‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 28 sur 45 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la nativité de madame Marguerite dyAustrkhe} et du mariage d'icelle avec le dauphin Charles; de la mort du roy Louis onzième; et d'autres particularités. ,

Eif ce temps, madame l'archeduchesse estant à Brucelles, s'accoucha d'une fille (0, dont madame la grande fut coïnipére : et fut celle fille Marguerite, qui depuis deust estre royne de France, et dont on luy fit tort; et fut celle mesme Marguerite qui espousa le prince de Castille; mais il ne vescut guéres, combien qu'il laissa madicte dame grosse d'un fils, qui ne vescut pas longuement. Et pour donner à entendre cequi àvint entre le roy Charles et madicte dame Marguerite, combien qu'ils fussent fiancés et espousés, la consommation du mariage estoit à parfaire : et en ce temps la guerre estoit grande entre France et Bretaigne , et avoit le roy des Rommains, par procureur ( qui fût messire Wolfart de Polhem, beau chevalier, et homme de vertu ), fait espouser la duchesse, héritiers de Bretaigne; et le roy de France luy faisoit guerre de toutes pars : et croy bien que le roy des Rommains ne % pas si grande diligence à aider et secourir la duchesse de Bretaigne comme il devoit : et, durant ce temps, le prince fxl'Orange, amy des François et des Bretons, se mit en pratique,

(0 & 'accoucha d'une file : le 10 janvier 1480.

*t tellement pratiqua, que le roy de France fut content despou&er la duchesse de Bretaigne : comme la duchesse n'y mit pas grand contredict, et renionstra au Roy que s'il avoit celle duché de Bretaigne ajoincte à son royaume, il potivoit bien dire qu'il avait faict une grande et riche conqueste : et à la duchesse remonstroit à part que si elle estoit royne de France, elle seroit la. plus -grande princesse du monde. Et ainsi furent acordés : et vint le roy Charles à Nantes , fûrt-açompaigné de nobles-hommes et' de beaux gens-d'armes, et prestement furent fiancés et espousés (0 : et celle nuict couchèrent ensemble : dont ledict de Polhem (qui se veit abusé) fut merveilleusement troublé, ne jamais ne voulut aler ne se trouver en Fhostel du Roy ne de la duchesse de Bretaigne ; et assez tost après vint le Roy , où estoit madame Marguerite, pour prendre congé d'elle. Et ainsi fut la départie du; roy de France , et de cçlle qu'il avoit le premier prise : et ne fut pas sans pleurs ne sans larmes d'un costé et d'autre : et de ce fut le roy des Romains bien tost a ver ty, par un gentilhomme maistre-d'hostel de madicte daine Marguerite, nommé Le Veau de Bousanton , qui loyalement se porta en cestë besoogne. Mais j'ay tousjours oiiy dire que contre forts et . contre faux ne valent ne lettres ne seaux : et ne fait pas à douter que le mariage de monsieur le Dauphin et de madame Marguerite d'Âus triche fut bien dicté et bien seelé, et que par raison de droit on n'y pou voit rien changer ne* muer : mais les forts (c'est à dire la puissance du roy de France ) et les faux hommes de son conseil

(») Espousés : ce mariage fat célébré en 1 491-

tournèrent ceste raison en mes us (0 de justice : et ce fut faict pour le mariage de Bretaigne, comme dict est; et madame Marguerite d'Austriche , quravoit esté tenue neuf ans pour devoir estre roynede France, sans l'avoir desservi fut expulsée du mariage où elle avoit esté donnée : et tantost après monsieur l'arche* duc son frère envoya le comte Ànglebert de Nassau, pour pratiquer que sa sœur luy fust rendue. Ce qu'il obtint à grand peine.

Toutesfôis les François voyans que ce leur estoit plus de honte que d'honneur de tenir c^ste noble princesse, la rendirent a mondict signeur de Nassau : et b fit le Roy hônnorablementacompaigner , et la remener à son frère, qui la receut de bonne affection et voulotité. Et luy- ala l'archedue et la noblesse audevant, bien une lieue : et descendirent tous deux à terre, pour eux bien-viengner: ; et faisoit l'archedue à sa sœur tout tel et aussi grand honneur que s'elle eust esté royne de France : et ainsi fut amenée à Malines, et receue à grand joye : et l'aeompaignoit madame de Ravastain^ fille du comte Louis de Sainet-Pol, et d'u« fille de Savoye.

En ce temps (2), les Gandois faisoyent pratiquer d'avoir les enfans en leurs mains f et s'adrecérent, pour mener leur pratique, à aucuns d'en tour le prince: et tant pratiquèrent, qu'il fut ordonne que chacun pais aurôit les enfans en leurs mains chacun quatre mois : et furent menés les nobles enfans à Garni pour les ffuâtre premiers mois. Mais quand on les demanda aux Gândoia pour les mener en Brabant , ils lurent

(i) Mesus : abus. — (») En ce temps : à l'époque de la naissance àt Marguerite.

d'olivier de li marche. 435

refusant, et dirent qu'ils avoyent privilège de gou* verper les enfans du prince en leur jeunesse. Et y avoît à Gand un homme Guillaume Rin , qui les met-» toit tous à quérir dès choses déraisonnables; et ainsi furent lesdits en fans, refusés par ceux de Gand : et en ce temps (*) madame l'archeducbesse acoucha, en la vile d^ Brucelles, d'un fils, lequel le duo de Bretaigne fit tenir sur les fons par .monsieur le comte de Chi* may , et l'autre compère fut le cardinal de Clugny : et fut baptisé solennellement à, Sainete-Goulle , et eut non» François, pour le duc de Bretaigne; mais il ne veseut gueres r et mourut en l'aage de quatre mois, et est enterré à Cambergne, devant le grand autel.

En ce temps, matstrc Jehan Du Fay &aopinta des François .r et pratiquèrent le mariage de monsieur Le Dauphin , fils du rpy Louis, avec madame Marguerite d'Austriche, fille du duc d'Austriche : et sa firent forts les-Etats des pais d'icçiuy mariage v en intention d'avoir paix : et, ooncjusion , celle nostre princesse, environ l'aage de cinq ansi fut amenée à Hedin, 011 madame de Beaujeu la ireceut comipe Dauphine ç et toutes choses pou rparlees, le signeur des. Cordes fit aeompaigner madicte dan>e, et mener à Àm boise ^ et

luy fut baillée po^r danje ç]'bp^npyr ipadwç ïty Secret, quilrioult bien s'en acquitta : et nourrit madicte dame en toute bonté et vertu : et n'amena aveques elle que la femme du Veau de Bousanton, qui estoit sa nourrice , et ledict Veau et $on frère , aveques peu de gens de nostre nation. Et certes , pour dire la vérité, le roy Louis fit bien traitter et honnorablement jna- <lame Marguerite : et tant qu'elle fut en France, elle

(0 En rf temps : en 1481 .

fut bien et honnorablement traittee, et jusquesà ce que le roy Charles la laissa pour une autre, comme j*ay dit dessus.

En ce temps mourut le roy Louis (*), et fut roy Charles son fils; et assembla Tarcheduc son conseil, pour sçavoir qu'il estoit de faire : et fut en la yile d'Utrefcht, et trouva par conseil que prestement il devoit envoyer devers le roy Charles un ambassade chargé de toutes bonnes et gracieuses parolles : et fut ordonné que je feroye ce message, et tant alay que je trouvay le Roy à Bogency. Là estoit monsieur de Bourbon , connestable de France; monsieur d'Orléans, monsieur de Beauj eu, et madame deBeaujeu , sœur du Roy, laquelle gouvernpit tout le royaume. Le Roy, de sa grâce, me bailla bonne audience : et n'arrestay guéres, que je ne fusse dépesché pour retourner devers Tarcheduc mon maistre. En ce temps monsieur d'Orléans , par congé du Roy, fit son entrée en sa rite d'Orléans, où je me trouvay : et certes Fentree fiit belle et honneste, et y estoyent, pour i'acompaigner, la plus-part des gens-de-bien de France : et celle entrée passée, je pry congé, et m'en retournay devers l'archeduc mon maistre, lequel s'en revenoit à Malines.

{«) Le rojr Louis: Louis xx mourut lé 3o août i483. '

DOÎ.IVIKR OB LA MAHCBX. 4^7

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