‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 12 sur 45 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

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Du mariage de Vaisnè jîls de Jprouj h une Jîlle du comte de Sainct-Pol; du voyage dut bon duc Philippe en Alemaigne ; et du mariage du comte de Charolois avec madame Ysabeau de Bourbon.

En ce mesme temps le signeur de Crouy, estant à Luxembourg, fit espouser Jehar^de Crouy, son fils aisné, à la fille du comte de Sainct-Pol : laquelle fille fut baillée es mains du signeur de Crouy , qu'elle estoit jeune et enfant; et fut traité iceluy mariage entre le com|e de Sainct-Pol père de la fille, et le signeur de Crouy péré du fils. Mais, pour aucun mal content ou autres causes , ledict comte de Sainct-Pol ne vouloit point que le mariage se parachevast: et toutesfois il n'avoit sa fille en ses mains , mais l'avoit le signeur de Çrouy , comme dict est. Parquoy il fit consommer le mariage, et envoya prier le ébmte et ses amis notablement : mais le comte n'y voulut point aler, ne les amis : dont grande haine se conceut entre les parties ; et toutesfois fut et demoura faict ledict mariage, et soubti va chacun de troubler son compaignon ; et de l'effect, et de ce qui en avint , je deviseray cy-apres.~

En ce temps du banquet du duc , se trouva à L'Isle le comte de Sainct Pol, comme Ton peut voyr cydessus : et ne se contenta point le duc du vœu qu'il avoit fait en sa présence <0 , pourc<e qu'il ne se monstroit point suget tel qu'il estoit. Or fit le comte un#> grande feste à Cambray et une grande assemblée, où il y eut tournois et joustes, et grans entremets : mais, pour la cause susdicte , ne voulut souffrir le duc que nul de son hostef y alast ; et commencèrent telles choses à mettce le, comte en dëfidence et soupson : parquoy il s'élôngjia de la maison de Bourgongne, et se tenoit aveques le roy de France. En ce terrtps le comte avoit besongné aveques le duc Charles de Bourbon pour avoir Ysabel de Bourbon sa fille en aliance de mariage pour Jehan de Luxembourg, âisné fils du comte;. mais la damoiselle avoit esté nourrie avec la duchesse de Bourgongne , et estoit en la maison du duc, qui estoit son oncle : parquoy le comte ne parvint point à son emprise ; et avint qu'en dissimulant ledict mariage*, le bon duc (qui avoit empris d'aler à Aissebourg, et ne sçavoit s'il passeroit outre, ou s'il auroit autre détourbier ) fut .conseillé qu'avant son partement il mariast son fils : et voyant les mœurs ,

(3) Voici ce vœu , dont il n'est pas fait mention dans le chapitre précédent : « Je voue aux dames et au faisan que, ayant qu'il soit six « sepmaines , je porteray une emprise en intention de faire armes à « pié et à cheval , laquelle je porteray par jour et la plus partie du « temps , et ne lairray pour chose qu'il m'avienne , si le Roi ne le me « commande ; ou si armée se face aler sur les Infidèles par le Roy en « sa personne , par son commandement ou autrement , si c'est le hou « plaisir du Roy, j'iray en kfdicte armée de tresbon cueur pour fajre « service à la chrestienté , et mettra v peine au plaisir de Dieu d'estre « des premiers qui assembleront avec lesdicts Infidèles. »

vertus et conditions de sa nièce Ysabel de Bourbon dessusdicte, il prit en son opinion de la donnera femme à sop fils , et envoya querre le comte à toute diligence , qui desja avoit pris congé'de luy pour aler en Hollande, es affaires du duc son père : lequel revint hastivement , pour obeïr : et à la vérité la duchesse iie conseilla point le mariage , pource qu'elle queroit et entendoit de marier son fils en Angleterre à la fille aisnee du duc d'York (qui depuis fut duchesse d'Exestre ), pource qu'elle le voulait alier en Angleterre, où elle avoit le cueur par nature : car elle fut fille d'une fille de Lanclastre , mariée au roy de Portugal son père : et toutesfois fut le duc obeï de la mère et du fils , combien qu'à ceste cause furent aucuns differens en ceste matière. Moult prisoit et louoit la mère les vertus et conditions, de la noble damoiselle.

Si furent fiancés secrètement , pouree que le duc n'avoit le consentement ne le sçéu du duc de Bourbon père d'elle, ne de la duchesse .sœur germaine du duc : et tendoit le duc d'avoir la signeurie de Chasteau - Chinon , pour joindre à Bourgongne. Si fut envoyé Jehan Boudaut, escuyer dessusnommé, pour conduire ceste matière : et s'en retourna le comte en son voyage de Hollande. Le bon duc (qui tout ardoit de faire son voyage et d'exeçuter ce qu'il avoit promis) fit diligenter son partement, et se partit, à moins de cent chevaux, de la vile de L'Isle, le quinzième jour de mars iceluy an 53, et se fit guider à Chastel en Porcien , dont le signeur de Crouy estait comte et signeur; et sied' assez prés de Bar sur- Aube, entrée du pais de Bourgongne, où il fut noble-

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ment receu : et ainsi se mit le bon duc en son voyage d'Alemaigne , et laissa son 61s gouverneur de tous ses pais, en son absence. Il laissa ses pals en paix et union, en richesses, en justice , et en toutes les bonnes prospérités que prince jéeut laisser païsi II laissa son fils pouryeu de conseil, comme au chancelier Raolin , du signeur de Crouy , du signeur de Goux, et d'autres grans personnages : et certes ses pats demeurèrent en telle prospérité , que l'on pourroit dire d'eux ce que dit le poëte , quand il dit que les siècles estoyent dorés. Et en ce gouvernement se gouverna le comte Charles si-bien et si- vertueusement , que nulle chose n empira en sa main : et quand le bon père revint de son voyage , il trouva ses pais entiers , comme devant.

En ce temps, plusieurs nobles hommes et femmes de l'hostel du duc se rendirent en l'observance : et nommément Anthoine, de Sainct- Simon, Anthoine de SaiUy , Jehannin d'Or^ et plusieurs autres , qui menèrent moult belle et saincte vie : et ainsi ?'en ala le duc en Alemaigne , et son fils demoura gouverneur pour luy : et nous tairons un peu à parler du noble comte, et parlerons du père, et comment il exploita en Alemaigne. r

Quand l'empereur Frédéric d'Austriche sceut la venue du<duc Philippe de Bourgongne en Alemaigne, luy , craintif de sa personne , et voyant que tous les princes d'Alemaigne faisoyent grand honneur audict duc, et le festeyoyent honnorablement , se tfetira es dernières parties de son empire , et manda au duc qu'il n'allast fflus- avant pour celle fois, et qu'il envoyeroit devers luy pour eux entendre l'un l'autre»

Ce qu'il fit c et y envoya son chancelier (qui fut de* puis pape Pie C1). Mais ils ne se peurent acorder, et demoura la chose en 3Toupture : et durant ce temps le duc Philippe prit une grande maladie, et fut longuement malade en une bonne vile d'Alemaigne. Toutesfois par la grâce de Dieu il en échapa : et , sans faute, les princes d'Alemaigne le festeyérent grandement (comme ceux de Bavière, à qui il estoit parent), et autres nobles princes, qui moult - honnorablement le receurent et festeyérent; et le bon duc, voyant et congnoissant qu'il n'aurûit autre response de l'Empereur, se délibéra de s'en retourner en ses pais. Ce qu'il feit, et fut grandement festeyé en Thostel du prince d'Orange: et en ce temps le signeur d'Antre maria son fils à la fille de Neufchastei : et de ceste aliance de Vergy et de Neufchastei fut faictfe grande extime en BotHQgongne, pource que ce sont deux grandes maisons» Le signeur d'Antre fit diligence d'arrester le duc son signeur à icelles noces , lesquelles furent moult-plantureusement servies de vins et dé viandes, et y furent toutes les dames du pais : et devez entendre que le signeur d'Antre fut le plus large et abandonné de «es biens qu'homme de son temps, et ne plaindoit nulle despense. Le§ noces durèrent quatre jours : et y estoit tout homme défrayé , et mesmes par les vilages, au fraiz et à;la despense dudict signeur d'Antre: et, à la vérité, iceluy signeur d^Antre fut np, des larges dépensiers et des libéraux hommes qui fust de son temps.

La feste achevée , le bon duc ( qui avoit le cueur

(0 Pape Pie : JEneas Silvius PicHomini , connu sous le nom de Pie u.

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et la voulonté que le mariage se fist de son (ils et de sa nièce ) dépescha messire Philippe Pot, un sien chevalier privé : et par lettres, et^ir commandement de bouche, manda à son fils cfÊw espousast sadicte pièce , et qu'il trouvast le mariage consommé à son retour. Ce qui fut faict et acomply selon le désir du père : et ; à la vérité , iadicte dame estoit toute vertueuse , et digne de cô;erand bien avoir. Les noces furent à L'Isle, et y eut riches joustes : car monsieur de Ravastain et monsieur le bastard firent la festc grande et plantureuse : et ainsi fut madame Ysabel dé Bourbon comtesse (Je Charolois : et fut ledict mariage en Tan i454-

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