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ceux deGand rançonnèrent les prisonniers qu'ils avoyent : comme le chancelier de Bourgongne, l'abbé de Sainct-Bertin, et les principaux et les plus -riches des Alemans, et en tirèrent de grands deniers : et encores fut au bien venir, qu'ils ne les firent mourir en prison.
En ce temps se mit avec ceux de Gand un mécanique, menant la charrue: mais bel homme estoit : et eut tantost autorité à Gand : mais l'autorité ne luy plaisoit guéres : comme bien le monstra : car, entre les commissions qui luy furent baillées, on luy bailla charge, aveques cinq cens hommes, d'aler garder le pont à Dunze (1) : et luy, qui avoit tousjours une voulonté de quelque bien faire, quand il fut hors de la porte de Gand, il parla à ses gens, et leur remonstra qu'on Tenvoyoit, et eux aveques luy, afin qu'il fust tué, et sa compaignie : car ils n'estoyent pas puissans de faire ce qu'on leur commandoit. Si conclurent d'eux rentrer en la vile, et de tuer tous ceux, qui leur voudroyent aucune chose demander : et rentrèrent en ladicte vile : et le premier, qu'ils rencontrèrent, fut Goppenolle : qui leur dtt assez maistrisamment, pourquoy ils ne faisoyent ce qui leur estoit commandé : et le charruyer (qui estoit grand et puissant) haulsa une hache, et frapa Goppenolle en la teste, et le porta pai' terre : et là furent assommés des gens dudict charruyer : et en y eut de tuès^ et les autres s'enfuirent : et demoura le charruyer le nmistre à Gand pour celle fois. Goppenolle mort, les bons et les sages de la vile de Gand commencèrent à parlementer de paix aveques le prince : et à quérir ceste paix, tenoit fort la main messire Philippe Vilain (qui tenoit le parti des Gandois), et fiit ladicte paix trouvée par ce moyen en toute Flandres.
Je laisse beaucoup de choses avenues, pour parler seulement des plus-grosses matières; et comment elles furent conduittes. Je ne parle point de la mort de monsieur de Raceguyeu , que messire Philippe de Gléves fit tuer, en alant en sa maison : pource seulement qu'il avolt congnu son cas, et qu'Use deliberoit de tenir le parti du roy des Rommains, et de monsieur son fils. Si soit pris en gré ce que j'ay peu retenir d'icelle guerre, et du débat du Roy et de messire Philippe de Gléves : et, si Je n'ay tout mis par ordre, au moins ay je dit la vérité, et récité ce, qui en est venu à ma congnoissance.
Or ay je devisé grand' partie, et le plus-beau de ce, que j'ay veu de mon temps : toutesfois, à cause de ma vieillesse je n'ay peu estre par tout. Si ne me pois je tenir (combien que ce soit con-
(1) Lisez Deinse,
tre ce que j'ay dit au commencement de mes Mémoires, que je ne parleroye, ou escriroye que de ce, que j'ay veu de mon temps), et aussi il me seroit bien dur, que je n'escrivisse du roy des Rommains, ce, dont je suis au vray averti : car j'ay veu, des^ son commencement, tant de vertu, de sens, et de vaillance, que ce me sembleroit grande faute a moy, que je ne ramen-. teusse comment il a poursuivy : qui a tousjours esté de bien en mieux.