‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 92 sur 157 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Comment ceux de Bruges et de Gand firent de-rechef guerre au roy des RommainSy sous la conduitte de monsieur Philippe de Cléves: et comment cette guerre fut appaisee.

Or fut vray que monsieur Philippe de Cléves, quand vint à pleiger le Roy, requit au Roy qu'ils ne flst point de guerre, Jusques à ce qu'il fust hors de sa pleigerie. Ce que le Roy avoit voulonté de faire : mais l'Empereur et les princes d'Alemaigne descendirent à val le Rin , et vindrent à Malines, si-courroucès et en si-grande malveuillance contre ceux de Bruges et de Gand, qu*il n'estoit pas au roy des Rommains , de les démouvoir de faire guerre : et commença la guerre plufr-forte que devant, de tous costés : et, quand monsieur Philippe de Cléves veit que la guerre recommençoit , et que le Roy ne luy avoit pas tenu ce qu'lNuy avoit promis , il fit son profit de ceste matière , et fit le serment à CTUX de Gand et de Bruges, et aussi au R«y <le

France, de servir leur party , bien et loyaument : dont il s'aqulta plus qu'il ne devoit, et recommença la guerre de tous costés : et le roy de France envoya tantost gens à messire Philippe, et luy fit des biens, en deniers, et autrement, pour l'entretenir en ceste nouvelle guerre , et voulonté : et luy disoyent les François, qui venoyent devers luy, que le roy de France le feroit connestable de France : et on s'abuse bien sur moindre espérance.

L'Empereur et les princes alérent devant Gand : et quand ils virent la puissance de la vile, ils coururent le pais de Flandres, et principalement ce qu'ils entendoyent qui estoit ennemi du Roy des Rommains , et de monsieur son fils : et, après avoir demouré certain temps au paîs , l'Empereur et les princes se délibérèrent d'eux en retourner en Alemaigne , et revindrent à Brucelles : et certes il y avoit une belle oompaignie de princes et de gens-d'armes, tant des viles, comme autrement : et s'ensuyvent les noms de princes d'Alemaigne, qui descendirent en espérance de tirer le roy des Rommains hors de prison : c'est-assavoir l'empereur Frederik d'Austriche, père du roy des Rommains , le marquis Frederik de Brandebourg, le marquis Simon son frère, le duc de de Bronsvick , le duc Hoste de Bautere (1), le duc Christofle de Bavière , le duc de Wolfkam de Bavière son frère, le duc Albert de Zasse et son fils, le duc de Juilliers, le marquis de Bade et son frère , le lantgravc de Hessen , et plusieurs autres comtes , barons , chevaliers , et grand peuple : et certes c'estoit une puissante armée , et de gens bien-ddiberès , et estoyent ètofés d'argent et de vaisselle , et monstroyent bien qu'ils estoyent grans princes, et qu'ils venoyent pour exercer la guerre : et quand ils eurent présenté la bataille devant Gand, et au milieu de Flandres, et qu'ils virent le roy des Rommains hors de prison, ils conclurent d'eux en aler en Alemaigne : et tindrent conseil pour laisser l'un d'eux au gouvernement de monsieur Philippe , archeduc , et de ses pais: et conclurent de laisser le duc Albert de Zasse, pour lieutenant du roy des Rommains : car il faloit que le Roy retournast en Alemaigne , tant pour les affaires de l'Empire, comme aussi pour certaine guerre pai*ticuliere , que l'Empereur et le Roy avoyent, et dont Je parleray cy-apres : et certes ils ne pouvoyent laisser meilleur lieutenant, ne gouverneur par-deça , que le duc de Zasse , car il s'y estsi-blen aquité,si loyaument, et si-honnorablement,qu'il en sera tousjours à priser etàlouer,

(1) Lfsci Oto de Bùviérw.

MEMOIBES J> OLIVIER DE LA UARCIIB.

Sur ceste ordonnance l'Empereur et les princes d'Alemaigne s'en retournèrent chacun en son pals, et le duc de Zasse se trouva obei des grans et des petits : et tellement se conduisit , que chacun le doutoit et aimoit : et au regard de monsieur Philippe de Gléves il ût la guerre aveques les François et Gandois, et mena de primsaut son prince , le Jeune archeduc , à ce qu'il n'avoit en Brabant , n'en Flandres , que trois viles, qui ne luy fussent contraires : et lesdictes trois viles furent Malines, Anvers, et Bosleduc : et certes (puis qu'il en vient à parler) Maiines garda le prince soigneusement, et bien : et (que le prince ne doit jamais oublier), ils firent flotter les eaues au tour d'eux , avec gros boulovarts , qui gardoyent les passages. Ils firent grand guet et grande garde , et tellement qu'ils rendirent de leur prince bon compte à l'Empereur : qui à ceste cause en fit compte , et fit chevaliers messire Philippe Garreman , et autres de ladicte vile, pource qu'ils s'estoient sibien conduits au service de son fils, leur prince : et ainsi se continuoit la guerre de tous costés : et avoit messire Philippe de Clévès un grand avantage : car il avoit le chasteau de l'Escluse , que le Roy des Rommains luy avoit baillé, en fiance qu'il lé serviroit dudict chasteau : et il en feit tout le rebours : car , par iceluy chasteau , il fit bonne et forte guerre au Roy et à monsieur son fils : combien qu'il disoit,et faisoit publier par tout 9 que ce qu'il faisoit , il le faisoit pour le bien et utilité du jeune archeduc, son prince.

En ce temps , monsieur de Zasse fit une assemblée de gens-d'armes, et s'en ala contresieger l'Escluse: et luy vint en aide , de par le roy d'Angleterre, une bonne bande d'Anglois, et furent longuement devant l'Escluse : mais peu y profitèrent : et en cedict temps monsieur de Ràvastain , père de messire Philippe , envoya un officier-d'armes , à-present roy-d'armes , de Hainaut : et manda audict messire Philippe son fils qu'il se deportast de celle guerre , et qu'il flst apointement avec l'archeduc son prince, et ce dedans certains jours : et au cas qu'il ne le faisoit , il luy declairoit qu'il feroit son héritier l'archeduc , et que jamais il n'amenderoit de chose qu'il eust vaillant , et luy mandast , pour la dernière fois ce qu'il vouloit qu'il fist. Ledict messire Philippe fit rendre response : mais il pensa sus, au dommage qu'il pouvoit avoir de désobéir à son père , et .de là en-avant fut plus-gracieux en response, qu'il n'avoit esté : et le duc de Zasse poursuyvoit sa guerre, et recooqoesta Saintron , Tieulemont , Genespe , et plusieurs autres viles et chasteaux. En ce temps le signeur des Cordes , acompatgné de grand

nombre de François, entra au West-pais de Flandres, et s'aiTesta à Nieuport : mais, à l'aide du souverin de Flandres , nommé messire Daniel de Morquerke, et de Denis de Morbecke, ladicte vile de Nieuport luy fut si-bien deOendue , qu'il n'y gaigna rien , et y fut ledict signeur des Cordes blecè : par quoy il ooDvint qu'il s'en retoumast en son quartier, pour se faire guarir : et ainsi fut le siège levé.

Et en ce mesme temps les Gandois firent one emprise, pour cuider gaiguer Dixmuyde, et y mirent le siège : auquel siège tirèrent les François, qui estoyent devant Nieuport, et plusieurs autres de leur party : et prestement et diligemment, Denis de Morbecke et Raouland le Févre, lors receveur de Flandres , tirèrent à Calais , et élevèrent une bonne compaignie d'Anglois, et de gens-de-bien , qu'ils amenèrent , pour lever le siège, et les acompaignérent tous les nobles, et toute la commune dudict West-pals : et se trouvèrent si-l)on nombre , qu'ils se délibérèrent de combatre ceux qui tenoyent le siège : et à Taborder eut grande meslee d'archers, et de traictà-poudre : et fut tué un chevalier anglois, nommé moult- vaillant chevalier, et de bon

lieu : et Ait la conclusion de la bataille telle, que les François et les Flamans, tenans party contraire , y furent déconfits , et y mourut grand nombre de gens : car les Anglois n'en |irenoyent nuls à mercy , pour le déplaisir qnlls avoyent du bon chevalier , qui estoit mort en ceste bataille : et ainsi le roy Henry d'Angleterre permettoit que monsieur le jeune archeduc fust servi de ses gens : et firent les Angloîs, à mondict signeur, de bons services, celle saison. Tant fut parlementé entre le duc de Zasse et messire Philippe de Cléves, qu'apoiotement y fut trouvé, tel qu'il rendroit le chasteau de TEscluse, et le mettroit es mains du comte de Nassau , et le Roy et monsieur luy pardonneroyent toutes offenses passées , et luy rendroyent sa pension (car sans icelle ne pouvoit il vivre) , et ledict messire Philippe renonçoit et quittoit toutes autres aliances, promesses, et sermens, pour se rendre bon et loyal suget de mondict signeur l'archeduc : et, pour abréger mon escriture^ le traitté fut fkict, acompli, et ace^»té d*une part et d'autre : et par ce moyen entra mondict signeur de Nassau au chasteau de l'Escluse , et la vile luy fit , de-nouveau , serment : et, pource que mondict signeur de Nassan ne se pouvoit arrester , ne vaquer au chasteau de l'Escluse , il y commit , pour soa lieutenant, un escuyer bourgcmgnon^ nommé Philippe d*Alles, et mit dehors les soudoyers et serviteurs de messire Philippe : et ainsi fut la paix faicte : et

HÉMOIBES d'OLIVICA DE LA MÀRCilE.

Page 1