, à la vérité, celle pompe fut moult-grande et riche : car il y avoit es campanes , et es echarpes , huit cens marcs d'or : et ainsi avoit eu mondict signeur, pour iceluy jour, tant à la jouste , comme au tournoy, vingt-cinq couvertes : et en Testât dessusdict s'en ala en son hostel : et se retrait chacun, pour revenir au souper : qui fut tel, qu'il s'ensuit.
Celuy mesme jour de lundy fbt le dernier banquet d'icelle feste ; lequel fut en croissant,
ItBMOlBCS d'oLIVIBB DB hk UABCHB.
et en multipliant de plus en plus, tant de mets, que de suittes. Sur les tables avoit trente plats : lesquels plats furent faiets à manière de jardins : dont le pié desdicts jardins estoit faict de bresil, massonné d'argent, et la haye du jardin estoit toute d'or. Au milieu d'ieelle closture avait un grand arbre-d'or : et à rencontre d'iceluy arbre estoit la viande. Les arbres furent de divers Ihiits, de diverses feuilles, et de diverses fleurs. L'un fut un oranger , l'autre un pommier , et par conséquent de toutes autres sortes : dont les fruits et feuilles, et fleurs, furent si-proprement fàicts, qu'ils sembloyent proprement arbres, et propres fruits : et les falsoit tresbeau voir. Au tour de chacun arbre avoit un roilet : où estoit eserit le nom d'une aU>aïe : et ainsi furent monstrees trente aliaies, sujettes de monsieur de Bourgongne : dont l'une fut Giuguy, et l'autre, Cisteaux , clutcune mère et chef de leur ordre, en chrestienté.
Item parmy la table, et au tour d'iceux arbres, avoit i^usieurs personnages, tant hommes que femmes, étofés d'or, d'azur , et de soye : qui tenoyent diverses contenances. Les uns tenoyent manière de getter battons contre les arbres : et les autres avoyent de grandes perches, pour abatre des fruits. Aucunes femmes tenoyent leurs chapeaux, pour recueillir les fruits : et autres tendoy ent les mains par bonne contenance.
Item avoit pareillement parmy les tables autres personnages d'hommes et de femmes, richement ètofès : dont il y avoit les aucuns, deux à deux, portans une civière : autres, portans crétins (i) et panniers sur leurs testes : autres, portans panniers en leurs mains : autres, portans la hotte : et autres , portans panniers à merciers, en leur col : et furent Iceux panniers et portages chargés d'espices, d'oranges, et autres fruits : et d*iceux personnages estoyent les tables tresrichement parées.
liem et sur lesdlctes tables avoit trente pastés : dont sur chacun avoit un chapeau de vigne, plein de feuilles et de grappes, blanches^ et vermeilles, si-bien faictes, que ce sembloit proprement raisin. Item , et au plus-beau de ladicte table, et à l'endroit de Monsieur, avoit un riche édiflce, fait des mains de maistre Stakin, chanoine de Saînct-Pierre de l'Isle. Cestuy édifice estoit haut et somptueux, et moult soubtivement faict : car il y avoit un palais, et un haut mirouer, où Ton voyoit personnages incognus. Il avoit personnages et morisques mouvans , moult-bien et soubtivement faiets, roches, arbres, feuilles et fleurs : et devant iceluy palais avoit. une fbn-
(i) Petites corbeilles.
taine , qui sourdoit du doigt d'un petit sainct Jehan. Celle fontaine rendoit eaue rose, moultsoubtivement , contremont : et sembloit que celle fontaine arrosast des arbres et jardins d'iceluy banquet : et certes la fontaine fut moultbien et soubtivement faicte : et, après que la signeurie eut regardé les tables, et ordonnances blenaulong, chascun s'ailasoir qui mieux mieux.
Assez tost après entra parmy la salle deux geans d'une merveilleuse grandeur, richement et estrangement habillés en armes : et estoyent embatonnés de merveilleux bâtons : et après eux venoit , en leur conduitte, une baleine, la plusgrande et la plus^grosse, qui fut jamais veue par nuls entremets et preseus , en un personnage. Geste baleine avoit bien soixante pies de long, et de hauteur si-grande , que deux hommes à cheval ne se furent point veus l'un l'autre aux costés d'elle : ses deux yeux estoyent des deux plus-grans mirouers , que l'on avoit sceu trouver. Elle mou voit les aellerons, le corps, et la queîie, par si-l>onne façon, que ce sembloit chose vive : et en celle ordonnance marcha parmy la salle , au son de trompettes et de clairons, jusques à tant qu'elle eut fait un tour parmy la salle , et qu'elle fut retournée devant la table , où mangeoyent mon signeur, et la plus grande signeurie : et prestement ouvrit ladicte baleine la gorge (qui estoit moult-grande) et tantost en saillit deux sirènes, ayans pignes et mirouers en leurs mains : qui commencèrent une chanson estrange emmy la place : et au son de celle chanson saillirent l'un après l'autre, en manière de morisque : jusques au nombre de douze chevaliers de mer, ayans en l'une des mains talloches , et en l'autre battons désensables : et tantost après commença un tabourin à jouer dedans le ventre de la baleine : et à tant cessèrent les sirènes de chanter : et commencèrent à danser aveques les chevaliers de mer : mais entre eux se meut une amoureuse jaloustc, tellement que le débat et tournoy commença entre les chevaliers : qui dura assez longuement : mais les geans , à tout leurs grans battons , les vindrent départir, et les rechacèrent dedans le ventre de la baleine, et pareillement les sirènes: et puis reclolt la baleine la gorge, et en la conduitte des deux geans reprit son chemin , pour s'en retourner par où elle estoit venue : et certes ce fut un moult-bel entremets : car il y avoit , dedans, plus de quarante personnes.
Sur ce point furent les tables levées : et commencèrent les danses : et tantost après (pource qu'il estoit tard) Les roys-d'armes et les heraûx se mirent en la queste , pour sçavoir à qui le prix seroit donné. A quoy il y eut de grandes
oiO
MBHOIBES DOLIVIEB DB L/L MA&CttE.
différences : car le chaplis (1) des espees avoit esté grand , et bien-combatu , et s'y estoy^t tant de grans et bons personnages si-bien monstres , qu*à la vérité on ne sçavoit à qui doonei* le prix. Les dames, toutes d'un acord,disoyentque monsieur de Bourgongne le devolt avoir: pource qu'il s'estoit moult-bien éprouvé à celuy tournoy : et consideroyent en-outre , qu'il avoit ce jour tresrudement jousté :parquoy, mis ensemble le tournoy et la jouste, leur avis estoit tel , que dit est : mais mondict signeur ne le voulut accepter : et , pour finale conclusion , fut avisé que messire Jehan d'Ondeville, frère de la royne d'Angleterre, auroit le prix : et fot faict pour trois raisons. La première , pource qu'il estoit estranger, et qu'aux étrangers, en toutes nobles maisons, doit on faire l'honneur. La seconde , pource qu'il estoit bel et jeune chevalier, et aux jeunes gens doit on donner courage de persévérer en bien faire : et la tierce raison , pource que , tant à la jouste qu'au tournoy, il s'estoit bien et honnorablement aquité. Si luy fut présenté le prix par une des dames de-pardeça, et par une autre d'Angleterre, des plus-grandes et des meilleures maisons, comme il est de coustume en tel cas.
Monsieur d'Arguel (qui avoit eu le prix de la jouste) vint requérir à Monsieur, qu'il peust faire crier une jouste au l'endemain : et s'acompaigna de plusieurs nobles -hommes, apris au mestier. Laquelle jouste fut merveilleusement-bien joustee, et de bon bois : et gaigna mondict signeur d'Arguel le prix de ceux de dedans , et un jeune escuyer, nommé Billecocq , eut le prix de ceux de dehors : et , pource que c'est chose commune de jouster à la foulie, je n'en fay autre relation.
Le mardy, dixième et dernier jour de celle feste,fùt la grand salle parée en tel estât cmnme le premier jour des noces : excepté du grand buffet, qui estoit au milieu de la salle. Les trois grandes tables y furent drecees et couvertes ; et fut assis mondict signeur de Bourgongne au milieu de la haute table : et à sa main dextre estoyent assis monsieur le légat, et puis l'evesque de Verdun, et monsieur l'evesque de Mets. A la main senestre estoyent monsieur de Bavastain, et après luy monsieur d'Escalles. La table de la dextre main estoit toute pleine de barons , chevaliers , et nobleç-hommes , anglois , et celle du senestre costé pareillement des gens de l'hostel de Monsieur. Au milieu d'icelle salle avoit trois tables drecees , mises de long. En la première estoyent assis huissiers , et sergens-d'armes : en
l'autre, roys-d'armes, et heraux : et,cnlatier. ce , trompettes et ménestriers : et, au regard dv service, il fut grand et sollennel , et de plus en plus , en multiplication de plats et de viandes : et sur la fin du disner se levèrent royHJ'aniMs et heraux , et vestirent leutê oottes^'armes : e( pois prirent deux r<yys4'armes un batton, et le mirent sur leurs espaules : et sur ioelay batoa portoyent les deux roys^'armes un grand m plein d*argent : et vindrent crier, denuit la personne de monsieur le due, laiy^sif, comme il est de ooustume , et pareillement es deax bouts de la haute table : et irais s'en alérat parmy la salie : et trompettes et dalroDS «mnérent , tellement que tout retentISBoit. Âpres les tables levées, et grâces dictes, tandis qo'oD alla quérir les espices^ vindréoft les Màmd'armes de sa maison devant luy : et là publiquement il changea les noms deplusieunietfit, de heraux, roys-d'armes , et mareschaiix:et, de poursuivans , heraux : et de nouveaux poorsuivans baptisa il , comme il est de cmba» : et ainsi se passa la solennité et triomphe d'icdie feste : car l'endemain , pour une affaire qui sorvint à mondict signeur au pals de Holaode, il se tira celle part : et prit congé de la dnehesse de Nolfolck, et des autressignenrset damée d'An* gleterre, et leur donna dons, chacun seloa sa qualité, et aux nobles-hommes et aux dames. Et à tant se taist le conqpte de ceste noble feste : et ne say pour le présent chose digne de vois escrbre fors que je suis le vostrc;
(1) Combat.
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